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Son Octobre à lui

WE 0418 Lanctot
Photo courtoisie Mon Octobre 70
Robert Comeau et Louis Gill, VLB éditeur

Coup d'oeil sur cet article

J’ai l’impression de faire la plus difficile critique de livre de ma carrière, relativement jeune d’accord. Premièrement, parce qu’il s’agit d’événements auxquels j’ai participé activement, les événements d’octobre 1970. Et deuxièmement, parce que cet ouvrage à fort caractère autobiographique est écrit par un ami, Robert Comeau.  

Bien sûr, cet ouvrage possède une grande valeur. C’est un récit factuel, raconté par quelqu’un qui a vécu de près certains événements, pas tous, je précise. Robert Comeau, comme il l’affirme lui-même en s’auto-accusant, faisait partie d’une cellule de communication chargée d’acheminer des communiqués à qui de droit, et d’en rédiger sur commande à l’occasion. On peut facilement affirmer qu’il a joué un rôle secondaire, ceci dit sans aucun mépris pour sa participation. 

Là où le bât blesse, c’est lorsqu’il se fait le colporteur de ouï-dire et de rumeurs. Ainsi il n’hésite pas à citer les noms de personnes qui auraient selon lui (ou selon certaines sources policières) participé à des actions illégales alors que lesdites personnes n’ont jamais été mises en accusation. C’est un jeu dangereux, qui peut porter de graves conséquences puisqu’on sait tous qu’il n’y a pas de délai de prescription dans le Code criminel canadien. Que Robert Comeau s’auto-accuse volontairement est une chose, mais qu’il cite des noms de personnes innocentes jusqu’à preuve du contraire est une autre chose et c’est hautement condamnable. Dans quel but le fait-il, est-on en droit de se demander ? Par simple vanité, pour montrer qu’il est dans le secret des dieux ? Pourtant, il affirme bel et bien : « Je dois faire preuve de prudence, étant soumis aux contraintes imposées par le fait qu’il n’y a pas eu d’amnistie à l’égard de la période sur laquelle j’écris, et qu’il n’y a pas de prescription légale annulant les conséquences pénales d’infractions liées à la Loi sur les mesures de guerre. » Un tel comportement est inexcusable selon moi.

  • ÉCOUTEZ la réponse de l'auteur Robert Comeau à la critique de son livre sur QUB radio:

La cellule Information Viger à laquelle appartenait Comeau était le maillon faible de la chaîne qui permettait aux deux principales cellules, Libération et Chénier, de garder leur étanchéité. On s’est donc acharné sur celle-ci avec l’arrivée en scène de Carole Devault, une agente double et trouble à la solde du Service de police de la ville de Montréal (SPVM). Elle a tenté à plusieurs reprises de soutirer des informations à Comeau, de le soudoyer, de le séduire, de l’entraîner dans de fausses actions révolutionnaires. Entre deux mea culpa, Comeau reconnaît finalement avoir commis de « graves imprudences » avec elle, entre autres en lui dévoilant à l’avance le contenu d’un communiqué du FLQ non encore diffusé. Lamentable !  

Remises en question 

Quel rôle a joué dans tout ce processus Nigel Hamer, qui a participé à l’enlèvement du consul britannique et qui connaissait l’endroit où le diplomate était séquestré ? Mais plus troublant encore, quel rôle a joué François Séguin, ami très proche de Comeau et membre de la cellule Information Viger à partir de l’automne ? Séguin serait devenu informateur de police deux ans plus tard et il a espionné Comeau jusqu’en 1979 alors qu’il y avait bien peu à espionner, Comeau s’étant réfugié dans l’organisation maoïste En Lutte ! Est-ce bien vrai ? Si c’est le cas, qu’est-ce qui l’aurait motivé à virer sa veste de bord, alors que le FLQ était mort ? Le 24 juin 1970, une voiture bourrée d’explosifs sautait devant le ministère de la Défense à Ottawa, tuant une employée. Qui a organisé cet attentat, soi-disant revendiqué par le FLQ ? Y a-t-il un lien entre cet attentat et l’entrée en service de Séguin au sein du SPVM ? Que veut dire Comeau lorsqu’il se questionne sur les motivations de l’informateur Séguin : « J’en suis venu à penser qu’il avait peut-être accepté de devenir informateur pour éviter d’être condamné à une lourde peine de prison » ? 

À la fin de son récit, Comeau remet les pendules à l’heure en ce qui concerne les élucubrations et autres divagations de l’écrivain Louis Hamelin. Puis il tente de percer le mystère de l’assassinat du militant François Mario Bachand à Paris, au printemps 1971, sans trop y parvenir. 

Bref, un ouvrage intéressant, mais qui laisse espérer une vraie histoire du FLQ ainsi que des événements d’octobre 1970. 

À lire aussi 

Hantises 

Frédérique Bernier, Éditions Nota Bene
Frédérique Bernier, Éditions Nota Bene

Nous avons tous éprouvé, un jour ou l’autre, la hantise de quelque chose. Pour certains, c’est la propreté, pour d’autres, c’est le tour de taille, ou le vertige du vide, etc. On veut alors être avalé par une bête informe qui nous fera disparaître. Ce peut être une grotte sombre, ou mieux encore un livre-refuge. Bernier fait appel à certains auteurs, dont Samuel Beckett, Kafka, Jacques Brault, pour élucider cette question de vie ou de mort. « Le livre est une peau, une pellicule, un contenant souple, vivant. La langue, comme un tricot, ni trop tendu ni trop lâche. » Il suffit de laisser tomber ses résistances et suivre la vague des mots. 


Un peu en marge : Houellebecq poète 

Olivier Parenteau, Éditions Nota bene
Photo courtoisie
Olivier Parenteau, Éditions Nota bene

On connaît très bien Michel Houellebecq romancier à succès, mais très peu le Houellebecq poète. Parenteau raconte comment il s’est laissé séduire par le premier vers, un alexandrin, d’un livre de poésie — La poursuite du bonheur — de Houellebecq découvert par hasard dans une librairie d’occasion : « D’abord j’ai trébuché dans un congélateur ». Il aime le côté humble et sans prétention de cette poésie. « En fait, si ces poèmes me touchent, c’est parce qu’ils sont tout simplement renversants de sincérité », dit-il. En moins de cent pages, Parenteau réussit à nous convaincre de plonger dans l’œuvre poétique de Houellebecq. 


Dix jours 

Brigitte Happen, Éditions Bayard
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Brigitte Happen, Éditions Bayard

Ce pourrait s’appeler « Les dix jours qui ébranlèrent Anya », la protagoniste de ce roman léger comme une odeur de savonnette Irish Spring. D’entrée de jeu, on est plongé dans le Québec des années soixante-dix, alors qu’il y avait très peu de divorces, que l’homosexualité était taboue et « que presque tout le monde fumait la cigarette ». La musique et les modes s’y rattachant étaient ce qui distinguait les jeunes. « Nous étions la musique que nous écoutions. » Dix jours, c’est le temps que mettront Anya et son père pour rentrer de Vancouver à Montréal en camion, juste à temps pour la rentrée scolaire et retrouver les copains. Bonjour nostalgie.