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Serez-vous poussé vers la faillite dans les prochains mois?

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Illustration Adobe Stock

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Selon les résultats d’un sondage qui a fait l’objet d’une nouvelle dans Le Journal la semaine dernière, plus d’un million de Canadiens pensaient devoir déclarer faillite dans les trois prochains mois si la situation ne s’améliorait pas « considérablement ».

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Qu’il faudra gagner à la loterie ? Hériter d’une lointaine tante riche ?

Si on se trouve aujourd’hui si proche de la débâcle, ça n’a rien à voir avec la pandémie. Ce ne sera pas un redémarrage en trombe de l’activité économique qui pourra épargner les plus endettés d’une visite chez le syndic.

L’enquête sans doute souffre d’un biais. Les participants au sondage ont été interrogés à un moment de grand stress. Le décompte quotidien des morts sape le moral. L’argent ne rentre plus, les factures s’empilent et les dettes s’accumulent. On imagine alors que tout ça ne pourra se conclure que dans l’apocalypse. Pour beaucoup, sur le plan financier, cela s’appelle « la faillite ».

Retrouver son calme

J’ai plusieurs fois évoqué ici la nécessité de faire un budget pour passer à travers la crise. Je le rappelle : c’est le seul outil capable de donner l’heure juste.

J’insiste aussi sur les bienfaits thérapeutiques de l’exercice. Une bonne partie du stress financier découle d’un sentiment de perte de contrôle.

Ça ne rapporte pas d’argent, c’est vrai, mais le seul fait de dresser l’état de la situation peut réduire la pression, même si ce qu’on découvre n’est pas très beau. Ce n’est qu’une fois calmé qu’on sera en mesure d’apercevoir les solutions.

Dans les circonstances, il faut prévoir trois budgets : un budget pré-COVID, un budget COVID et un budget post-COVID, propose le syndic Éric Lebel, associé chez Raymond Chabot.

Le budget pré-COVID

C’est le premier qui est long à faire, car les deux autres en découleront. On doit retracer autant que possible toutes ses dépenses de janvier et de février. On passe ses relevés de cartes de crédit et de ses comptes bancaires au peigne fin. On plonge dans ses vieilles factures pour ressortir les gros déboursés annuels qu’on répartira sur 12 mois.

Il ne faut rien manquer, des primes d’assurance vie aux frais de vétérinaire du chien en passant par les cours de musique des enfants et à sa passion pour les vieux disques vinyle. On classe ensuite les dépenses par catégories.

On fait la même chose avec les entrées d’argent. Cette étape est plus simple, elle se limite surtout à la paye, mais il faut aussi compter les prestations du gouvernement et les pensions alimentaires, si on en reçoit.

Si les deux colonnes sont déséquilibrées, et ce, depuis longtemps, ce sera visible sur les dettes (cartes, marge, crédit personnel) ou sur l’épargne.

Le budget COVID

On reprend le processus, mais avec des données « COVID ». Des dépenses ont disparu : transport, restaurants, cinéma... Mais une partie des revenus aussi s’est peut-être envolée. Si les revenus ne suffisent pas à couvrir les dépenses, il faut réduire ces dernières. Impossible ? Alors il faut piger dans l’épargne ou augmenter les dettes.

Jusque-là, pas de problème. C’est le troisième budget, post-COVID, qui sera révélateur.

Le budget post-COVID

Si l’état de ses finances s’est détérioré au point de songer à la faillite, ou si les dettes accumulées durant la pandémie sont préoccupantes, il faut mettre en place un budget austère, c’est-à-dire maintenir les dépenses le plus bas possible en rétablissant les revenus d’avant la crise. À cette étape, on exclut les dettes du calcul.

Normalement, un excédent devrait se dégager d’un budget duquel on a évacué pas mal tout le fun : restos, voyages, le deuxième char, les vinyles. Combien reste-t-il ? On note le montant.

Prochaine étape, il faut calculer l’ensemble des dettes (excluant l’hypothèque) et évaluer le taux d’intérêt moyen.

Maintenant, combien faudra-t-il de temps pour rembourser toutes les dettes avec le surplus du budget austère ?

S’il faut deux ou trois ans, quatre à la limite, on se serre la ceinture et go ! Au-delà de ça, il faut envisager des mesures plus draconiennes.

Et il n’y a rien de honteux à ça.