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L’horrible tueur de Portapique

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Vingt-trois morts à Portapique, un village minuscule dont le nom est un alliage de français, d’anglais et de micmac. Comme tant de lieux de Nouvelle-Écosse.

Un denturologiste détraqué y a fait autant de victimes en 12 heures que le coronavirus en deux mois. Sont morts sous ses balles, des infirmières qui se rendaient à l’hôpital, un papetier en chômage à cause du virus, un garagiste, une musicienne, une rescapée du cancer, des retraités et d’autres innocents dont nous n’aurions pas soupçonné l’existence sans cette folie meurtrière.

Du village de Chester, où il habite face à l’Atlantique, mon vieil ami Wayne Grigsby, avec qui j’ai beaucoup écrit pour la télévision (L’or et le papier, Mount Royal, Trudeau, etc.), m’a écrit, hier, que son voisin, un retraité de la GRC, lui avait décrit par le menu l’épouvantable cavale de cet assassin. Non content de cribler ses victimes de balles, il a poussé l’horreur jusqu’à incendier leurs maisons.

Est-ce parce que le premier ministre Justin Trudeau a demandé d’ignorer le tueur pour s’intéresser plutôt à ses victimes, est-ce parce que le coronavirus prend toute la place, pour une fois, les médias ont accordé plus d’importance aux victimes qu’à leur bourreau et la télé n’a pas montré sa photo en boucle.

MA PROVINCE FAVORITE

Je connais bien la Nouvelle-Écosse. J’y suis allé une quinzaine de fois. C’est même la province canadienne que je préfère. Elle est si paisible que j’ai peine à croire qu’on ait pu y commettre la pire tuerie de masse jamais survenue au pays. Si j’excepte Halifax et trois ou quatre petites villes qui ne comptent pas 12 000 habitants, ses dizaines de villages, presque tous en bord de mer, semblent figés dans le temps. 

Il y a une quinzaine d’années, Maryse comprenant mal mon enthousiasme pour la Nouvelle-Écosse, j’ai décidé de le lui faire partager. La veille de la fête du Travail, nous sommes partis en Mustang décapotable pour en faire le tour. Nous avons eu un temps inespéré. Toujours par grand soleil, nous avons parcouru au moins la moitié des 7500 kilomètres de côtes de la province, exploré des dizaines d’anses et de calanques, marché des heures durant sur des plages désertes. 

COURTEPOINTE PIQUÉE À LA MAIN

Le midi, nous cassions la croûte les pieds dans le sable ou sur des promontoires d’où nous apercevions des rochers balayés par les vagues et, au loin, des voiliers se découpant sur le bleu de l’horizon. Le soir, nous dormions dans des B&B centenaires, meublés comme avant la Confédération. Dans un village côtier dont j’oublie le nom, j’ai acheté une courtepointe piquée à la main comme autrefois.

Depuis la tuerie, lorsque je remonte sur nous la courtepointe dont on se couvre chaque nuit, je me rappelle ce que m’avait dit de la Nouvelle-Écosse la vieille Anglaise qui l’avait piquée. 

« Ici, vous savez, s’il n’arrive jamais rien, c’est à cause de la mer. Comme on la voit et qu’on l’entend de partout, elle nous calme et nous apaise. » 

Ce tireur fou que je ne nommerai pas ne regardait donc jamais la mer ? Pourtant à Portapique où il habitait, l’Atlantique est à portée de marche. Je le sais, car nous avions pique-niqué, Maryse et moi, sur la « beach » de Portapique par un beau midi de septembre.