/qubradio
Navigation

Faire du profit sur le dos des aînés est permis au Québec, soutient une professeure

Grandma with walker
Photo Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

Avec un écart flagrant entre le nombre de maisons d’hébergement pour aînés publiques et privées ainsi qu’un sous-financement du secteur public et des soins d’aide à domicile, le Québec nourrit une logique marchande, soutient Louise Boivin, professeure au Département des relations industrielles de l’Université du Québec en Outaouais.  

«On a 300 CHSLD publics et 3000 institutions privées», a fait savoir Mme Boivin en entretien avec Benoit Dutrizac, vendredi matin, à QUB radio. Il est donc permis de croire, selon la professeure, que de faire du profit sur le dos des aînés est permis dans la province.  

«Ce sont vraiment des choix politiques qu’on a faits en laissant une occasion d’affaire très lucrative au secteur privé, au détriment des travailleurs, des aînés et de l’ensemble de la société, a-t-elle précisé. Ce sont nos parents, ce sont nos proches et ce sera nous bientôt.»  

Écoutez l'entrevue complète ici:  

Modèle rentable, emplois précaires  

«La propriété privée des résidences pour aînés, c’est vraiment une mine d’or. Le secteur privé est rentable à condition d’avoir accès à une main-d’œuvre à faible revenu», a affirmé la professeure, qui entrevoit cette précarité d’emploi comme une base structurelle de ce type d’entreprises.  

Selon elle, les problèmes de qualification et de pénurie de main-d’œuvre sont la résultante de ce modèle, qui est de toute évidence à repenser. De plus, le personnel de ces établissements serait très souvent constitué de femmes défavorisées économiquement ou issues de l’immigration, et donc particulièrement vulnérables.  

Des entreprises cotées en bourse  

«Ce marché privé est constitué par cinq grandes entreprises au Québec et une partie de ces entreprises sont cotées en bourse et ont des actionnaires», a indiqué la professeure.  

Pour attribuer des dividendes à leurs partenaires, les entreprises privées doivent assurément créer de la valeur, principalement par l’entremise d’emplois précarisés, insiste-t-elle.  

Horaires variables souvent sur appel, quarts à temps partiel ou à temps plein divisés sur plusieurs établissements, faibles salaires et minces avantages sociaux seraient le modus operandi de plusieurs de ces maisons d’hébergement privées.  

Une problématique globale  

Selon Mme Boivin, les problèmes actuels des maisons d’hébergement pour aînés concernent autant le privé que le public et doivent être attaqués de manière globale. Non seulement, les gouvernements antérieurs auraient sous-financé le secteur public, mais ils auraient aussi délaissé les services de soutien à domicile. «Ça fait en sorte que les gens doivent se retrouver en résidence privée ou en CHSLD privé ou public parce qu’il n’y a pas suffisamment de services de soutien à domicile au Québec», a-t-elle expliqué.  

Selon elle, la pandémie devrait entraîner une révision du modèle actuel.  

«On pourrait plutôt financer des institutions qui ne seraient vraiment pas dans une logique de profit, mais plus dans une logique de santé et avoir plutôt une gestion qui serait axée sur le bien-être», a-t-elle lancé.  

Elle propose également de se pencher sur la création de comités qui impliqueraient de représentants d'usagers et de travailleurs, tel que vu dans les pays scandinaves, plutôt que d'avoir des actionnaires autour des tables de discussion.  

À ÉCOUTER AUSSI 

Visitez qub.radio pour ne rien manquer de notre programmation quotidienne et de nos baladodiffusions