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Venezuela: l’urgence liée au coronavirus renforce le pouvoir de Maduro

Un couple portant des masques à Caracas.
Photo AFP Un couple portant des masques à Caracas.

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La situation d’urgence entraînée par l’épidémie de coronavirus au Venezuela renforce le pouvoir du président Nicolas Maduro et neutralise le chef de file de l’opposition Juan Guaido, toujours plus dépendant de ses alliés internationaux.

« De la discipline ! »: voilà le mot d’ordre répété à l’envi par le président vénézuélien, flanqué de militaires, lors des ses fréquentes apparitions télévisées pour évoquer la lutte contre la pandémie. 

Alors que Juan Guaido se retrouve confiné sur les réseaux sociaux, entre censure et faiblesse du réseau internet, Nicolas Maduro apparaît depuis un mois comme l’homme fort orchestrant la lutte contre le coronavirus. 

« Maduro tente de faire passer un message disant "Je gouverne, je commande" », souligne Luis Vicente Leon, président de l’institut de sondages Datanalisis. La pandémie, qui a fragilisé de nombreux gouvernements dans le monde, offre une « occasion en or » à Nicolas Maduro, relève-t-il. 

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro.
Photo AFP
Le président du Venezuela, Nicolas Maduro.

Dès le 17 mars, le chef de l’État a décrété un confinement obligatoire pour les 31 millions de Vénézuéliens. Lui-même ou ses proches collaborateurs annoncent le nombre quotidien des infections dans le pays, un bilan repris par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). 

Juan Guaido, reconnu comme président par intérim par près d’une soixantaine de pays, ne cesse d’accuser le pouvoir de « mentir » sur ces statistiques — 227 cas confirmés dont neuf morts, selon un dernier bilan — mais sa marge de manoeuvre est réduite. 

Sans aucune « structure organisationnelle (...) il se retrouve plus limité », relève le politologue Ricardo Sucre.

Le chef de file de l’opposition a réclamé un « gouvernement d’urgence », une proposition soutenue par Washington qui, en pleine pandémie, a inculpé le chef de l’État de « narcoterrorisme » et offert 15 millions de dollars de récompense pour son arrestation. 

Moins de pression

S’inspirant de son allié chinois, dont il loue la gestion de la crise sanitaire, le président socialiste jouit de pouvoirs spéciaux conféré par l’état d’urgence pour lutter contre la maladie COVID-19. Il a notamment décrété un couvre-feu dans les villes frontalières avec la Colombie. 

L’épidémie « a réduit la pression (qui pesait) sur lui en stoppant les manifestations » que l’opposition cherchait à relancer, note Benigno Alarcon, directeur du Centre d’études politiques de l’Université catholique Andrés Bello. 

Quelques jours avant la confirmation de l’apparition de l’épidémie dans le pays le 13 mars, Juan Guaido avait lui-même pris la tête d’une manifestations à Caracas.

Sans aucun contrôle territorial, le chef de l’opposition en est réduit à jouer sur le tableau international. Jeudi, il a promis de mettre en oeuvre « le plus rapidement possible » un plan en coordination avec l’Organisation des États américains (OEA), basée à Washington, pour accorder des primes mensuelles de 100 dollars pendant trois mois au personnel de santé. 

En attendant, les Vénézuéliens se cloîtrent chez eux, dans un pays où la débâcle économique et l’effondrement des services publics ont provoqué l’exode de 4,9 millions de personnes depuis 2015, selon l’ONU. 

Si le gouvernement « a géré en sa faveur » la situation, les pénuries d’essence, aggravées pendant le confinement, et la précarité du système de santé pourraient toutefois entraîner un retournement de situation, souligne Benigno Alarcon.

D’autant que la remise en cause extérieure de la légitimité de Nicolas Maduro, accusé d’avoir été réélu frauduleusement en 2018, lui ferme de nombreuses sources de financement. 

Sans « reconnaissance claire à ce stade » du gouvernement de Nicolas Maduro par la communauté internationale, le Fonds monétaire international (FMI) a ainsi rejeté il y a un mois une demande d’aide de 5 milliards de dollars pour faire face à la pandémie. 

Les soutiens de ses alliés chinois et russes qui ont envoyé des cargaisons de masques et de respirateurs ont, eux, « été plus visibles », constate Ricardo Sucre. « La vraie aide », selon Nicolas Maduro. 

Mais les problèmes économiques restent « un danger », selon Luis Vicente Leon, aggravés par les dernières sanctions américaines contre le pays et son industrie pétrolière. 

Washington a récemment proposé de les lever si Nicolas Maduro et Juan Guaido, qui se disputent la présidence, acceptent un gouvernement de transition, sans leur participation, dans l’attente d’élections « libres et justes ».

Mais, pour Benigno Alarcon, il est peu probable que Maduro « soit prêt à se laisser tordre le bras ».