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La mère comme inconnue

Pas même le bruit d’un fleuve
Photo courtoisie Pas même le bruit d’un fleuve
Hélène Dorion, Alto, 184 pages, 2020

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L’art happe, sauve, apaise. Et le Saint-Laurent, cette beauté, participe de ce mouvement dont le nouveau roman d’Hélène Dorion est traversé.

Jumelée au titre, la photographie de la couverture, signée Rachael Talibart, participe à l’entrée en force du plus récent livre de la prolifique Hélène Dorion, dont l’œuvre a été récompensée du prix Athanase-David­­­ en 2019.

Et ce n’est pas anecdotique que de le souligner, tant Pas même le bruit d’un fleuve fait appel à toutes les formes d’art.

C’est un roman dans lequel s’égrène la poésie jusque dans les titres des chapitres ; au personnage central, écrivaine, répond sa meilleure amie, sculptrice ; et Hélène Dorion elle-même dresse en fin d’ouvrage la liste des pièces musicales qui « ont accompagné l’écriture et les relectures de [son] roman ».

Celui-ci met en scène une romancière, Hanna, dont la mère vient de décéder. Une maman un brin mystérieuse, assurément distante. Pourquoi ? Allez savoir. Car qui cherche vraiment à comprendre sa mère ?

Sauf qu’en vidant le petit appartement de celle-ci, Hanna tombe sur des boîtes dont le contenu l’étonne. Des instruments nautiques, une photo de sa mère au bras d’un inconnu plus âgé qu’elle, mais dont elle est visiblement très proche, une coupure de journal datant de 1914, et des cahiers. Simone écrivait donc ?

Oui, Simone écrivait dans ces cahiers cachés, « le bleu pour le déroulement des jours, le vert et le jaune pour la poésie ». Un lien se tisse pour Hanna qui, à côté de son œuvre connue, signe en secret des poèmes. 

Lui vient dès lors l’envie impérieuse d’« attraper la part manquante » de cette Simone méconnue, de remonter le cours de sa vie.

Ce cours-là se mêle au fleuve. Alors Hanna prend la route, quitte Montréal pour rejoindre Kamouraska. Et nous nous promènerons ainsi entre 2018 et les années 1940, et plus loin encore – jusqu’au gigantesque naufrage de l’Empress of Ireland, au large de Pointe-au-Père, quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Grand amour

Hanna découvre que ce que Simone gardait pour elle avait un nom : Antoine, son grand amour, dont les parents avaient été avalés par les eaux du fleuve et qui a fini par y périr à son tour. 

Simone se résoudra dès lors à un autre mariage, mais Hanna décortique maintenant autrement des scènes de son enfance : « Un jour, j’ai vu ma mère entrer dans la mer comme si elle enlaçait un corps aimé [...]. »

L’avancée d’Hanna dans la vie de sa mère se fait tout en délicatesse. Le deuil d’amour de Simone a été suivi d’une vie conjugale difficile. Sa propre mère avait vécu la même perte et le même type d’union ratée. 

Mais face à la dureté des jours, il y a eu l’art... « Les poèmes peuvent-ils nous sauver du naufrage ? », ou de la violence, ou de la souffrance, se demande Hanna avec obsession. Ce beau questionnement est en soi apaisant.