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De l’Everest au CHSLD

Après avoir maintes fois attaqué le toit du monde, Sylvain Béliveau s’attaque à la COVID-19

GEN -  SYLVAIN BÉLIVEAU ALPINISTE DEVANT UN CHSLD,
Photo Martin Alarie Habitué aux défis colossaux, l’alpiniste québécois Sylvain Béliveau a décidé de participer à l’effort de guerre contre la COVID-19.

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Sylvain Béliveau ne craint surtout pas les défis. Alpiniste et homme d’affaires, il carbure aux épreuves difficiles. Par deux fois, l’Everest l’a testé et averti que la vie ne peut tenir qu’à un fil. Cette fois, son challenge est différent d’une conquête sommitale. Il a troqué son piolet et ses bottes à crampons pour une blouse, un masque et un stéthoscope en reprenant du service en soins infirmiers après 23 ans d’absence.

En pleine zone chaude au CHSLD de l’Assomption, celui qui a œuvré 20 ans en milieu médical à l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval se retrouve en quelque sorte dans ce qu’on appelle la zone de la mort en alpinisme, où tout peut se jouer au-delà des 8000 mètres d’altitude. Dans le milieu fragile des établissements de santé de soins de longue durée, il est déployé en pleine zone chaude. L’action ne manque pas. C’est ce qu’il souhaitait pour aider son prochain. 

« C’est un défi humanitaire, une guerre face à un ennemi invisible à laquelle nous n’étions pas préparés. Je dois faire ma part », a témoigné l’homme de 59 ans qui a effectué ses premiers quarts de travail à l’Assomption le week-end dernier. 

GEN -  SYLVAIN BÉLIVEAU ALPINISTE DEVANT UN CHSLD,
Photo courtoisie

Pas de crainte

En répondant présent à l’appel du gouvernement dans cette pandémie qui secoue le Québec et la planète, Sylvain Béliveau désire se rapprocher des gens. Malgré l’approche de la soixantaine, il ne craint pas la COVID-19. Il a vu la mort en face lors de l’avalanche sur l’Everest, à la suite du puissant séisme de magnitude 7,9 au Népal, il y a exactement cinq ans. Détruisant le camp de base sur son passage, elle avait tué une vingtaine de grimpeurs en plus d’en blesser plus de 60. 

Et en 2018, des calculs rénaux en haute altitude ont déjoué ses plans. Il prévoyait bien se tenir enfin sur le « toit du monde », mais la dangerosité des pierres aux reins et une blessure à une jambe en milieu sauvage l’ont plutôt mené à l’hôpital. Ses deux coéquipiers ont quant à eux réussi l’exploit.

Il peut donc vivre avec les risques inhérents à sa décision de replonger dans le milieu médical en temps de crise. En excellente condition physique, il trouve même le moyen de badiner un peu avec les statistiques.  

« C’est le temps de donner le meilleur de moi-même, a soutenu celui qui était d’abord appelé à faire du dépistage du coronavirus dans la région de Lanaudière. C’est une question de fierté. Par le fait même, je retrouve mes anciens amours. Ça me titillait depuis un certain temps, de retourner aider en milieu hospitalier. Durant les années 1980, je pouvais travailler plus de 100 heures par semaine. » 

Les leçons du passé

Pour l’instant, il donne un grand coup de main au personnel soignant. Assoiffé d’action, il voudrait même en faire davantage, mais son permis restrictif de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec fraîchement octroyé l’en empêche. Sa vaste expérience dans toutes les unités de l’hôpital lavallois à l’époque, dont l’urgence et les soins intensifs, son calme et ses qualités de leader sont de précieux atouts pour l’équipe. 

Ces qualités l’ont amené à se surpasser au fil des 25 dernières années. Curieux et avide de cultures étrangères, Béliveau a découvert le monde, ses populations et ses pics enneigés après avoir fêté ses 40 ans. Il s’est mesuré à l’Aconcagua et au Chimborazo, en Amérique du Sud, au Kilimandjaro, en Afrique, à l’Everest et au Lhotse, au Népal, et au Denali, en Alaska, pour ne nommer que ceux-là. Il y a trois ans, il a aussi traversé le Canada à vélo. 

Tous ses périples l’ont rapproché des gens. Dans cette pandémie, il retrouve ses racines et met l’épaule à la roue à sa façon, en y mettant sa touche de positivisme. Celle qui l’a aidé à défier les plus hauts sommets et les obstacles de la vie. 

Attente de trois semaines

Il aura fallu le cri du cœur du premier ministre François Legault, il y a une semaine, pour que Sylvain Béliveau reçoive finalement l’appel longtemps attendu du CISSS de Lanaudière. 

Pourtant, ce résident de Terrebonne à la riche expérience en soins infirmiers avait envoyé sa candidature en offrant son aide aux centres de santé et de services sociaux de Lanaudière, Laval et des Laurentides dans la troisième semaine de mars. 

Béliveau a fait les démarches auprès de son ordre professionnel afin d’obtenir son permis restreint. Des CISSS ont mordu à l’hameçon, mais ce sont les derniers détails de déploiement dans Lanaudière qui ont tardé plus de trois semaines. 

D’abord destiné au dépistage en ligne de front, il a vu sa mission changer la semaine dernière. Deux jours après la sortie de M. Legault, il était enfin fixé sur ses tâches et sa destination. 

L’homme au baccalauréat en soins infirmiers de l’Université de Montréal, datant de 1984, devait aller prêter main-forte au personnel infirmier et aux préposés aux bénéficiaires du CHSLD de l’Assomption. Il a vite fait connaissance avec l’urgence de la situation en étant accueilli à bras ouverts. 

En zone chaude

En date du dernier rapport des cas de contamination dans cet établissement, le 17 avril, six patients étaient infectés par la COVID-19.

À son premier quart de travail de nuit, ce week-end, en pleine zone chaude de l’établissement, Béliveau a soigné durant de longues heures un bénéficiaire dont la fièvre a soudainement grimpé. Celui-ci a passé le test de dépistage. Le résultat est attendu. S’il est positif, l’infirmier se soumettra à son tour à un test. Hier, il ne ressentait aucun symptôme du coronavirus. 

Béliveau témoigne du manque de personnel dans un milieu de soins bordélique. Dès sa deuxième nuit de travail, il a fait des heures supplémentaires. Les renforts sont donc plus que nécessaires, selon cet ancien coordonnateur en soins infirmiers de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé durant 10 ans.

Avant sa première présence, il ne savait pas trop à quoi s’attendre. La réalité l’a rapidement frappé. Fidèle à ses habitudes, il a retroussé ses manches aux côtés de ceux qu’il appelle, depuis cinq jours, ses héros.