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UE: les 27 proches d’un plan de sauvetage, sans «coronabonds»

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Bruxelles | Les ministres européens des Finances devraient surmonter leurs divisions et réussir à s’entendre mardi sur de premières mesures économiques communes face au coronavirus, mais elles ne seront pas aussi ambitieuses qu’espérées par Paris, Rome et Madrid.

Cette première réponse européenne devrait prendre forme en suivant trois axes: des prêts du fonds de secours de la zone euro, un fonds de garantie pour les entreprises et un soutien au chômage partiel.

L’idée d’un « fonds de relance » ou d’un « fonds de solidarité » capable d’émettre de la dette commune aux États membres, tel que proposé par la France, continue, en revanche, de diviser l’Union.

Le ministre français des Finances Bruno Le Maire juge pourtant indispensable que cette « option » soit « mentionnée » mardi dans les conclusions des ministres, quitte à se laisser « deux ou trois mois pour en définir les détails de fonctionnement ». « Nous devons disposer d’un instrument plus puissant pour faire face aux conséquences de plus long terme », a-t-il insisté lundi.

Son idée: un fonds temporaire de plusieurs centaines de milliards d’euros (3% du PIB européen) pour financer les services publics essentiels (santé), les filières menacées (transport, tourisme...) et les nouvelles technologies, aux prêts remboursables sur 15 à 20 ans.

La France, avec l’Italie, l’Espagne - deux pays très touchés par l’épidémie - et d’autres pays de la zone euro, avaient déjà souhaité la création d’un « instrument » permettant aux 19 membres ayant adopté la monnaie unique de contracter des emprunts communs, sous la forme de coronabonds (corona-obligations).

Lundi, deux commissaires européens, le Français Thierry Breton et l’Italien Paolo Gentiloni, ont eux aussi plaidé pour cette solution, afin de financer les besoins d’après-crise.

Mais l’Allemagne et les Pays-Bas ont déjà fermement rejeté ces “coronabonds” lors d’un sommet européen virtuel le 26 mars.

« Terrible »

Ces deux pays et d’autres pays du Nord de l’Europe, dont la dette est jugée plus sûre, refusent toute mutualisation du risque avec des pays très endettés comme l’Italie ou l’Espagne, qu’ils considèrent comme laxistes dans leur gestion.

Selon une source diplomatique, l’idée française pourrait être évoquée de façon plus ou moins vague dans les conclusions de manière à éviter un blocage.

« À la fin, chacun pourra dire: les coronabonds sont toujours là. Ou pas. Et le débat se poursuivra », explique ce diplomate.

Les propositions des ministres, qui se retrouvent à partir de 15h00 (13h00 GMT) en visioconférence, viendront en soutien du plan de relance massive de la Banque centrale européenne (BCE). Elles seront soumises aux chefs d’État et de gouvernement de l’UE, qui les avaient mandatés le 26 mars.

La première consiste à utiliser une partie des 410 milliards de fonds du Mécanisme européen de stabilité (MES), créé en 2012 lors de la crise de la dette de la zone euro pour aider les États rencontrant des problèmes de financement sur les marchés.

Le MES pourrait octroyer des prêts à un État en difficulté allant jusqu’à 2% de son PIB, avec des contreparties plus limitées qu’à l’habitude.

« Nous ne pouvons pas dire en ce moment à un pays touché par une crise aussi terrible: OK, maintenant vous devez vous soumettre à un programme de surveillance (...) C’est évidemment, politiquement, totalement impossible », a affirmé lundi le commissaire européen à l’Économie Paolo Gentiloni.

La Banque européenne d’investissement (BEI), l’institution financière des États membres, devrait par ailleurs être mise à contribution pour créer un fonds de garantie paneuropéen, dont le montant doit encore être débattu.

Elle-même propose de le doter de 25 milliards d’euros, par le biais de garanties des États membres, afin de mobiliser jusqu’à 200 milliards d’euros supplémentaires à destination des entreprises.

Les ministres devraient, enfin, valider le plan de la Commission européenne, visant à créer un instrument pour garantir jusqu’à 100 milliards d’euros les plans nationaux de chômage partiel, renforcés ou créés en raison de l’épidémie.