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Coronavirus : la crainte d’une «hécatombe» dans les prisons haïtiennes

Coronavirus : la crainte d’une «hécatombe» dans les prisons haïtiennes
Photo AFP

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Haïti ne recense qu’un seul décès de coronavirus, mais le pays est confronté à une menace sanitaire de taille: face à la maladie, ses prisons, les plus surpeuplées au monde, pourraient rapidement voir «une hécatombe».  

Qu’il s’agisse du plus récent établissement pénitentiaire -- une prison pour femmes inaugurée en 2016 -- ou des pièces vétustes des commissariats de province, transformées, au fil des années, en lieux permanents de détention, tous les centres carcéraux en Haïti sont occupés au-delà que leur capacité (3 000 places).  

Quelque 11 300 personnes sont aujourd’hui derrière les barreaux, dans des conditions assimilables à «des actes de torture», selon les défenseurs des droits de l’Homme. 

80 détenus par cellule  

«Les cellules en Haïti sont des petites pièces aptes à recevoir 10 à 20 personnes si l’on tient compte de la norme de 4,5 mètres carrés par détenu mais ces petites pièces reçoivent jusqu’à 80 personnes, donc on peut imaginer dans quel niveau de promiscuité ces personnes sont appelées à vivre», alerte Marie Rosy Auguste Ducena, du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). 

La militante haïtienne s’inquiète «des cellules qui sont très mal éclairées» et «qui ne sont pas aérées, donc des détenus qui sont fragilisés». 

Dénoncées depuis des décennies, ces conditions de détention constituent aujourd’hui une bombe à retardement face à l’épidémie de coronavirus. 

«Si le Covid-19 rentre en prison, nous allons avoir à faire face à une hécatombe», s’alarme Marie Rosy Auguste Ducena. 

Coronavirus : la crainte d’une «hécatombe» dans les prisons haïtiennes
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Si l’épidémie de coronavirus jette une lumière crue sur la faiblesse du système de santé de Haïti qui ne compte qu’une cinquantaine de lits de soins intensifs, elle révèle aussi le grave dysfonctionnement de la chaîne pénale. 

Faute de surveillants en nombre suffisant, «les détenus ne sont pas autorisés à sortir pour prendre l’air et à faire du sport. Ils ne sortent qu’une fois par jour, pour leurs ablutions», rappelle-t-elle. 

Face à cette menace, les autorités haïtiennes sont lancées dans une course contre la montre pour désengorger au maximum les prisons mais la survie de milliers de détenus semble en péril.  

«Nous avons déjà dressé et transmis au ministère de la Justice une liste de 600 personnes parmi les condamnés» à libérer, indique Charles Nazaire Noël, directeur de l’administration pénitentiaire haïtienne. 

«Ça n’est pas beaucoup», reconnaît sans détour l’inspecteur général qui travaille à l’élaboration d’une seconde liste qui ne concernera que les prévenus.  

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Car les trois quarts des personnes aujourd’hui incarcérées en Haïti sont en détention préventive pour des périodes excédant largement les délais légaux. 

«Des personnes sont en prison pour un vol de téléphone, un vol de cabri: pour ces larcins-là, ils devraient passer un an en prison et, pourtant, certains sont incarcérés depuis cinq ans ou six ans», témoigne le directeur de l’administration pénitentiaire.  

Manque de masques 

Rapport après rapport, le directeur de l’administration pénitentiaire n’a fait que rappeler la gravité de la situation. 

«Notre surpopulation carcérale est arrivée à un point limite, l’État aurait dû prendre ça en compte», constate Charles Nazaire Noël. 

Le haut gradé de la police sait que le personnel sous sa direction est aussi menacé par l’épidémie car le stock de masques à sa disposition est insuffisant. 

«Les agents pénitentiaires, ainsi que le personnel civil qui travaille en prison, sont des personnes qui sont appelées à se rendre chez elles: il s’agit de potentiels vecteurs du Covid-19 dans l’espace carcéral», s’inquiète Marie Rosy Auguste Ducena.