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Jouets pour adultes

young woman  with learning language during online courses using netbook
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Non, je ne parle pas de jouets sexuels pour pimenter votre confinement.

Je parle de jouets qui provoquent, dans les milieux universitaire et collégial, une fièvre plus puissante que celle qui accompagne la COVID-19. Elle peut durer... une vie.

Je laisse de côté l’enseignement primaire et secondaire que je ne connais pas.

Impro

Dans les universités, dans les cégeps, on s’autocongratule beaucoup ces temps-ci.

Il est vrai qu’on semble avoir réussi à improviser un enseignement à distance qui devrait permettre de finir la session actuelle tant bien que mal.

J’ai un enfant au collégial et un autre à l’université. Psychologiquement, dans le contexte actuel, ils ne sont plus là, en plus de n’être guère captivés quand un prof lit ses notes de cours devant sa petite caméra ou envoie des textes.

Peu d’échanges, peu de dynamique collective, zéro chaleur humaine.

Il faut être privé de la salle de cours pour voir le vide immense qu’elle laisse, pour voir que la quincaillerie technologique ne parvient pas à recréer cette expérience collective si particulière.

Ne me comprenez pas de travers : les improvisations actuelles valent mieux que de ne rien faire, et je ne nie pas les intéressantes possibilités de l’enseignement en ligne.

Je dis autre chose.

Je dis que, depuis des années, au Québec et ailleurs, certains avancent que la technologie permettra une « réinvention » de l’école, un enseignement « innovant », une libération de tous les potentiels... et patati et patata.

Pour eux, c’est un véritable projet de société, et tant pis si l’introduction massive des tablettes et des écrans tactiles au primaire et au secondaire a donné des résultats plus que mitigés.

La crise actuelle est, pour ces chantres du numérique, une occasion en or, un point de non-retour, la chute du mur de Berlin pédagogique.

Ces gens ne sont pas des technophiles. Ce sont des technolâtres.

Les technologies éducatives sont, pour eux, un Dieu à idolâtrer, une divinité devant laquelle se prosterner.

Si vous critiquez, vous brisez un tabou, vous commettez un sacrilège.

Ils vous traiteront de « technophobe » de manière aussi automatique et convaincue que d’autres lancent « islamophobe » ou « homophobe ».

Mais ils le feront sur le ton de l’évidence, du gros bon sens, du « ben voyons », ou avec un brin de pitié condescendante, comme si vous étiez un demeuré...

Sans le dire ouvertement, ils rêvent d’une transition généralisée et irréversible vers l’enseignement à distance.

Imaginez, wow, ne plus avoir affaire à des étudiants en chair et en os, hormis ceux des cycles supérieurs qui peuvent servir d’assistants de recherche. Le nirvana !

Utopie

La vérité toute simple est que ces outils ne conviennent pas à tous les types de contenus et de styles pédagogiques.

S’y enfoncer pour de bon, c’est accepter de renoncer, plus ou moins explicitement, à une bonne partie de ce qui fait l’essence du métier de professeur.

Évidemment, si ce professeur se perçoit surtout comme un chercheur, le problème est déjà réglé dans sa tête.

Ce qui se fait ces jours-ci ne remplacera jamais l’enseignement traditionnel. Cela vaut pour quelques semaines, mais pas pour des sessions entières.

Chaque époque, on dirait, a besoin de ses utopies.