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La course aux remèdes: «prudence» avec la chloroquine

Le traitement endossé par Donald Trump est encore loin d’être recommandé au Québec

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Photo AFP En France, les études du Dr Didier Raoult, photographié dans son bureau de Marseille en février dernier, ont apporté un vent d’espoir sur l’efficacité de la chloroquine pour traiter les malades de la COVID-19. Mais des lacunes dénoncées dans le protocole de recherche ont tempéré les ardeurs de plusieurs.

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Même si Donald Trump et un scientifique français en font la promotion depuis des semaines, rien n’indique encore que la chloroquine, un médicament utilisé pour traiter la malaria, soit réellement efficace pour soigner les patients atteints de la COVID-19, prévient un des principaux conseillers du gouvernement du Québec.

• À lire aussi: COVID-19: la course aux remèdes

« Quand on regarde les données scientifiques, en date d’aujourd’hui, nous n’avons pas de données suffisantes pour nous permettre de conclure et de recommander à la ministre et aux médecins québécois d’utiliser l’hydroxychloroquine ou la chloroquine pour le traitement ou la prévention des patients avec la COVID », explique le Dr Luc Boileau. 

Ce médecin dirige l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), l’instance chargée de recommander ou non à la ministre de la Santé d’inscrire un médicament pour traiter une pathologie.  

Tout au plus, l’utilisation de la chloroquine est-elle présentement permise dans des protocoles de recherche ou dans « des cas très particuliers », en milieu hospitalier, après évaluation par les équipes de soin, indique le Dr Boileau. 

Ça soigne aussi l’arthrite 

L’INESSS en est venu à cette conclusion après une recension de la documentation scientifique par des professionnels et la consultation de nombreux experts médicaux. 

« L’histoire est remplie de succès prometteurs qui se sont évanouis. Ça ne veut pas dire que ça disqualifie tout. Mais il faut être diligent », avise le Dr Boileau. Il appelle même à une « extrême prudence » concernant les conclusions hâtives. 

La chloroquine et sa cousine, l’hydroxychloroquine, sont connues depuis longtemps et utilisées contre la malaria ou pour traiter des maladies rhumatismales comme le lupus et l’arthrite.  

Mais la récente croisade du réputé professeur Didier Raoult, en France, et son écho de ce côté-ci de l’Atlantique dans la bouche du président des États-Unis, Donald Trump, ont braqué les projecteurs sur la chloroquine.  

Pas encore assez d’études 

« Il y a un vent de positivisme qui s’est installé autour de cette molécule », convient le parton de l’INESSS, « mais les études solides ne sont pas encore au rendez-vous ». Les résultats de diverses recherches menées récemment, dont l’une publiée dans le New England Journal of Medecine, pointent plutôt vers l’absence d’effets positifs sur des patients atteints de la COVID-19. 

Des effets secondaires graves ont aussi été identifiés, les plus graves étant l’arrêt cardiaque et la mort.  

Dans ces circonstances, le Dr Boileau déplore les propos de Donald Trump, qui estime que la chloroquine « change les règles du jeu ». 

« On ne peut pas proposer des solutions à l’emporte-pièce pour des populations et envoyer un signal simpliste comme ça sans avoir un recul pour voir s’il y a ou non une solidité scientifique », dit-il.  

Des études en cours aux 4 coins du monde 

Certains pays la prescrivent, Donald Trump a parlé d’un « don de Dieu » ; la chloroquine est en ce moment étudiée sous toutes ses coutures, alors que le monde espère une solution à la crise sanitaire de la COVID-19. 

Les recherches s’accélèrent, partout sur la planète, pour tenter de déterminer si le médicament, un antipaludique relativement commun et peu dispendieux, peut aider à traiter les symptômes de la maladie à coronavirus.  

Le Québec « espère » que les études subséquentes démontreront son efficacité et « apporteront une solution porteuse pour certaines personnes », mais estime ne pas avoir de données assez probantes pour l’instant, a indiqué le PDG de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, le Dr Luc Boileau. 

Le médicament a été projeté à l’avant-plan grâce aux études – critiquées – du Dr Didier Raoult, en France, qui concluaient qu’il pouvait aider les malades à se porter mieux. Mais le faible échantillonnage de la première étude, et l’absence de groupe témoin (placebo) dans la seconde, ont soulevé des doutes au sein de la communauté scientifique.  

Morts au Brésil 

Récemment, un essai clinique mené au Brésil a été stoppé en raison de l’apparition d’un effet secondaire important chez les patients qui recevaient une forte dose : une grave arythmie qui a mené à la mort de plus de 15 personnes.  

Parmi les pays qui autorisent l’utilisation de la chloroquine, notons la Chine, la Corée, l’Italie, la Belgique et la France. D’autres, comme les Pays-Bas, le Québec et les États-Unis, encadrent strictement son usage dans le milieu hospitalier. 

Aux États-Unis, la décision de la Food and Drug Administration d’émettre un avis autorisant l’utilisation d’urgence de la chloroquine et l’hydroxychloroquine pour certains patients hospitalisés a fait sourciller.  

Des experts ont laissé entendre que la FDA aurait pu plier devant les pressions politiques, alors que le président Trump fait l’apologie du traitement depuis plusieurs jours. 

Fin mars, un couple de l’Arizona a été hospitalisé après avoir ingéré une trop forte dose de chloroquine. Il avait entendu le président en conférence de presse vanter le médicament. L’homme en est mort.    

Chloroquine et hydroxychloroquine 

 

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Photo Simon Clark

  

Noms commerciaux   

  • Nivaquine ou Resochin et Plaquenil  

Traitement   

  • Malaria, lupus, arthrite rhumatoïde  

Selon plusieurs études, le médicament exercerait ses effets antiviraux en limitant la multiplication de plusieurs virus, y compris des coronavirus 

Effets secondaires  

  • Hypoglycémie 
  • Dégénérescence visuelle 
  • Troubles du rythme cardiaque  

Ce qu’en pense le doc Béliveau  

Chloroquine : « Un bon exemple de l’importance de laisser la science suivre son cours. Les effets secondaires du traitement peuvent être très sérieux (mort cardiaque subite) et il faut prendre le temps d’étudier le médicament avec des essais cliniques bien encadrés. »

Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.