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Aussi une histoire de confinement

Un espace entre les mains
Photo courtoisie Un espace entre les mains
Émilie Choquet, Boréal , 122 pages, 2020

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Qui osera dire maintenant que l’adaptation va de soi quand le quotidien bascule sans crier gare ? Le récit d’une dépression post-partum prend soudainement une autre dimension... 

C’est fou comme les temps que nous traversons font voir les choses autrement. 

Ainsi de cet ouvrage d’Émilie Choquet, son premier, qui a pour titre Un espace entre tes mains. Il relate, d’une manière à peine romancée, la dépression post-partum vécue par l’auteure et qui a viré à la psychose. 

À sa sortie en janvier, le récit a été salué parce qu’il décrivait ce que vivent durement certaines femmes après un accouchement, mais dont on ne parle jamais. Émilie Choquet remet finement en question le dogme de la nouvelle maman épanouie.  

Mais même si l’écriture en est très maîtrisée, il reste que le thème de l’ouvrage était susceptible de n’intéresser qu’un lectorat limité.  

Aujourd’hui, c’est autre chose qui frappe dans le récit de Choquet. Ce qu’elle raconte au fond, c’est une histoire de confinement. 

Celle-ci commence de la plus classique des façons, celle que tous les jeunes parents ont vécue, et particulièrement les mères : la vie d’avant qui disparaît, les repères déréglés, l’existence ramenée aux gestes les plus ordinaires et limitée aux quatre murs de sa maison. 

Déconnexion 

Dès la deuxième page du texte, on y est tout à fait : « “6 h 12, je mange des raisins.” Je le note dans mon agenda [...]. Manger des raisins. Voilà ce qui est maintenant digne d’être consigné, relaté, archivé, en ce mardi précis. » 

Ça vous dit quelque chose ? 

Au fil du texte, la narratrice s’adresse à son « chère moi de l’ancien temps », qui avait des projets, qui pensait tout contrôler et qui maintenant ne voit plus comment la vie pourra reprendre normalement. Le parallèle avec ce qui nous arrive à tous en devient fascinant. 

Le sort de la narratrice va toutefois basculer dans un état plus grave que la seule sensation d’un quotidien réduit à sa plus simple expression (« Nourrir. Marcher. Dormir. »). Dans son cas, il y aura un réel sentiment de déconnexion avec le réel, bien évoqué, qui la conduira chez un psychiatre. 

Elle finira par être hospitalisée quelques jours, le temps, comme lui dit le médecin, de combler l’espace qui s’est ouvert pour elle entre sa perception et la réalité.  

Mais être enfermée dans sa tête, même avec le soutien d’un conjoint aimant, n’est-ce pas une autre manière d’être confinée ? 

Tout cela nous est raconté sans misérabilisme, avec une économie de mots qui en renforce l’impact. Le récit est même teinté d’humour. Ainsi quand la narratrice dresse la liste des exigeants bouquins qu’elle entendait lire pendant son congé de maternité ! 

En fait, on se promène entre la fin de la grossesse, l’accouchement, le retour à la maison avec la petite G. puis l’hospitalisation de la maman, ce qui fait mieux ressortir les contrastes entre les attentes et la brutale réalité. Même quand on finit par s’y faire.