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La course aux remèdes: une étude québécoise va bon train

Des chercheurs du CHU de Québec misent eux aussi sur des médicaments connus pour vaincre le coronavirus

Dr Guy Boivin
Photo d'archives, Didier Debusschère Le Dr Guy Boivin, microbiologiste-infectiologue au CHU de Québec, a la chance de pouvoir travailler dans un laboratoire flambant neuf de niveau 3, inauguré en janvier. « C’est vraiment un hasard que ça ouvre en même temps qu’une pandémie. Le timing est parfait. Au lieu de travailler avec l’influenza aviaire, on travaille sur le coronavirus. On s’est adaptés rapidement. »

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Une équipe franco-québécoise de chercheurs, pilotée par le Dr Guy Boivin du CHU de Québec, mise, elle aussi, sur l’utilisation de médicaments existants pour freiner le virus afin de gagner du temps.

• À lire aussi: COVID-19: la course aux remèdes

Plusieurs autres scientifiques dans le monde entier ont opté pour le « repositionnement thérapeutique », soit l’utilisation d’un médicament déjà approuvé pour une autre pathologie médicale pour combattre la COVID-19. 

L’approche innovatrice de l’équipe du Dr Boivin pourrait permettre un développement clinique accéléré. Elle consiste à identifier la signature du virus dans les cellules épithéliales bronchiques puis à la comparer avec celle de composés disponibles sur le marché. L’objectif : trouver les molécules déjà accessibles qui ont une signature cellulaire à l’opposé, dans l’espoir d’obtenir les meilleurs résultats. 

« Ce n’est pas quelque chose qu’on fait au hasard, contrairement à d’autres composés dont on entend beaucoup parler ces temps-ci et qui ont été trouvés de façon aléatoire. Là, on est en train de déterminer la signature du coronavirus dans les cellules et d’ici quatre à six semaines, on va être capables d’avoir une liste d’une dizaine de composés candidats qu’on pourrait tester d’abord chez l’animal et ensuite chez l’humain », expose le Dr Boivin, qui est titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les virus en émergence. 

Sauter quelques étapes 

Le microbiologiste-infectiologue a utilisé la même recette dans les dernières années avec l’influenza. « On a obtenu des brevets pour ça, dit-il. Il y a même une étude clinique qui est en cours en ce moment en Europe avec les molécules qu’on a trouvées contre le virus influenza. » 

« Puisqu’on travaille avec des composés déjà connus, on peut sauter la phase 1 d’évaluation clinique donc on peut passer en phase 2 directement, explique-t-il. On peut retrancher deux à trois mois dans le processus entre la découverte et l’homologation puis la commercialisation. » 

Le gouvernement fédéral lui a versé une subvention de près de 900 000 $ pour ses travaux, menés conjointement avec des chercheurs de l’Université Claude Bernard Lyon 1, en France. 

Laboratoire à la fine pointe 

Fruit du hasard, le Dr Boivin peut également effectuer ses travaux dans un laboratoire de niveau de confinement 3 flambant neuf, inauguré en janvier dernier. 

« On n’a pas besoin d’aller à Toronto ou Winnipeg, puis se faire dire qu’il faut attendre six à huit mois, indique-t-il. On est maintenant plus indépendants et plus rapides. » 

5 projets d’ici et d'ailleurs à surveiller 

1. Au travail depuis le début de la crise 

Pionnière dans le développement de médicaments à base d’anticorps, la biotech AbCellera de Vancouver est sur la ligne de front depuis le tout début de la crise afin de mettre au point un traitement pour la COVID-19 dans les meilleurs délais. 

Elle a été la première entreprise en Amérique du Nord à recevoir un échantillon de sang d’un patient en convalescence, ce qui lui a permis de découvrir à ce jour plus de 500 anticorps humains pouvant être développés et reproduits pour un éventuel traitement. 

La compagnie britanno-colombienne, qui a l’appui du gouvernement du Canada dans ses efforts pour lutter contre la pandémie, a l’intention de commencer ses premiers essais cliniques sur les humains aussi rapidement qu’en juillet. 

AbCellera s’est associée à la biopharmaceutique Eli Lilly, en prévision d’une distribution à grande échelle d’un futur traitement.   

2. Un traitement qui pourrait faire office de vaccin 

La biotech américaine Regeneron Pharmaceuticals planche, elle aussi, sur un traitement à base d’anticorps qui pourrait également faire office de vaccin. 

La compagnie de l’État de New York est à pied d’œuvre pour isoler les anticorps les plus efficaces contre la COVID-19, lesquels pourraient ensuite être cultivés en laboratoire, purifiés et administrés aux patients par intraveineuse. « Si tout se passe bien, et ça devrait être le cas, nous devrions savoir quels sont les meilleurs anticorps dans les prochaines semaines », avait déclaré Christos Kyratsous à l’AFP en mars dernier.  

Les essais cliniques doivent débuter cet été. 

Les anticorps pourraient être utilisés à la fois comme traitement antiviral et comme vaccin.  

Parallèlement à cette recherche, Regeneron s’est associée au laboratoire français Sanofi pour évaluer les effets du médicament Kevzara sur les patients atteints du nouveau coronavirus.  

Le Kevzara est utilisé pour traiter des patients qui souffrent d’arthrite.   

3. En quête de réponses sur l’inflammation aiguë 

Un autre projet de recherche, mené au CHU de Québec, vise à identifier les raisons de l’inflammation pulmonaire aiguë chez les patients atteints de la COVID-19. Le Dr Louis Flamand et ses collaborateurs, qui ont obtenu une subvention de près de 400 000 $ pour cette étude, s’intéressent aux médiateurs lipidiques responsables de l’inflammation, souvent négligés par les chercheurs. « Les [analyses] faites dans le sang, c’est loin d’être indicatif de ce qui se passe dans le poumon et nous, on pense qu’avec notre approche, on va être capables d’avoir une bien meilleure idée de ce qui se passe », a-t-il exposé. « Du côté lipidique, il y a eu tout un arsenal de médicaments développés dans les trente dernières années déjà disponibles chez les pharmaciens. Si on s’aperçoit que la composante due aux lipides inflammatoires est importante et qu’on a des molécules, on pourrait les administrer directement. »  

4. Un médicament contre les poux très efficace 

Un médicament courant et bon marché pour combattre les poux et la gale pourrait-il être la solution recherchée ? C’est du moins ce que laissent croire les résultats de tests menés en laboratoire à Melbourne en Australie. L’ivermectine, une molécule administrée par voie orale, s’est révélée d’une efficacité redoutable lors d’un essai in vitro. Le médicament antiparasitaire aurait permis de réduire la charge virale de 99,98 % en 48 heures. Bien entendu, avant de s’emballer, il est nécessaire de rappeler que des études plus poussées – sur des animaux et sur des humains – devront être effectuées et que personne ne devrait, en aucun cas, tenter d’utiliser l’ivermectine à cette fin, tant que les autorités n’auront pas statué. Dans les dernières années, l’ivermectine a également démontré des résultats prometteurs quant à sa capacité de freiner la transmission du paludisme.  

5. Des cellules souches de placenta utilisées en Israël 

Six patients atteints de la COVID-19, souffrant d’insuffisance respiratoire aiguë, ont survécu en Israël après avoir reçu un traitement à base de cellules souches provenant de placentas, a rapporté récemment le Jerusalem Post. Le traitement, développé par la société israélienne Pluristem, a été administré dans le cadre d’un « programme d’usage compassionnel ». Les patients étaient dans un état critique et à « haut risque de mortalité », mais cette ultime tentative inusitée pour les sauver a fonctionné. « Un taux de survie de 100 % », titrait la publication en début de semaine. Pluristem affirme que les cellules PLX administrées aux patients sont des cellules allogéniques mésenchymateuses qui ont des propriétés immunomodulatrices. Elles peuvent ainsi « empêcher ou inverser la suractivation dangereuse du système immunitaire » et « réduire la gravité de la pneumonie classique et de la pneumonie au COVID-19 ».  

Ce qu’en pense le doc Béliveau 

Médicaments connus : « Il faut absolument explorer cette possibilité. Le mécanisme d’action et la toxicité des médicaments connus ont déjà été préalablement évalués et on peut donc accélérer énormément le transfert vers les patients. »

Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.