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Une aide trop généreuse pour les étudiants, selon des spécialistes

La prestation mensuelle de 1250$ serait plus attrayante que le salaire minimum

Waterwell
Photo Chantal Poirier Même si la Prestation canadienne d’urgence pour étudiants rapportera moins que les 19 $ l’heure offerts par Waterwell à ses employés, le spécialiste en systèmes d’irrigation, peine à recruter. Sur la photo, Dave Somerville et George Karabatsakis.

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Des employeurs du Québec émettent des doutes concernant la nouvelle Prestation canadienne d’urgence pour étudiants (PCUÉ), qui risque selon eux de compliquer le recrutement d’employés au cours des prochains mois. 

Annoncée mercredi, la prestation offrira 1250 $ par mois (contre 2000 $ pour la PCU), de mai à août, aux étudiants et diplômés récents sans emploi ainsi qu’à ceux qui réalisent des revenus d’emploi de moins de 1000 $ par mois au cours de l’été. 

En d’autres mots, un étudiant pourrait travailler jusqu’à 19 heures par semaine au salaire minimum du Québec (13,10 $ l’heure), ce qui représente un revenu de 995 $ par mois, et tout de même bénéficier de l’aide d’Ottawa. 

C’est au-delà de 19 heures que cela se corse : pour empocher davantage qu’avec la PCUÉ, le jeune devra travailler pas moins de 44 heures payées par semaine.

« C’est sûr que certains vont préférer rester à la maison », observe la directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec, Manon Poirier.

« Un employé qui est proche du salaire minimum aura la même rémunération ou presque que s’il entre au travail. C’est une grande problématique, notamment dans les épiceries et dans les pharmacies, des secteurs où la demande [en ressources humaines] est forte à l’heure actuelle », expose-t-elle. 

Nouvelle crise de main-d’œuvre ?

Même si la PCUÉ n’est toujours pas disponible et bien qu’elle affirme offrir bien plus à ses employés que le salaire minimum, Tifa Jackson déplore ce nouveau programme, qui risque selon elle de compliquer le recrutement dans de nombreuses industries comme la sienne.

La gestionnaire des ressources humai-nes de Waterwell Irrigation, une entreprise montréalaise, soutient être incapable de trouver de jeunes travailleurs pour répondre à la demande de ses clients. 

« Le recrutement de travailleurs a toujours été difficile, on travaille dans un secteur très physique. Mais cette année, le taux de réponse, c’est presque zéro ! On dit qu’il n’y a plus d’emplois, mais ce n’est pas vrai. » 

« Chez nous, le taux d’embauche est d’à peu près 100 %, on a tout le temps de l’ouvrage. Appelez-nous », insiste-t-elle. 

Malgré les milliers de mises à pied survenues depuis six semaines, Mme Jackson persiste : le message envoyé par Justin Trudeau avec la PCUÉ est, selon elle, « extrêmement erroné ». « Les étudiants rencontrés semblent choqués par l’idée du travail manuel et de devoir travailler de longues heures à l’extérieur. Le sentiment ne se limite pas aux étudiants, mais couvre toute la gamme des jeunes adultes aux travailleurs expérimentés qui ne pensent tout simplement pas qu’ils devraient avoir à travailler dur. »