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Protéger nos aînés

hôpital Pierre-Boucher
Photo d'archives Si nous avions été laxistes, nos hôpitaux seraient déjà surchargés ou en voie de l’être.

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Ça y est. C’est commencé. De plus en plus de voix discordantes se font entendre pour dire essentiellement : « Tout ça pour ça ? »

Et c’est fort déplorable. C’était prévisible que si le Québec réussissait à déjouer les pires pronostics, il s’en trouverait bon nombre pour critiquer le fait que nous ayons collectivement mis nos vies sur pause.

Pourtant, si nous ne sommes pas l’Italie, la France ou les États-Unis, c’est précisément parce que nous faisons pour la majorité tous les efforts nécessaires pour gagner la bataille.

Emmurer les vieux

Je lisais hier sur les médias sociaux que devant le constat évoqué par le Dr Arruda, soit que 98 % des personnes ayant perdu la vie avaient plus de 70 ans, nous aurions pu et dû agir différemment.

Qu’il aurait suffi d’interdire les déplacements uniquement des personnes en CHSLD ou en résidence pour personnes âgées. Que d’agir seulement auprès d’eux aurait permis d’éviter le pire et de ne pas avoir à appuyer sur le cran d’arrêt de notre économie.

Le sophisme est tel que l’on doit prendre une grande respiration avant de répondre, de peur de laisser la colère guider nos propos plutôt que la rationalité.

Snif, expire. Voici : pour s’occuper des aînés, ça prend du personnel. Des médecins, des infirmières, des préposés. Ça, c’est la première ligne. Mais il y a les travailleurs sociaux, les préposés aux entretiens, les cuisiniers. Sans oublier le personnel administratif, les livreurs, et j’en passe.

Alors si nous avions décidé de nous « suèdiser », c’est-à-dire d’agir de manière chirurgicale, sans mesures de confinement généralisées, comme la Suède, qui se serait occupé de nos aînés ?

Parce qu’immanquablement, la pandémie aurait frappé beaucoup plus sévèrement, dans toutes les couches de la société. Dites-moi alors comment nous aurions pu assurer un continuum de services auprès de la clientèle isolée.

Des hôpitaux engorgés

Puis, il y a la capacité de notre système de santé à soigner les gens malades. Parce que s’il est vrai que la quasi-totalité des décès survient chez les plus de 70 ans, cela est faux en ce qui concerne les hospitalisations.

Oui, il y a une prépondérance chez les aînés. Mais il y a des gens dans la vingtaine, dans la trentaine, la quarantaine... Bref, il y en a de tous les âges.

Et si nous avions été laxistes, nos hôpitaux seraient déjà surchargés ou en voie de l’être. Et qu’est-ce qui arrive à ce moment ?

Le choix.

Le choix déchirant de sauver une personne plus jeune au détriment d’une plus vieille par manque de respirateurs ou par manque de ressources de tout acabit.

Il est là le plus grand risque. Il est là le sacrifice collectif. Accepter que nous devions tout mettre en œuvre pour ne pas en arriver à sacrifier celles et ceux qui ont contribué à bâtir notre société.

Leur vie vaut autant que la vôtre. C’est pour ça que c’est difficile. Très difficile. Mais le jeu en vaut la chandelle.