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Le plasma de convalescents pour neutraliser le coronavirus

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Plusieurs études examinent actuellement si la transfusion d’anticorps développés par les survivants de la COVID-19 pourrait permettre de guérir les patients touchés par la maladie.

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Ce concept n’est pas nouveau. Au cours des années 1890, le médecin allemand Emil Behring et son homologue japonais Kitasato Shibasaburō ont découvert que le sang de personnes ou d’animaux qui avaient survécu à une infection contenait une « antitoxine », c’est-à-dire un principe actif capable de neutraliser l’agent responsable de la maladie.  

Fait plus important encore, cette antitoxine possédait un pouvoir thérapeutique : ils ont observé qu’il était possible de guérir des patients atteints de diphtérie, une maladie infectieuse très répandue à cette époque, simplement en injectant aux malades la fraction liquide du sang (plasma) provenant d’animaux qui avaient été infectés par la bactérie responsable de cette maladie.  

Cette première forme d’immunothérapie était une découverte tout à fait révolutionnaire, récompensée par le tout premier prix Nobel de physiologie et médecine en 1901. 

Immunité passive 

On sait maintenant que cette « antitoxine » était en fait la somme des anticorps développés par les animaux convalescents contre l’agent infectieux. 

Ce plasma convalescent offre ce qu’on appelle une immunité passive : plutôt que de produire eux-mêmes des anticorps capables de neutraliser l’infection, les malades empruntent plutôt ceux qui ont été développés avec succès par une autre personne qui est parvenue à vaincre la maladie.  

La protection offerte est évidemment de courte durée et n’est pas équivalente à celle d’un vaccin, où une personne développe ses propres anticorps contre un virus ou une bactérie et est protégée pendant plusieurs années.  

Par contre, en présence d’un agent infectieux contre lequel il n’existe pas de vaccin (comme c’est le cas actuellement pour le coronavirus SARS-CoV-2), ces anticorps empruntés peuvent s’avérer très utiles pour compenser l’absence d’une réponse immunitaire efficace et permettre aux malades d’atténuer l’infection et, éventuellement, mener à une guérison. 

Actions antivirales 

Cette approche d’immunité passive a été utilisée à plusieurs reprises au cours du XXe siècle pour traiter les malades touchés par plusieurs infections virales, notamment la rougeole, les oreillons, la polio et l’influenza. 

Par exemple, au cours de la pandémie de grippe espagnole de 1918, on a observé que le taux de mortalité pouvait être diminué de moitié chez les patients injectés avec du plasma convalescent, surtout lorsque la transfusion était réalisée au début de la maladie.  

La méthode du plasma convalescent a également été utilisée lors des épidémies de SRAS (2002), de MERS (2012) et d’Ebola (2015). 

Encore aujourd’hui, le meilleur traitement pour l’Ebola demeure l’utilisation d’anticorps isolés de plasma convalescent et produits par la suite à grande échelle en laboratoire(1).  

Essais cliniques 

Plusieurs essais cliniques sont présentement en cours aux États-Unis, en France et au Canada pour déterminer si l’approche du plasma convalescent pourrait être utilisée pour le traitement des patients atteints de la COVID-19.   

Les résultats d’une étude pilote réalisée auprès de 10 patients gravement malades, récemment publiés dans les comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS), sont très encourageants : après avoir injecté aux patients une dose unique de 200 ml de plasma convalescent contenant des quantités élevées d’anticorps contre le SARS-CoV-2, les chercheurs ont observé trois jours plus tard une amélioration marquée des principaux symptômes cliniques de la maladie comme la fièvre, la toux, les difficultés respiratoires et les douleurs thoraciques(2).  

Les taux de globules blancs et la fonction hépatique étaient également améliorés et la charge virale était complètement indétectable chez sept patients sur 10. Après sept jours, l’analyse par tomodensitométrie (CT-scan) a révélé une diminution des lésions pulmonaires, sans effets secondaires majeurs détectés.  

Même si ces résultats préliminaires doivent être confirmés par des études cliniques randomisées à plus grande échelle, cette approche semble prometteuse et pourrait permettre de sauver plusieurs vies en attendant le développement d’un vaccin efficace.  


(1) Corti D et coll. Protective monotherapy against lethal Ebola virus infection by a potently neutralizing antibody. Science 2016 ; 351 : 1339-42.  


(2) Duan K et coll. Effectiveness of convalescent plasma therapy in severe COVID-19 patients. Proc. Natl Acad. Sci USA, publié en ligne le 6 avril 2020.