/misc
Navigation

Maîtres chez nous... dans notre assiette

Francois Gendron
Photo d'archives, Simon Clark François Gendron

Coup d'oeil sur cet article

La crise covidienne nous fait redécouvrir la notion d’autosuffisance alimentaire. 

Voilà une autre occasion, après le secteur sanitaire, de renouveler le slogan phare de la Révolution tranquille, «maîtres chez nous». François Legault ne s’en est pas privé la semaine passée, dans son point de presse, avec raison. 

Illusion? Du genre campagne d’«achat chez nous», qui a toujours eu des effets marginaux sur les habitudes des consommateurs? La création du «Panier Bleu», dans le contexte actuel, est évidemment une bonne idée, mais n’espérons pas trop. 

Stratégique 

L’agriculture et l’alimentation, c’est différent. Le secteur est stratégique : une nation ne peut dépendre à 100 % d’une autre en ces matières. D’où les politiques agricoles en place. 

Ministre de l’Agriculture en 2013, François Gendron avait déposé une politique de «souveraineté alimentaire» qu’il n’eut pas le temps d’appliquer, m’a-t-il confié à QUB radio hier. 

L’autarcie? Impossible, évidemment. Les Québécois sont accros (avec raison!) au café, bananes et nombre d’autres produits. 

Mais il y a du progrès possible :  

  • Le panier de l’État ne serait pas assez bleu. Pourtant, CPE, écoles, «centres de détention», hôpitaux, CHSLD, etc. achètent de la nourriture. La proportion des produits de chez nous y serait encore trop faible. 
  • Depuis des années, on parle de se servir des surplus d’électricité pour favoriser le développement de la culture en serre au Québec. C’était dans la politique Gendron. François Legault l’a aussi promis en campagne électorale ; l’a réitéré vendredi. Outre l’électricité, le Québec a l’ensemble des atouts depuis longtemps, me disait hier l’universitaire Sylvain Charlebois : bonnes terres abordables, eau potable. Il y a des «serres à perte de vue en Ontario, alors que l’énergie y est plus chère. Qu’est-ce que le Québec attend?»  

La crise covidienne pourrait accentuer des phénomènes déjà existants, comme un goût du local, voire de l’autonomie, en matière de bouffe. 

Pensons à la bière et au pain, produits strictement industriels dans les années 1980, qui ont connu une mutation artisanale locale depuis 20 ans. Mouvement qui fut suivi par l’envie de redécouvrir, voire se donner un terroir. De s’abonner aux produits de «fermes bio». De boire des spiritueux québécois. 

La culture urbaine connaît aussi une vogue. Dans La Presse, Pierre Gingras citait récemment une étude du Labo­ratoire sur l’agriculture urbaine concluant que «la culture du potager domestique» est plus qu’une mode passagère, mais «une importante activité» pour «des dizaines de milliers de citadins». (Même moi, qui n’ai pas la bosse du végétal, je rêve, en sortant de mon confinement, à me partir des semis!) 

Ici aussi, les effets ne seront pas massifs, bien sûr, mais un changement d’état d’esprit semble en train de s’opérer. 

Précision 

Dans la version papier de ma chronique du 3 avril, il était écrit que dans un isolement post-voyage, les règles «sont claires» : sans symptômes, les sorties, en respectant le deux mètres, sont permises. C’était valable évidemment, pour les confinés post-voyage comme moi, mais avant le 29 mars. Depuis, les règles ont été resserrées : en rentrant de voyage, c’est isolement complet, symptômes ou pas!