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Le Québec va changer: l’autonomie alimentaire à notre portée

La province pourrait subvenir à la majorité des besoins de la population une fois la crise passée

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L’industrie agroalimentaire québécoise a les outils pour devenir autosuffisante après la crise, estiment les experts, même si les consommateurs devront s’ajuster à une rareté de certains produits provenant de l’étranger. 

• À lire aussi: Une crise qui aura changé le Québec 

REMPLACER LES TRAVAILLEURS ÉTRANGERS  

Des travailleurs guatémaltèques et mexicains au Potager Riendeau à Saint-Rémi en Montérégie à la fin de l’été dernier.
Photo d'archives, Chantal Poirier
Des travailleurs guatémaltèques et mexicains au Potager Riendeau à Saint-Rémi en Montérégie à la fin de l’été dernier.

À court terme, les agriculteurs québécois devront trouver une façon de remplacer les quelque 15 000 travailleurs étrangers qu’ils embauchaient avant la crise pour venir labourer les champs.  

« Quand on dit que sans ces travailleurs étrangers, il n’y a pas de production de fruits et légumes au Québec, ce n’est pas une affirmation gratuite, c’est la réalité », affirme Jocelyn St-Denis, président de l’Association des producteurs maraîchers du Québec.  

L’Union des producteurs agricoles travaille présentement sur un programme pour pallier le manque de main-d’œuvre, en faisant appel aux Québécois en manque de travail pour venir donner un coup de main sur les fermes du Québec, soutient M. St-Denis. « Ça va combler les besoins de façon temporaire. Mais quand la vie va reprendre son cours normal et que les gens vont retourner à leurs occupations, les producteurs vont se retrouver seuls », ajoute l’expert.   

Or, avec la fermeture des frontières, les conséquences commencent déjà à se faire sentir pour les producteurs qui ont besoin de main-d’œuvre pour préplanter leurs plans en serre avant de les transférer dans les champs.   

« On devrait ressentir les impacts aussi tôt que le mois de juillet, dépendamment de ce qui sera là et ce qui ne le sera pas », estime-t-il.   

Des travailleurs étrangers en provenance du Mexique et du Guatemala devraient arriver par avion au cours de la semaine.   


MISER SUR L’ACHAT LOCAL  

Il faudra encourager l’achat local et développer nos propres entreprises pour que le Québec devienne plus autonome relativement à ses produits de première nécessité.   

« Dans beaucoup de secteurs, le Québec serait prêt à devenir autosuffisant. C’est sûr qu’on ne fera pas pousser des bananes, mais la majorité des produits que l’on consomme sont relativement simples à produire », explique Jacques Nantel, spécialiste du commerce de détail, professeur émérite à HEC Montréal.  

Selon lui, la crise va aider à réaliser que les approvisionnements les plus stables sont ceux qui viennent de fournisseurs locaux.   

« Le problème, c’est que pour plusieurs produits de première nécessité, on dépend des autres pays. Il va falloir qu’on développe nos propres producteurs d’ici », ajoute pour sa part Benoît Duguay, professeur titulaire à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.   

Même s’ils semblent prêts à encourager le commerce local, les Québécois pourraient cependant être freinés dans leur élan par le prix des produits et la disponibilité.  

« Il faut que le citoyen puisse voir que le produit existe, et il faut qu’il soit capable de le distinguer grâce à une identification [...] Si on s’enligne vers un affichage simple et facile à comprendre, le citoyen pourrait identifier le produit », relate Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable.  


PRODUITS MOINS PRÉSENTS  

Les consommateurs doivent s’attendre à ce que les produits exotiques se fassent plus rares dans les prochains mois en raison de la fermeture des frontières.    

« Les pays vont prioriser leurs populations avant d’exporter. Il va y avoir une disponibilité de fruits et légumes d’ailleurs qui va diminuer aussi », explique Jocelyn St-Denis.  

On pourrait aussi voir moins de produits québécois sur nos étagères, ou encore une hausse de leurs prix en raison de leur rareté, soulève Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.  

« Quand il y a une rareté dans le produit, les prix augmentent. En fonction de la disponibilité et de la rareté, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des mouvements de prix, de moyens à importants », ajoute Jocelyn St-Denis.  

Cette année sera pleine de défis pour les producteurs, affirme-t-il.   

« Est-ce qu’on va manger plus de pommes de terre, de carottes et d’oignons cette année, et moins d’avocat, de tomates du Mexique ? On va manger les légumes d’ici en premier, et s’assurer d’être autonomes chez nous. »  


DES SERRES POUR CULTIVER À L’ANNÉE  

Les surplus d’électricité pourraient être acheminés dans les serres québécoises pour affronter les aléas de mère Nature.  

« C’est une demande qu’on fait depuis plusieurs années au gouvernement, de rendre disponible l’électricité en surplus à des tarifs qui sont préférentiels, abordables, équivalents à ce qui est offert aux États-Unis quand on fait de l’exportation », soutient Jocelyn St-Denis.  

Il est d’avis qu’il faudrait également investir davantage dans des installations permanentes, puisque le climat nordique québécois ne permet pas l’agriculture toute l’année.   

« Ce secteur a besoin d’électricité, que ce soit les gros parcs ou les petites serres, parce qu’il y a des producteurs en serres toute l’année, mais il y a aussi des producteurs qui partent leurs plants dans des serres en début de saison, qui ont des petites installations et qui pourraient en bénéficier », ajoute-t-il.   

Déjà, plusieurs producteurs maraîchers plantent leurs légumes à l’intérieur, avant de les transférer dans leurs champs. Ce processus permet de devancer la cueillette.   

Cela pourrait aussi permettre de diversifier les produits en cultivant certains fruits ou légumes dans un environnement contrôlé.  

Ensuite, même le consommateur pourra y mettre du sien.    

« C’est fort possible de voir les gens se faire de petits potagers [...] Après le coronavirus, beaucoup de gens vont changer leur façon de faire pour être plus autonomes. Même les pays vont s’assurer d’être plus autonomes. »

Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.