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Forcer les profs à aller travailler dans les CHSLD

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Est-ce qu’un enseignant pourrait être conscrit comme préposé aux bénéficiaires? Étant donné la façon abjecte dont on s’occupe de nos aînés dans certains CHSLD et résidences privées du Québec, devant les morts qui s’accumulent, certains y voient LA solution.   

Sauf que c’est une fausse bonne idée. Circonscrire tout le corps enseignant donnerait fort probablement des résultats assez moyens. Prenons par exemple les enseignants qui ont des vulnérabilités immunitaires, qui sont eux-mêmes malades ou qui ont des familles à charge. On déshabillerait Jean pour habiller Paul.   

Il est clair que les enseignants en techniques de soins ou ceux qui enseignent des matières qui ont un rapport avec la santé humaine pourraient être appelés à apporter leur contribution en ce moment. Mais je pense que tout ça pourrait se faire de façon volontaire.   

Appelons plutôt l’armée en renfort, non? Déployons au plus vite des militaires dans les résidences et les CHSLD, afin qu’ils puissent soulager ce système qui étouffe. C’est leur vrai travail, à eux, d’aider la population en cas de crise humanitaire.   

Non, envoyer des enseignants de force pour changer des couches, soigner et nourrir n’est pas l’idée du siècle. Traitez-moi d’utopiste, mais je pense qu’obliger des personnes non formées, des personnes qui n’ont pas choisi des métiers de soins, à aller au front relève du totalitarisme. Pour ceux qui voudraient y aller sur une base volontaire par contre, c’est une autre affaire.   

Le premier ministre Legault n’a pas arrêté de le répéter depuis le début de cette crise: les Québécois sont courageux et généreux. Et il a raison. Vous souvenez-vous quand on a demandé à la population d’aller faire du bénévolat? Le site internet que le gouvernement a mis sur pied pour recueillir les candidatures a pour ainsi dire explosé.   

Le travail forcé n’a jamais donné rien de bon. Ce n’est pas une méthode digne d’un État de droit. Je parie que, si l’on demandait aux enseignants de prêter main-forte au système de santé, ils seraient des centaines à lever la main. Mais, je le répète, ça doit rester un geste volontaire.  

Sinon, que serions-nous en train de devenir? Et dans quel état se trouveraient nos enseignants au moment de revenir en classe? Parce que, ne vous y trompez pas: si vous pensez que c’est complexe maintenant, attachez vos tuques avec de la broche, ce qui nous attend au bout du confinement ne sera pas moins difficile.   

Les enseignants auront besoin de longs mois afin de retrouver un semblant de normalité dans leurs salles de classe. Et ces enfants défavorisés dont on parle depuis le début de la crise, ceux qui n’ont pas à la maison les denrées et la stimulation nécessaires, ceux qui subissent de la violence et de l’abus, dans quel état les retrouveront-ils?   

La moindre des choses, ce serait de laisser les enseignants planifier la suite. Ils ne sont pas assis chez eux à ne rien faire. Ils sont en constante communication avec les directions d’école et leurs syndicats. Ils appellent leurs élèves, envoient des travaux facultatifs aux parents et essaient de demeurer une présence positive dans la vie de nos enfants, du mieux qu’ils peuvent.   

Et c’est sans tenir compte du fait qu'ils ont, eux aussi, des familles dont ils doivent s’occuper, qu’eux aussi sont inquiets pour leurs proches. Certains, même, sont déjà des aidants naturels au sein de leur propre unité familiale.   

Les enseignants sont des humains. Ils ne nous appartiennent pas parce qu’on paie collectivement leur salaire. Ce ne sont pas des robots au service de l’État.