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La démocratie américaine est malade

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Le fiasco du scrutin de mardi au Wisconsin pourrait s’avérer un avant-goût du rendez-vous électoral présidentiel de novembre.

Organiser une élection en temps de pandémie n’est pas une mince affaire. Aux États-Unis, plusieurs États ont reporté leurs scrutins printaniers et ceux qui vont de l’avant malgré tout doivent affronter d’énormes défis.

Ce qui est en jeu est l’accès au vote pour certaines catégories d’électeurs et la manipulation de cet accès à des fins partisanes.

Les scrutins de ce printemps sont annonciateurs du genre de manigances partisanes qui pourraient favoriser la réélection de Donald Trump.

Au cœur de la guerre partisane

Comme en 2016, le Wisconsin est un État clé de l’élection présidentielle. Depuis longtemps, les républicains de cet État cherchent à compliquer l’accès au vote des électeurs urbains, jeunes, afro-américains et défavorisés, très majoritairement démocrates.

Mardi, les électeurs de cet État du Midwest votaient aux primaires présidentielles et pour de nombreux postes locaux et étatiques, dont celui d’un juge conservateur à la Cour suprême de l’État, que la majorité républicaine à la législature tient mordicus à maintenir en poste.

Les obstacles existants et les conditions exceptionnelles entraînées par la pandémie favorisent les républicains, dont les appuis sont concentrés dans l’électorat blanc et rural. 

Évidemment, les républicains chercheront à maintenir cet avantage en novembre pour que les 10 votes du Wisconsin au collège électoral restent acquis à Donald Trump, et ses partisans dans d’autres États n’hésiteront pas à faire de même. 

Suppression du vote

Le gouverneur démocrate du Wisconsin a tenté de retarder le scrutin ou d’instaurer des mesures de vote à distance, mais il a rencontré un mur de résistance des républicains, jusqu’en Cour suprême fédérale.

Des milliers d’électeurs ont donc été contraints à voter en personne. À Milwaukee, où 300 000 électeurs inscrits sont normalement répartis dans 180 bureaux de vote, la pénurie de personnel a réduit ce nombre à cinq. Dans des quartiers touchés par la COVID-19, les électeurs ont dû faire la file pendant des heures et bon nombre d’entre eux ont probablement renoncé à voter. 

La pandémie aura probablement des effets semblables de suppression du vote dans des États où les républicains cherchent déjà à multiplier les obstacles au vote. 

Fraude imaginaire

Les républicains justifient leurs demandes de restrictions ou leur refus de faciliter le vote par un souci d’éviter la fraude électorale. Pourtant, sur des dizaines de millions de votes aux élections présidentielles, les cas avérés de fraudes se comptent sur les doigts de la main.

Cela n’empêche pas le président Trump de claironner constamment ces allégations de fraudes électorales, sans la moindre trace de preuves. 

L’inquiétude liée à la pandémie augmente la demande pour le vote postal, déjà en usage sans problèmes majeurs dans plusieurs États. À une journaliste qui lui demandait s’il favoriserait ce genre de facilitation du vote, Donald Trump a réagi en dénonçant vigoureusement le vote postal, à son avis entaché par des fraudes systématiques. Pourtant, en 2018, le citoyen Donald Trump a exercé son droit... par la poste. 

Pandémie ou pas, les républicains ne relâcheront pas leurs efforts pour restreindre l’accès au vote pour les groupes qui leur sont opposés. Mardi, le Wisconsin leur a montré la voie à suivre.