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«Ce n’est pas facile de se faire traiter d’assassins»

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La direction du CHSLD Herron de Dorval réfute les allégations de négligence dans son établissement où 31 aînés y sont décédés en un mois.

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L’une des gestionnaires et propriétaires de cette résidence privée tient à donner sa version des faits.

«Ce n’est pas facile de se faire dire que nous sommes des assassins quand tout ce qui nous tient à cœur et est primordial pour nous, c’est la santé, la sécurité et le bien-être de nos résidents», a soutenu Katherine Chowieri via Skype à notre Bureau d’enquête.

Les autorités veulent faire la lumière sur les circonstances entourant les décès survenus au CHSLD Herron de Dorval ainsi que les conditions dans lesquelles vivraient ses résidents.

En point de presse, le premier ministre François Legault a parlé de «grosse négligence». Pour sa part, le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a parlé d'un manque de collaboration de la part du Groupe Katasa propriétaire du CHSLD Herron.

«Je ne comprends pas le message de manque de collaboration de notre part», assure Katherine Chowieri qui renvoie la balle dans le camp de CIUSSS.

«C’est nous qui faisons encore les horaires des employés. On dépendait de nous pour trouver du personnel alors que l’on avait fait appel au CIUSSS parce que l’on était en manque d’effectifs. On collaborait avec eux. On fait des appels aux agences, on a appelé nos employés pour essayer de les ramener sur le plancher», dit Mme Chowieri.

Employés paniqués

D’après les informations du Bureau d’enquête, dès le 29 mars, la présidente-directrice générale du CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal, Lynne McVey, annonçait aux propriétaires du CHSLD que l’établissement était mis en tutelle compte tenu de lacunes dans les soins aux patients.

«La tutelle ne nous dérangeait pas, mais nous depuis le début, on tente de demander au CIUSSS quelles sont nos responsabilités en tant que gestionnaires et opérateurs du CHSLD. C’était pas clair», critique Katherine Chowieri.

Plusieurs employés avaient déserté le CHSLD de Dorval après avoir appris qu’au moins un résident était atteint de la COVID-19. La gestionnaire soutient que les employés n’ont pas démissionné, mais qu’ils étaient en quarantaine.

«Ils ont paniqué. On leur disait d’appeler Info-santé. On leur disait de s’isoler à la maison durant 14 jours. Donc, du jour au lendemain, on s’est retrouvé avec presque pas d’employés», fait savoir Katherine Chowieri.

Lettres d'avocat

Des documents consultés par notre Bureau d’enquête montrent que la collaboration a été difficile entre le groupe Katasa et le CIUSSS et que certains échangent se faisaient même par lettre d’avocats.

«On n’a pas pu s’asseoir ensemble et travailler ensemble dans cette lutte contre le virus», déplore Mme Chowieri.

Le 9 avril, Katherine Chowieri a envoyé une lettre à la ministre de la Santé Danielle McCann pour lui faire part de ses récriminations à l’endroit du CIUSSS l’Ouest-del’île-de-Montréal et réclamer une intervention directe et immédiate de la ministre.

La version des faits de Katherine Chowieri contredit donc totalement celle du gouvernement.

Les autorités se penchent sur les circonstances entourant les 31 décès de résidents du CHSLD Herron, dont cinq auraient été emportés par la COVID-19, et les soins apportés aux aînés.

Trois enquêtes sont en cours: une criminelle menée par la police de Montréal, une du Bureau du coroner ainsi qu'une du ministère de la Santé.