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Crise dans les CHSLD: «C’était inévitable», dit la rédactrice en chef du magazine «Santé inc.»

Une trentaine de décès ont été enregistrés depuis le 13 mars à la Résidence Herron, à Dorval. Le CHSLD a été placé sous tutelle par Québec.
Joël Lemay / Agence QMI Une trentaine de décès ont été enregistrés depuis le 13 mars à la Résidence Herron, à Dorval. Le CHSLD a été placé sous tutelle par Québec.

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Les drames qui frappent les foyers pour aînés étaient prévisibles, et ce même sans la crise actuelle de la COVID-19, estime la rédactrice en chef du magazine «Santé inc.», Marie-Sophie L’Heureux.

«C’était inévitable que ça allait arriver un jour, qu’il y ait une pandémie ou pas», a affirmé Marie-Sophie L’Heureux, qui partage son temps, depuis les dernières semaines, entre la direction de son magazine et le terrain où elle agit en tant qu’infirmière de première ligne.

À son avis, les cris du cœur des professionnels de la santé, dont deux d’Émilie Ricard et de Jean Bottari, qui avaient été largement médiatisés, se sont multipliés dans les dernières années sans que l’on apporte des solutions définitives aux problèmes soulevés.

Écoutez l'entrevue complète ici: 

«Là on braque les projecteurs sur cette réalité-là parce que la COVID-19 touche beaucoup les personnes âgées [...], mais ce n’est pas juste un angle mort là, c’est quelque chose qu’on ignore presque sciemment», a-t-elle soutenu, en entretien avec l’animatrice Geneviève Pettersen à QUB radio mardi après-midi.

«C’est sûr que c’est horrifiant. Ce qui me fâche, c’est qu’on soit surpris», a-t-elle ajouté.

Le système de santé est «malade»

Mme L’Heureux croit que le système de santé québécois est «malade» depuis très longtemps, notamment en raison d’une «culture organisationnelle de fond» qu’elle considère très hiérarchique.

«On centralise le plus les décisions et on fait descendre les ordres vers le bas dans une chaîne de commandements un petit peu comme dans l’armée», a-t-elle déploré.

À son avis, cette centralisation brime la latitude d’institutions locales à trouver des solutions novatrices qui conviennent réellement à leurs réalités. «On tente d’appliquer un livre de recettes à la Jehane Benoît dans le réseau de la santé», a-t-elle souligné en guise de comparaison.

Selon elle, la centralisation des ressources mise en œuvre par Philippe Couillard, alors qu’il était ministre de la Santé et des Services sociaux au début des années 2000, et poursuivi par l’ancien ministre Gaétan Barrette a dépouillé le réseau d’importantes ressources.

«Je ne comprends pas pourquoi on donne autant de tribunes à Dr Barrette en ce moment honnêtement parce que sa réforme à lui a été très délétère pour le réseau de la santé», a-t-elle aussi mentionné.

Des efforts en vain du gouvernement Legault

Mme L’Heureux craint que les mesures annoncées par le gouvernement Legault ne soient assez pour pallier la crise actuelle du système de santé.

«Au-delà des inspections, on va faire quoi au niveau des ressources? Parce que même s’il y en a [des centres d’hébergement] qui se débrouillent plutôt bien par rapport à d’autres, ils sont quand même en manque flagrant de ressources», a-t-elle fait savoir.

Marie-Sophie L’Heureux croit par ailleurs que l’augmentation de salaire accordée aux professionnels de la santé n’aura pas de quoi attirer les travailleurs vers ce domaine. «Ce n’est pas une question uniquement d’argent. C’est une question de considération et de culture. La vieillesse, ce n’est pas glamour dans une société de performance», a-t-elle relaté.

Si certains professionnels sont passionnés de gérontologie et de gériatrie, d’autres travailleurs n’iraient pas dans les CHSLD de gaieté de cœur, constate aussi Mme L’Heureux. «Les gens qui travaillent là, souvent ce sont des gens qui ont plus ou moins d’instructions, qui vivent déjà dans des conditions socio-économiques difficiles eux-mêmes», a-t-elle souligné.

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