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Cauchemars en série dans les CHSLD du Québec

Des soignants sont dépassés par ce qu’ils constatent, quand ils ne sont pas eux-mêmes infectés par la maladie

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Désorganisation, manque d’effectifs, patients laissés dans leurs excréments ou qui crient à l’aide : plusieurs soignants dépêchés récemment dans les CHSLD en raison de la crise du coronavirus y découvrent une réalité cauchemardesque qu’ils n’auraient jamais osé imaginer.  

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Liliane Fournier et Isabel Valero racontent le cauchemar qu’elles ont vécu en allant aider le personnel d’un CHSLD.
Photo Chantal Poirier
Liliane Fournier et Isabel Valero racontent le cauchemar qu’elles ont vécu en allant aider le personnel d’un CHSLD.

Liliane Fournier et Isabel Valero, deux collègues qui enseignent aux futurs préposés aux bénéficiaires et infirmières auxiliaires ont été chamboulées par leur premier quart de travail.            

  • Écoutez l'entrevue de la députée du Parti québécois Véronique Hivon avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:   

 

« On rentre là et ça sent la mort. Il n’y a presque personne. On ne se croirait pas en 2020 [en termes de conditions pour les résidents]. On s’est dit : “qu’est-ce qu’on fait là ? Va-t-on survivre ?” » se souvient Mme Fournier, au sujet de son passage vendredi soir dernier au Centre d’hébergement Nazaire-Piché de l’arrondissement Lachine, à Montréal.                         

  • Le journaliste Félix Séguin revient sur la situation dans les CHSLD dans sa chronique à l'émission Dutrizac, sur QUB Radio:   

Les deux femmes et une autre collègue enseignante n’avaient pas l’habitude de ce milieu. Elles se sont tout de même retrouvées seules avec une infirmière auxiliaire pour s’occuper d’une douzaine de patients pendant la majeure partie de leur quart de travail.                   

« Liliane et moi, on a commencé à faire l’évaluation des plaies et on s’est rendu compte que plusieurs baignaient dans leurs culottes souillées. Donc, on a commencé à changer des culottes d’incontinence en même temps que les pansements », explique Mme Valero.                   

« Ça faisait longtemps. Le contenu avait commencé à sécher et coller sur la peau de résidents », poursuit Mme Fournier.                   

Isabel Valero
Photo courtoisie
Isabel Valero

Difficile de répondre à tous  

« On est habituées de travailler avec un plan, mais vendredi dernier, il n’y avait pas de plan de match », se souvient Mme Fournier, qui parle d’un problème d’organisation par manque de personnel.                   

Les deux racontent avoir eu de la difficulté à répondre aux demandes des patients tellement elles étaient débordées. Mme Valero admet ne pas avoir pu laver les patients aussi convenablement qu’elle le souhaitait.                   

« Faut y être allé pour constater que c’est terrible. [...] Jamais je n’aurais cru voir des situations de la sorte », soutient-elle.                   

« C’est dur d’expliquer comment le système [de santé] a pu en arriver là. C’est comme si on vivait un cauchemar et qu’on avait hâte de se réveiller », image Mme Fournier.                   

Employés dévoués  

Les deux collègues s’entendent pour dire que le personnel en place est dévoué et qu’il travaille fort. Que tout le monde fait ce qu’il peut face à cet événement extraordinaire.                   

« Les gens étaient déjà à bout de souffle avant la COVID-19. Il va falloir revoir les ratios de nombre de patients par soignant », indique Mme Valero.                   

Malgré leur expérience, elles se disent prêtes à retourner au front, ensemble.                   

« Il faut y retourner. Les patients et nos confrères ont besoin de nous tous », conclut Mme Fournier.                   

Entendre des cris pour demander de l’aide  

Photo courtoisie

« Au début, c’était catastrophique. [...] J’étais la seule [infirmière] auxiliaire pour une trentaine de patients. Ce n’était pas évident », explique Josée Martel, déployée depuis trois semaines au CHSLD Résidence du bonheur, à Laval.                   

Elle avait quitté la profession il y a quatre ans à cause de conflits d’horaire familiaux.                   

« L’école ne m’avait pas préparée à ça. [...] C’est un cauchemar. On en a trop plein les bras. Il y a beaucoup de cris pour demander à l’aide, mais on ne peut pas tous les aider tout de suite. On doit aller aux priorités. Il y a des soirs où on se dit : “mon Dieu, je ne suis qu’un humain, pas une machine” », raconte avec déchirement la femme de 43 ans qui œuvre habituellement comme massothérapeute et kinésiologue.                   

« Tous mes patients ont la COVID-19. Je n’avais jamais vu ça, une situation pareille. Mais c’est un événement spécial. Je ne regrette pas mon choix. Je suis contente d’être ici, et depuis quatre jours, ça va beaucoup mieux, car on reçoit beaucoup d’aide », précise Mme Martel.             

Odeur d’urine  

« Ce qui m’a le plus affectée lorsque je suis arrivée, c’est l’odeur. Ça sentait les lits sales, les excréments et l’urine mélangés à du désinfectant », raconte Anouk Poulin au sujet de sa première journée dans un CHSLD de Montréal dont elle préfère taire le nom, mercredi dernier.                   

L’architecte de 50 ans qui travaille dans le domaine de la construction y agit comme bénévole trois jours par semaine en aidant les préposés aux bénéficiaires.                   

« Nous étions beaucoup de nouveaux et on avait l’impression qu’il n’y avait pas de structure. On courait comme des poules pas de tête. [...] Il y avait beaucoup d’appels à l’aide. Trop de besoins pour ce qu’on pouvait faire », explique Mme Poulin, qui précise que la situation s’est améliorée depuis.                   

« J’ai tellement pleuré dans la première semaine. J’avais des images qui me restaient en tête, comme les bobos [plaies de lit], les couches souillées depuis trop longtemps, mais aussi cette dame qui était sans nouvelles de sa fille depuis six semaines. J’étais en colère de ne pas pouvoir faire ce que j’aurais voulu parce qu’on manquait de temps. Ce sont des choses qu’on ne peut pas s’imaginer », explique celle qui ne regrette pas de s’être impliquée.                   

Être résignée  

Phot courtoisie

« Je suis arrivée avec l’état d’esprit suivant : je ne vais pas sauver des vies, mais je vais rendre ça plus humain », explique Nadia Lambert, une infirmière de formation déployée dans un CHSLD de Laval qu’elle préfère ne pas identifier.                   

« Ce qui m’a frappée, c’est de voir les portes de chambres de l’unité fermées, sans résidents, parce qu’ils ont été transférés ou qu’ils sont morts. Ça fait une drôle d’atmosphère qu’on ne s’imaginerait pas », raconte avec émotion celle qui enseigne aux futurs préposés aux bénéficiaires depuis neuf ans.                   

Très positive, Mme Lambert rappelle que ses collègues et elle travaillent d’arrache-pied et font tout ce qui est humainement possible dans ces difficiles circonstances.                

  

« Ils risquent de mourir de déshydratation et de manque de nourriture »             

Une employée quitte le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux, hier.
Photo Ben Pelosse
Une employée quitte le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux, hier.

Des patients du CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux pourraient mourir par manque de soins alors que plusieurs n’ont pas pu être nourris pendant une bonne partie de la journée, hier, parce qu’il n’y avait pas assez de personnel soignant.   

Félix Séguin et Antoine Lacroix
Bureau d’enquête et Le Journal de Montréal   

« S’il n’y a plus personne, [les résidents] risquent de mourir de déshydratation, de manque de nourriture. Les gens vont se laisser aller plus vite. On ne peut plus garantir aux enfants qu’ils vont mourir sans souffrance et dans la dignité », déplore Michel Pagé, le médecin responsable de l’établissement.                 

Pas d’aide acceptée  

La fille d’un résident du CHSLD privé conventionné qui a été déclaré positif à la COVID-19 voudrait aller prêter main-forte au personnel, mais l’administration lui refuserait l’accès.                

Michel Deeb, ici avec sa femme en décembre, est l’un des résidents affectés par le coronavirus.
Photo courtoisie
Michel Deeb, ici avec sa femme en décembre, est l’un des résidents affectés par le coronavirus.

« Je suis prête à rentrer, je vais prendre toutes les mesures de protection demandées, mais laissez-moi y aller. Ça revient à me dire : regardez-le mourir, regardez-le souffrir, on l’envoie à l’abattoir. [...] Je me sens tellement impuissante », lance Carole Deeb, dont le père Michel, 89 ans, est maintenant bien affaibli par la maladie, selon ce qui lui a été rapporté.                

Or, l’aide de proches aidants pourrait être plus que la bienvenue, alors qu’hier matin, aucune infirmière ni infirmière auxiliaire ne s’est présentée pour soigner les quelque 160 aînés qui y résident.                 

Employés malades  

On déplore au CHSLD 89 cas de contamination confirmés et cinq décès liés au coronavirus, selon les chiffres fournis par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.                

Selon nos informations, on recense également 39 cas positifs de coronavirus parmi les 71 employés, ce qui expliquerait en partie leur absence.                 

« Nous sommes en lien avec la direction et avons envoyé une équipe du CIUSSS composée de gériatres et d’infirmières volontaires en renfort afin d’appuyer son équipe de soin. Une équipe du CUSM viendra aussi en renfort au CHSLD », a toutefois indiqué le CIUSSS hier.                 

C’est depuis environ une semaine que le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux a connu une explosion fulgurante de cas de pensionnaires atteints par la COVID-19.                 

« C’est tout arrivé d’un coup. Mon père a été diagnostiqué jeudi, je ne l’ai su qu’hier, qu’il était positif, témoigne Mme Deeb. Je suis inquiète. Mon père est diabétique, il a des problèmes de pression. Il n’a pas mangé, il n’a pas reçu ses médicaments. Son état s’est dégradé, avant, il était relativement en forme. »                

Des patients n’ont pas pu être nourris et n’ont pas reçu leurs médicaments, confirme avec regret le Dr Pagé.                 

« Habituellement [les patients] meurent des complications de la COVID, mais là j’ai peur qu’ils meurent de manque de soins, et ça, ce n’est pas acceptable. Pas parce que le centre n’est pas bon, parce qu’on manque de bras », s’inquiète-t-il.                 

CINQ AUTRES MAISONS DE L’HORREUR                

CHSLD Herron, Dorval   

  • Trente et un aînés y sont décédés au cours des dernières semaines. Au moins 61 des 99 résidents qui ont survécu aux conditions insalubres de l’endroit ont été infectés.                                

CHSLD Sainte-Dorothée, Laval   

  • Le 16 avril, le CHSLD comptait 150 cas de COVID-19 parmi les résidents, soit 78 % des résidents, et 56 décès, en plus de pas moins de 79 cas parmi les employés.                                 

CHSLD Laflèche, Shawinigan   

  • Cet établissement est l’épicentre de la pandémie en Mauricie. On y dénombre 176 cas confirmés parmi les résidents et les employés depuis le début de la crise. La salubrité des lieux est aussi un enjeu.                                

Résidence privée Notre-Dame-de-la-Victoire, Saint-Hubert   

  • La résidence insalubre a été désertée par ses employés, alors que 44 des 47 pensionnaires sont maintenant infectés.                                 

Centre d’hébergement de LaSalle, Montréal   

  • Le Centre dénombre au moins 99 cas de COVID-19 et déplore 30 décès. Une jeune femme venue prêter main-forte souligne qu’il « empeste la négligence ».                            
Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.