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Un choix de société

CHSLD Sainte-Dorothée
Photo Ben Pelosse CHSLD de Sainte-Dorothée

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Chez les aînés, la COVID-19 fauche de plus en plus de vies. La majorité des décès sont en CHSLD. Une tendance lourde. Même parmi ceux qui, dans les CHSLD, ont le virus ou l’auront sans en mourir, comme les préposés et le personnel médical, il laissera aussi parfois de graves séquelles physiques.

Les raisons de ces éclosions meurtrières sont connues. Manque d’équipement de protection personnelle. Pour les « protéger », les résidents ont été coupés de leur famille ou de leurs proches aidants, mais en même temps et inévitablement dans les circonstances, leurs soignants, parce qu’ils sortent et entrent librement, deviennent bien involontairement des vecteurs potentiels de contagion.

On le dit trop rarement, mais dans les mêmes CHSLD vivent aussi des adultes de moins de 60 ans, handicapés physiquement ou intellectuellement. D’autres, tout aussi vulnérables, vivent dans des ressources privées subventionnées, soumises au même confinement et aux mêmes risques de contagion. La vulnérabilité extrême n’a pas d’âge.

On savait

On savait aussi que de graves problèmes minaient déjà ces ressources d’hébergement dites « milieux de vie », dont les CHSLD. Manque de ressources de toutes sortes. Préposés dévoués, mais sous-payés et dont la formation, surtout au privé, est à géométrie variable. Les dernières années d’austérité et l’échec patent des réformes Barrette ont donné le coup de grâce.

Sous le joug de la COVID-19, tous ces éléments réunis – la tempête parfaite – mettent en danger la vie de leurs résidents hautement fragiles. Idem pour la santé des employés qui, courageusement, se sacrifient pour monter au front. Le résultat est horrifiant. Certains de ces « milieux de vie » deviennent peu à peu des « milieux de mort ». La sonnette d’alarme résonne haut et fort.

Que voulons-nous ?

Le gouvernement leur envoie enfin des renforts. Dans tous ces milieux en état de siège sanitaire, l’intervention de la ministre de la Santé, Danielle McCann, est essentielle. Par définition et par besoin, elle s’inscrit toutefois dans l’urgence du court terme.

Comme société, la vraie question se posera dorénavant de manière brutale. Voulons-nous vraiment encore de ce « modèle » où autant de personnes vulnérables, tous âges confondus, se retrouvent remisées et ghettoïsées dans des CHSLD et autres ressources d’hébergement, trop souvent par manque d’options ?

La question qui tue, littéralement, elle est là. Il existe sûrement ailleurs dans le monde des « modèles » nettement plus humanistes que le nôtre. Parce que cette situation le préoccupe, il ne tiendra qu’au gouvernement d’en faire une étude fouillée ; de trouver ces modèles variés d’habitation et de cohabitation plus humanistes, plus intergénérationnels, plus accessibles sans égard aux revenus des personnes et plus conviviaux.

Il faudra le faire pour s’en inspirer enfin. Idem pour les soins et services à domicile, un soutien beaucoup plus large et concret aux proches aidants et à la dé-ghettoïsation sociale des personnes vulnérables.

Bref, il nous faudra brasser la cage sur tous les plans : politique, social, culturel, organisationnel, bureaucratique. De cette crise épouvantable, il nous faudra bien apprendre comment faire mieux. Beaucoup mieux.