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Un couple s’improvise cuisiniers pour nourrir des résidents laissés à eux-mêmes

«Notre cœur nous a dit d'aller les aider»

Alain gauthier notre dame de la victoire
Photo courtoisie Alain Gauthier et Pamela Scott ont cuisiné et servi bénévolement tous les repas de la fin de semaine aux 47 pensionnaires de la résidence Notre-Dame de la Victoire, à Saint-Hubert.

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Un homme à tout faire et sa femme ont agi en véritables héros, en nourrissant bénévolement les 47 pensionnaires d’une résidence de la Rive-Sud de Montréal, alors que la vaste majorité des employés de l’établissement, y compris les cuisiniers, manquaient à l’appel.  

Samedi, la résidence Notre-Dame de la Victoire, à Saint-Hubert, ne comptait plus que trois employés: un infirmier en chef, une préposée aux médicaments et l’homme à tout faire, Alain Gauthier.    

«Il n’y avait même plus de cuisiniers. L’un a été mis en arrêt de travail, l’autre est tombé malade et on a su dernièrement qu’il était positif à la COVID», explique M. Gauthier.    

Mission impossible  

Vendredi après-midi, à la demande du propriétaire de l’établissement, l’homme à tout faire a tenté de trouver un traiteur capable de fournir les repas aux 47 résidents pour combler l’absence des cuisiniers avant le week-end.    

Une «mission impossible» à réaliser en un aussi court laps de temps.    

«Ma femme et moi, on s’est dit qu’on ne pouvait pas laisser toutes ces personnes ne pas manger durant la fin de semaine. Notre cœur nous a dit d’aller les aider», raconte l’homme âgé de 55 ans.    

Armés d’un uniforme de protection, de gants et de masques, les deux bons samaritains ont cuisiné et servi bénévolement tous les repas de la fin de semaine.    

Un devoir  

Pâté chinois, pizza maison, croissants au jambon, salade de patate et cuisses de poulet, M. Gauthier et sa femme, Pamela Scott, ont mis «beaucoup d’amour» dans leurs repas.    

Pamela Scott
Photo courtoisie
Pamela Scott

«On a pensé à nos parents. Si ça avait été eux qui étaient pris dans cette situation-là, on aurait voulu que quelqu’un se propose comme on l’a fait», lance-t-il.    

Même s’ils savaient que le virus se propageait à l’intérieur des murs de la résidence, les cuisiniers improvisés ont foncé, considérant que c’était leur devoir de le faire.    

Le couple, photographié hier, estime qu’il était de son devoir d’aider ces résidents.
Photo Ben Pelosse
Le couple, photographié hier, estime qu’il était de son devoir d’aider ces résidents.

«On a pris sur nous, on s’est mis à risque parce qu’il fallait aider ces gens-là. Il fallait rassurer les familles, on n’avait pas le choix», indique Alain Gauthier, qui travaille à la résidence depuis cinq ans.    

«Cinq étoiles»  

Le CISSS de la Montérégie-Centre a constaté que 44 des 47 pensionnaires de l’établissement étaient atteints de la COVID-19 sans le savoir. Huit d’entre eux ont été hospitalisés d’urgence dimanche.    

Si M. Gauthier reconnaît que la situation à la résidence Notre-Dame de la Victoire est déplorable, il tient à souligner que l’établissement était un endroit bien tenu.    

«Je peux vous dire qu’avant cet épisode-là, les résidents étaient choyés, comme dans un cinq étoiles», dit-il, souhaitant qu’on ne jette pas la pierre aux travailleurs de la santé.    

Selon lui, il est «injuste» de comparer Notre-Dame de la Victoire au CHSLD Herron, à Dorval, où 31 aînés ont perdu la vie.    

«C’est atroce de voir que les gens ont pointé la résidence comme ça en disant que les employés avaient déserté. Ils étaient malades, ils n’ont pas abandonné les résidents!», clame celui qui dit vouloir se vider le cœur.