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Un ancien itinérant qui a le cœur sur la main

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MONTRÉAL – À l'heure où les banques alimentaires n'ont jamais été aussi débordées, un ancien itinérant a décidé d'aider du mieux qu'il le pouvait en distribuant des repas chauds aux plus démunis.  

Bien en selle sur son «bicycle à pédales», Jean-René Bernier a parcouru samedi le quartier Villeray, de maisons de chambre en foyers de personnes âgées, y laissant une cinquantaine de plats de jambon, des pâtés à la viande, des tartelettes...  

  

Joël Lemay / Agence QMI

  

«On va faire ça encore pour au moins les trois prochains samedis», promet-il tout sourire, extrêmement reconnaissant que plusieurs personnes du quartier se soient jointes à lui bénévolement pour la distribution.  

À la fois enjoué et sensible, Jean-René Bernier sait aussi se montrer têtu et convaincant, quand il le faut. Après tout, il a réussi à convaincre Première Moisson et deux restaurants du secteur, le Vesta et le Mysterium, d’embarquer dans son nouveau projet.  

  

Joël Lemay / Agence QMI

  

Car l’ex-itinérant n’en est pas à sa première bonne action: depuis cinq ans, de temps à autre, il distribue des repas à ceux qui passent par les chemins sinueux qu’il a déjà empruntés.  

«Il y a cinq ans jour pour jour, je voulais me suicider. J’étais sur le toit du poste de police du parc Jarry quand un autre itinérant m’a convaincu de ne pas sauter. Pour le remercier, je lui apportais des repas. C’est comme ça que ç’a commencé», s’est-il remémoré, la larme à l’œil.  

Confronté à son passé  

Jean-René Bernier est un véritable livre ouvert. Avec son langage coloré et ses anecdotes, il peut tenir la conversation pendant des heures.  

Si vous le croisez sur la rue Jarry, demandez-lui de vous parler de l’itinérante qu’il a vue accoucher en plein milieu de la rue quand il était sans-abri. Ou encore de la fois où il a réussi à dissuader l’un de ses amis d’aller braquer une banque.  

Évidemment, en continuant de côtoyer cette misère humaine quand il distribue des repas, Jean-René Bernier est aussi ramené à son douloureux passé.  

En janvier dernier, ça en était trop. Après avoir livré une centaine de repas pendant la période des Fêtes, il a craqué.  

«J’ai eu une méchante rechute d’alcool et de drogues. J’ai appelé Jean-Marie Lapointe, avec qui je suis très fusionnel, et je suis rentré à la Maison Jean Lapointe», a confié celui qui a participé à l’émission Face à la rue, qu’anime son confident.  

Donner au suivant  

Personne ne lui aurait reproché de prendre un peu de temps pour lui après son retour de désintox. Mais l’envie de «donner au suivant» était trop forte.  

Car s’il se sait encore habité pas des démons, ceux qui rongent la société le hantent encore plus.  

«Il y a tellement de solitude. Si tu sais qu’une personne âgée vit seule à côté de chez toi, ça coûte quoi d’aller cogner chez eux une fois par semaine et de lui offrir à manger. C’est tout ce que je demande», a-t-il lancé, espérant que d’autres bons samaritains prennent le relais.