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Douze confidences d'un ancien instructeur du Canadien

Douze confidences d'un ancien instructeur du Canadien
Photo d'archives, Martin Chevalier

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Quel amateur de hockey ne s’est pas déjà demandé comment les choses se passaient dans le vestiaire du Canadien de Montréal? Quel joueur digère le plus difficilement une défaite? Quel membre de l’équipe est le plus respecté? Le plus agréable à côtoyer? Comment réagit-on vraiment lors du congédiement d'un entraîneur?  

Très souvent, ces questions demeurent... des questions, car il n’y a personne pour y répondre.  

Dans un généreux entretien d’une vingtaine de minutes, l’ancien entraîneur-adjoint du Tricolore, Dan Lacroix, a cependant accepté de se prêter au jeu.  

Celui qui a occupé ce rôle pendant quatre saisons (2014-2018) a démontré une belle ouverture en revenant sur ses années passées à Montréal. Plusieurs sujets ont été abordés. En voici le portrait.  

1- Être entraîneur du Canadien, quand tu es Québécois, cela représente quoi?  

Dan Lacroix : «Pour moi, ç’a vraiment été une expérience incroyable. C’était la première fois de ma vie que je pouvais travailler dans le hockey au Canada. Petit garçon, je demeurais en Outaouais et je regardais les matchs du Canadien. Travailler avec Michel Therrien et Claude Julien a été très plaisant. Ce sont deux excellents entraîneurs.»  

2- Y a-t-il une pression supplémentaire dans un marché comme Montréal?  

Dan Lacroix : «J’entends souvent parler de cette fameuse pression. Personnellement, que mon travail soit à Montréal, New York ou Chicago, ça ne change absolument rien. Chaque jour, tu te rends au bureau et tu retrouves tes 20 joueurs. Tu dois seulement aider l’équipe. Bien sûr, tu ne dois pas écouter ce que les gens disent autour de toi. Mais l’expérience a vraiment été bonne à Montréal.»  

3- Quel est ton plus beau souvenir de ton passage à Montréal?  

Dan Lacroix : «C’est difficile de répondre à cette question. Bien sûr, j’aurais aimé être dans les séries éliminatoires plus souvent. On a eu des saisons où Carey Price a été blessé, mais où certains joueurs ont vraiment élevé leur jeu d’un cran. (Brendan) Gallagher, (Shea) Weber et (Jeff) Petry ont notamment très bien travaillé.»  

«Mais si j’avais à répondre à ta question, je te dirais que ma première saison, lorsqu’on a remporté une ronde de séries (4 à 2 contre les Sénateurs d’Ottawa en 2015), a été très spéciale. Il n’y a rien comme prendre part aux séries. Être au Centre Bell lors des éliminatoires, c’est très dur à battre!»  

4- Y a-t-il un joueur que tu as préféré côtoyer/entraîner?  

Dan Lacroix : «Je te parlais plus tôt de Weber et de Gallagher. Ce sont vraiment de bonnes personnes. Je me rappelle aussi de Tom Gilbert, qui était vraiment un gars plaisant à côtoyer. Tu vois ce genre de gars le matin et le simple fait de prendre un café avec eux est agréable. Tu peux jaser de tous les sujets avec ces joueurs-là.»  

«Carey Price est aussi une personne très attachante. Il arrive avec une belle façon de voir la vie. En tant qu’entraîneur, tu peux voir ces athlètes-là grandir en tant que personnes. Les partisans ne peuvent pas toujours voir le cheminement personnel que font les joueurs.»  

5- Si je te demande de me désigner, chez le Canadien, le joueur t’ayant le plus impressionné par son talent ou sa prestance, as-tu un nom en tête?  

Dan Lacroix : «La prestance, pour moi, c’est définitivement Shea Weber. Tu as un joueur comme ça. Sa concentration, son regard... c’est unique. Ce ne sont pas toutes les équipes qui ont un joueur comme ça.»  

6- Quel joueur digérait moins bien la défaite?

Dan Lacroix : (rires) «Le hockey, c’est un sport tellement intense! C’est facile à voir... je regarde les matchs et je le sais quand Carey Price et Brendan Gallagher ont quelque chose qui ne fonctionne pas. Je regardais un vieux match la semaine dernière et je voyais Gallagher tellement fâché et impliqué avec l’arbitre. Ce sont des gars comme ça! Ils sont tellement impliqués émotivement que les émotions sont difficiles à gérer quand les choses ne vont pas dans le bon sens.»  

7-As-tu été surpris quand Michel Therrien a été congédié? Vous étiez quand même installés au premier rang dans l’Atlantique à ce moment-là...  

Dan Lacroix : «Oui, j’ai été surpris. C’était la deuxième fois que je vivais un congédiement à l’interne et ce n’est pas une situation plaisante. Tu crois toujours en tes chances et en ton équipe. Nous étions en bonne position. C’est dommage quand ça arrive, mais en tant qu’entraîneur-adjoint, tu dois quand même tourner la page rapidement. Dès le lendemain, tu dois trouver des solutions avec le nouvel entraîneur. Tu dois aussi voir ça comme une opportunité de grandir en tant qu’instructeur.»  

8- Que penses-tu du travail effectué par Marc Bergevin depuis quelques années?  

Dan Lacroix : «J’ai toujours trouvé que Marc travaillait très fort pour son équipe. Il a toujours voulu donner le plus d’outils possible aux entraîneurs. C’est un DG qui est très près des joueurs et du personnel d’entraîneurs. C’est un gars d’équipe. Je dois vous raconter une anecdote.»  

«J’étais en train de parler à Guy Boucher, quand on venait de déménager à Tampa, et il m’a lancé : "Hé, je veux vraiment m’acheter un bon lit! Penses-tu que c’est dispendieux? On est tellement bien sur un bon matelas"! Là, je l’ai regardé et je lui ai dit : "Guy, ça ne me dérange pas si tu débourses 5000 $ pour un bon matelas, mais si on perd trois matchs de suite, tu ne dormiras pas mieux"!»  

«La réalité, dans la Ligue nationale (LNH), c’est que la pression est grande. Marc Bergevin, Claude Julien et Michel Therrien ont toujours eu de grands défis à relever. Mais ils font de l’excellent travail.»  

9- Alex Galchenyuk vous a donné de bons «flashs» à certains moments, mais pour une raison inconnue, il n’a jamais vraiment pu s’établir à Montréal. Pourquoi, selon toi?  

Dan Lacroix : «Il a quand même marqué 30 buts pour nous lors d’une saison. C’était un jeune joueur qui apprenait. Il cherchait parfois sa "game" pour être plus complet. Pour moi, cependant, il avait un talent unique. Quand tu vois un talent comme ça, tu essaies de l’aider à se développer. Il y a cependant une partie de tout ça qui revient au joueur.»  

«Il y a des joueurs qui vont débloquer plus tôt ou plus tard, et d’autres qui ne débloqueront tout simplement pas. Alex avait un grand talent. Ça représentait un défi pour nous, les entraîneurs. On essayait de le mettre dans une situation pour qu’il puisse performer à son meilleur. Alex a quand même compté 30 buts avec nous et il n’a jamais atteint cette marque ailleurs par la suite. Il a donc dû être bien supporté à Montréal.»  

10- L’échange impliquant P.K. Subban et Shea Weber a certainement été l’un des échanges marquants des dernières années. Comment as-tu vécu cette transaction?  

Dan Lacroix : «P.K. voulait gagner comme tout le monde. Mais je considère qu’on a été très chanceux d’obtenir un gars comme Weber. Je me souviens moins du départ de P.K., mais beaucoup de l’arrivée de Shea.»  

11- Carey Price a souvent répété qu’il voulait gagner le gros trophée. Avec les dernières saisons difficiles du Canadien, penses-tu qu’il finira par s’impatienter?  

Dan Lacroix : «Je ne suis pas dans la tête de Carey pour savoir cela. Je sais qu’il est très compétitif. Il veut gagner et il se prépare en conséquence. Je peux te dire que les joueurs vivent tous différemment les séquences de défaites. Mais en bout de ligne, les gars se relèvent les manches, demeurent professionnels et viennent travailler.»  

«Il y a toujours des solutions pour qu'un joueur continue à s’améliorer. Parfois, les joueurs et les entraîneurs doivent se dire que la vie n’est pas si mauvaise que ça. On a du travail à faire. Soyons professionnels et avançons. De ce côté-là, j’ai toujours vu beaucoup de professionnalisme de la part de tous les joueurs.»  

12- On le disait, le Canadien peine à participer aux séries depuis quelques années. Qu’est-ce qui explique cette période un peu plus creuse?  

Dan Lacroix : «Il y a une grande parité dans la LNH. C’est une ligue très compétitive. Il n’y a pas une grande différence entre une équipe de premier plan et une équipe hors des séries. Regardez ce que les Blues de St. Louis ont fait l’an dernier. Je me souviens aussi qu’à l’époque où j’étais entraîneur avec les Rangers de New York, nous étions hors des séries en décembre et nous avons quand même atteint la grande finale. Certaines équipes sont exclues des éliminatoires en raison d’un mauvais début de saison, mais pourraient très bien batailler pour la coupe Stanley quand même.»