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L’infirmière la plus en forme du Québec

La marathonienne Mélanie Myrand est en 1re ligne de la crise de la COVID-19

Mélanie Myrand
Photo courtoise Disputé dans la chaleur écrasante de Doha au Qatar, en septembre dernier, le marathon des championnats du monde avait vu seulement 40 des 70 concurrentes terminer l’épreuve. Du nombre, il y avait la Québécoise Mélanie Myrand, entrée au 27e rang en 2 h 57 min 40 s.

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« Ça va être un marathon, alors il faut être patient et savoir garder son énergie. »

Venant de Mélanie Myrand, infirmière praticienne et première candidate québécoise depuis 1988 à s’approcher du marathon aux Jeux olympiques, la remarque se veut pleine de sens.

Si les restrictions liées à la pandémie de COVID-19 n’empêchent pas ses sorties de course à pied, cette spécialiste en soins de première ligne au CLSC de Saint-Polycarpe, en Montérégie, s’expose toutefois aux risques de contracter le virus. Par conscience professionnelle, elle accepte toutefois de contribuer à l’effort collectif.

« Quand on prend la décision de travailler dans les milieux de la santé, c’est parce qu’on a décidé de prendre des risques pour le bien des autres », affirme la coureuse de 34 ans, qui a terminé 27e au marathon des championnats du monde au Qatar, en septembre dernier.

« Non, je n’aimerais pas attraper le virus et je serais sans doute aux prises avec des symptômes minimes si ça m’arrivait, mais mon premier choix, c’est d’être une infirmière. Le deuxième, c’est celui d’être une coureuse. Si je l’attrape, je ne pourrai plus courir comme avant, mais ma priorité est mon travail d’infirmière praticienne. S’il le faut, je vais me mettre à risque pour les autres. »

Priorité au service de santé 

L’émergence de Mélanie Myrand a surpris l’industrie de la course à pied au Canada durant la dernière année. Investie dans l’entraînement spécifique du marathon depuis 2016, elle avait signé le chrono étonnant de 2 h 33 min 20 s à Rotterdam, il y a un an, la qualifiant pour les mondiaux. C’était là son quatrième marathon à vie seulement.

Le report des Jeux de Tokyo l’amène maintenant à envisager plutôt Paris en 2024 si son désir de participer à l’épreuve mythique de 42 km sous les cinq anneaux persiste au-delà de ses objectifs à court terme (voir aplus bas). Dans sa tête de coureuse, entre-temps, il y a toujours ce défi d’effacer le record féminin québécois de 2 h 29 min 28 s qui appartient à Jacqueline Gareau depuis 1983.

Mais pour l’heure, sa carrière dans le domaine de la santé occupe son quotidien. En plus de ses tâches régulières, la mobilisation requise dans les services médicaux l’a incitée à offrir sa disponibilité dans les cliniques d’examens et de dépistage de la COVID-19 déployées par le Centre intégré de santé et services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest.

« On est préparé dans notre région s’il y a un besoin et je suis prête à aider », avise cette titulaire d’une maîtrise en sciences infirmières.

Berlin à l’automne ? 

L’ampleur de la crise actuelle ne lui permet pas encore de se voir au marathon de Berlin, le 27 septembre, où le parcours plat et rapide, favorable aux records, l’attend déjà à bras ouverts afin de pulvériser la marque de Jacqueline Gareau. 

« On va voir où sera rendue la situation de la COVID-19 en Europe. Pour l’instant, il ne faut pas faire de plan. C’est possible qu’on ne soit pas encore sorti de ça en septembre, alors pour mon plan de faire un marathon, l’automne prochain, faudra voir... »

Tokyo n’est plus réaliste

Une crème de haute qualité dans l’élite canadienne féminine du marathon et l’appel de la maternité ont convaincu Mélanie Myrand de faire une croix sur les Jeux olympiques de Tokyo en 2021.

Le report de ces Jeux a activé une prise de décision chez la Montréalaise de l’arrondissement L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève. Ennuyée par une blessure à la hanche gauche, le temps lui aurait manqué pour espérer réaliser le standard olympique de 2 h 26 min 59 s et obtenir l’un des trois départs attribués au Canada pour l’épreuve olympique féminine.

Dans l’équation, il y avait les solides notes enregistrées durant l’année par trois Canadiennes. Dayna Pidhoresky, de Vancouver, a assuré sa sélection pour Tokyo en remportant le championnat canadien, à l’automne. Plus tard en janvier, à Houston, Malindi Elmore a écrit le nouveau record canadien en 2 h 24 min 50 s. La coureuse originaire de Colombie-Britannique a ainsi effacé la marque précédente — et pas vilaine — de Rachel Cliff (2 h 26 min 56 s), éditée en mars 2019.

« Aurait-il été réaliste de faire 2 h 26 min 59 s pour espérer aller aux Jeux olympiques ? On a répondu non », a convenu la Québécoise, de concert avec son entraîneur.

« Il faut être réaliste avec nos défis. On va être patient et, pour l’instant, on va essayer de battre le record québécois à Berlin le 27 septembre 2020. »

L’envie de devenir maman 

Les Jeux de Paris en 2024 deviendront-ils l’objectif majeur suivant, alors ? Une porte s’entrouvre.

« J’ai 34 ans et pour une marathonienne, c’est quand même jeune. Par contre, j’aimerais commencer une famille, cet automne. Je suis mariée et je n’ai pas d’enfant, mais j’ai toujours dit que je voulais avoir un enfant avant l’âge de 35 ans. Ce serait un bon timing parce que je pourrais récupérer en prévision de 2024 », répond-elle.

« Si tout va bien, que mon corps récupère bien de mes grossesses et que je peux trouver du temps durant mes journées pour faire de gros entraînements, le plan, c’est que, oui, j’aimerais continuer à courir des marathons après avoir eu mes enfants. Plusieurs femmes le font et il y en a même qui s’améliorent après leur grossesse. Je reste convaincue que je pourrais continuer à performer.

« On ne sait jamais ce qui va arriver en 2024, mais d’ici là, c’est certain que je vais continuer à essayer de performer au marathon. »