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En attendant le vaccin...

Hier, sur Grande-Allée, ces amis discutaient en respectant le principe de distanciation sociale.
Photo Didier Debusschère Hier, sur Grande-Allée, ces amis discutaient en respectant le principe de distanciation sociale.

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Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle, dans le dossier présenté par Le Journal sur les recherches pour trouver un remède au nouveau coronavirus.

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La bonne, c’est qu’il s’agit sans doute de l’aventure humaine qui, jusqu’ici, aura mobilisé la plus grande quantité d’intelligence en même temps. Ni le développement de la bombe atomique, ni la conquête spatiale, ni la recherche contre le cancer, ni l’étude des changements climatiques ne se seront vu consacrer autant de ressources et d’énergie et n’auront surtout fait l’objet d’une aussi grande collaboration entre les labos. 

Sauf qu’avant d’avoir un vaccin, on en a dans le meilleur des cas pour un an, mais plus réalistement pour deux ans. Normalement, ça aurait pu prendre dix ou quinze ans. Ça, c’est la mauvaise nouvelle. 

Il faut prendre notre mal en patience. Plusieurs avenues de recherche sont prometteuses, mais ne permettent pas de sauter les longues étapes que constituent les tests sur les animaux pour mesurer les effets secondaires et sur les humains pour s’assurer que le traitement confère une immunité durable. On ne va pas produire, distribuer et inoculer à des milliards d’humains – ce qui prendra du temps aussi – un vaccin plus dangereux que la maladie elle-même ou inefficace. 

Pas soutenable  

Il faut moduler nos mesures, parce que le confinement actuel n’est pas soutenable pour deux années ou même pour une, que ce soit socialement ou économiquement 

C’est ce qui est prévu depuis le début, en fait. Devant l’arrivée subite et agressive du virus, les autorités nous ont mis sur pause. Le temps de s’organiser, d’implanter de bonnes pratiques d’hygiène, de permettre aux commerces et aux organisations de faire des aménagements et de bâtir nos stocks de matériel médical, notre capacité à faire des tests et notre organisation des soins. 

Mais c’est évident que, tôt ou tard, il faut s’organiser pour faire fonctionner la société même si un virus mortel court en même temps. Ce n’est pas un changement de stratégie. C’est une nouvelle étape de la même stratégie. 

On ne peut pas priver nos jeunes de scolarité et de socialisation pendant un an. On ne peut demander aux gens de télétravailler à temps plein en même temps qu’ils s’occupent de leurs enfants à temps plein pendant un an. Les gouvernements ne peuvent pas remplacer l’économie par des chèques financés sur la dette pendant un an. 

Surtout, et c’est une des mesures sur lesquelles on s’est entendu le plus rapidement collectivement, et c’est inquiétant, on ne peut pas laisser nos aînés regarder la peinture sécher sur les murs pendant un an. Ils développeront des plaies de lit, perdront de la mobilité et des capacités cognitives parce qu’ils seront moins stimulés. Ce serait une forme d’euthanasie cruellement et lentement administrée. Ce n’est pas ça, les protéger. 

Danser avec le virus  

Il va falloir reprendre graduellement et précautionneusement nos activités, donc. En respectant les deux mètres de distance autant que possible, mais en gardant en tête que les gens auront besoin de se faire nettoyer les dents et de recevoir des traitements de physiothérapie. En se promettant aussi de remettre toutes ces poignées de mains, ces colleux et ces gros french à plus tard. On l’aura bien mérité. 

On devra rouvrir les régions et lever certaines mesures d’isolement et parfois les rétablir a posteriori. Pour l’avenir prévisible, on va apprendre à danser avec le virus. 

Et, oui, c’est encore tabou, mais il va falloir accepter que plusieurs personnes vont attraper le virus et que certaines vont en mourir. Mais en même temps que des scientifiques chercheront le vaccin, d’autres trouveront des remèdes qui permettront de mieux soigner les malades. 

La fameuse immunité collective, celle qu’on connaîtra quand une proportion encore inconnue de la population sera « vaccinée » contre le virus parce qu’elle l’aura eu ou parce qu’elle aura reçu une injection, on ne l’atteindra pas demain. En augmentant la quantité de personnes qui ne peuvent plus contracter la maladie, on nuira néanmoins à sa propagation. 

Nous en sommes à l’étape d’appren-dre à vivre avec la COVID-19, comme nous le faisons en fait depuis le début avec une créativité aussi surprenante qu’émouvante. Nous approchons du moment où, sans être téméraires, il faudra accepter de vivre avec le risque, à tout le moins jusqu’à ce qu’un vaccin soit trouvé, testé, produit et administré à très grande échelle. 

Ça va bien aller, mais ça ne veut pas dire que ça ne sera pas difficile.