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Voter pendant une épidémie: que feront les États américains?

Voter pendant une épidémie: que feront les États américains?
Photo AFP

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Aux États-Unis comme ici, il est bien difficile d’envisager un retour à une vie plus normale avant un an ou même un an et demi. Il faut donc s’attendre à ce que l’élection de novembre soit bouleversée d’une manière ou d’une autre.  

Déjà, le déroulement des primaires démocrates offre un aperçu des difficultés qu’on rencontrera. Chaque fois qu’il y aura un doute, on remettra en question la légitimité du résultat. Donald Trump le faisait déjà en 2016 alors qu’il venait de gagner et qu’il n’y avait eu aucune fraude! Vous imaginez ce que ce serait s’il perdait!!  

La situation est particulièrement complexe chez nos voisins du sud parce que la responsabilité de l’organisation de l’élection incombe à chaque État... On peut enregistrer son vote de différentes manières et les variantes dans les réglementations sont multiples. Même si on dispose d’un peu plus de six mois avant la tenue du vote, la tâche d’organiser une élection sécuritaire dont on pourra certifier les résultats est colossale.  

Avant de préciser les principaux ajustements qu’il faut apporter, je précise une chose: on votera cette année et les mandats de Donald Trump et de Mike Pence prennent fin le 20 janvier.   

Pour modifier la loi électorale (donc changer la date de l’élection) ou la constitution (pour la fin du mandat), il faut obtenir une majorité des deux tiers des membres de chacune des deux chambres du Congrès. Théoriquement, ce n’est pas impossible à envisager, mais dans les faits, vous et moi savons que ça ne se produira pas. Pas avec la polarisation qui marque la vie politique aux États-Unis.  

Quelques théoriciens avancent que s’il était absolument impossible de voter, le 20 janvier, le mandat présidentiel se terminerait et on attribuerait alors le poste de président au suivant dans l'ordre de succession (on y penserait surtout si le président ou le vice-président étaient incapables d’assumer leurs fonctions en même temps). Un tel scénario permettrait alors à une première femme d’accéder à la présidence. Selon l’ordre de succession, le ou la speaker de la Chambre est troisième dans l’ordre. Vous imaginez la réaction des républicains!  

Si je peux affirmer que l’élection aura lieu et que le nouveau mandat présidentiel débutera le 20 janvier à midi, je voulais souligner les nombreux irritants qu’il faudra considérer pendant les préparatifs. La plupart de ces irritants étaient présentés dans un très bon article sur le site de The Atlantic plus tôt cette semaine.  

Parmi les premières préoccupations de tous les États d’ici à l’échéance de novembre, on trouve le recrutement et la formation des travailleurs d’élection. Plusieurs hésitent à s’exposer au virus et une forte proportion de ces travailleurs (68% en 2018) sont âgés de plus de 60 ans, se retrouvant ainsi parmi les victimes les plus susceptibles de mourir des complications de la COVID-19. Recruter et former les travailleurs est une tâche ardue lors d’une élection normale et cette fois, on devra en plus rajeunir les effectifs.  

Autre sujet d’inquiétude: le vote par correspondance (avec enveloppes ou courriels). Cette méthode offre des avantages indéniables puisqu’en recourant à la poste ou au courriel on évite les files d’attente ou les salles encombrées. Cependant, des questions de sécurité et de coûts sont inévitables.  

Après les fraudes multiples rapportées dans les médias, vous imaginez déjà les risques de dérapages pour le vote par courriel et les probabilités qu’on s’en remette à cette procédure sont très faibles. Mais voter par la poste comporte aussi son lot de problèmes.  

Par exemple, si on ne veut léser personne, il faut s’assurer que chacun et chacune, surtout les plus démunis, n’ait pas à payer pour affranchir l’enveloppe. Des statistiques indiquent que si ce coût n’est pas assumé par l'État, on pénalise les minorités, les plus démunis et les jeunes. Trois «clientèles» qui penchent plus régulièrement pour les républicains.  

Pour qu’un vote par correspondance soit équitable et qu’on puisse le certifier, il faut penser à développer ou à perfectionner un système d’authentification des signatures et de soutien aux personnes qui ne peuvent se déplacer. Beaucoup de bulletins acheminés par la poste sont rejetés à chaque élection parce qu’on ne peut confirmer que la signature qui s'y trouve est la bonne. Plus de ce type de bulletins en 2020 équivaut à plus de bulletins rejetés. Encore une fois, des possibilités de recours ou de recomptages.  

Quand on vote par correspondance, on s’assure habituellement d’offrir du soutien à ceux et celles qui ne peuvent se déplacer pour déposer le bulletin à la poste. De combien de volontaires ou de travailleurs supplémentaires aura-t-on besoin? Qui seront ces personnes et sont-elles dignes de confiance?  

Quelques États songent à mettre en place un «vote au volant»! Pratique pour éviter les foules et respecter la distanciation sociale. En avançant son véhicule d’un point à un autre, on peut recevoir son bulletin, le compléter et le déposer sans quitter son véhicule. On peut penser qu’un grand nombre d’États puissent adopter cette pratique, mais encore faut-il modifier la loi électorale et, une fois de plus, compter sur du personnel qualifié.  

Même le vote par anticipation devra être modifié. Cette façon de faire permet également d’éviter les longues files et les attroupements, mais dans plusieurs États, les plages horaires et le nombre de jours sont limités. Encore une fois, il faut modifier la loi électorale et ajouter des ressources humaines et financières pour permettre l’ajout d’un nombre d’heures significatif.  

Je n’ai même pas fait le tour de toutes les possibilités, mais je crois que vous comprenez déjà à quel point il sera difficile d’organiser des élections honnêtes et inclusives. Personne ne doit être lésé, en aucune façon, et on doit être en mesure de certifier les résultats.   

Tous les quatre ans, j’ai le tournis lorsque j’explique à mes étudiants les détails du déroulement des élections présidentielles dans les États américains, je m’attends donc à ce que le défi soit décuplé cette année!  

Pour l’article dans The Atlantic, vous cliquez ici

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