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COVID-19 : la Chine tente de tirer profit de la désunion européenne

L’empire y étend son influence, notamment en Italie, en expédiant de l’aide d’urgence

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Photo d'archives, AFP Des équipements de protection provenant de Chine et à destination de l’Italie sont déchargés d’un avion en Autriche, le 23 mars.

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Penser que la Chine est en train de saboter l’Europe est une forte exagération. Il serait plus juste de dire que la Chine tire profit des faiblesses et de la désunion européennes.  

• À lire aussi: La menace mondiale que pose la Chine  

Cette désunion est apparue en plein jour avec la crise du nouveau coronavirus, particulièrement en Italie. Alors que dans un premier temps, les pays de l’Union européenne refusaient toute aide d’urgence à l’Italie, le gouvernement chinois expédiait dans les villes italiennes les plus infectées de l’équipement médical d’urgence, accompagné de médecins chinois.    

Blocage financier  

L’image était forte. L’aide du reste de l’Union européenne est arrivée par la suite, mais le mal était fait.     

Et du reste, l’Union européenne n’accepte toujours pas de financer les mesures d’urgence économique que demandent les pays du sud de l’Europe. Comme d’habitude, les riches pays du nord, en particulier l’Allemagne, refusent de payer pour les pays plus pauvres, qu’ils estiment corrompus et gaspilleurs.    

La lenteur de l’Union européenne à réagir alimente le ressentiment général des Italiens contre l’Union, eux qui, il y a quelques années encore, étaient parmi les plus fervents supporteurs de cette union.    

L’alternative chinoise  

Le danger est que la Chine offre une alternative commerciale à l’Union européenne et aux États-Unis. Le commerce entre les pays européens et la Chine est encore très faible.     

Peu de pays européens comptent la Chine parmi leurs principaux clients. Les exceptions les plus notables sont l’Allemagne et le Royaume-Uni.     

La Chine vend assez peu aux pays européens. Elle constitue le plus souvent leur troisième fournisseur, parfois leur second. L’exception étant la Hollande, dont la Chine est le premier fournisseur. Bref, les pays européens commercent surtout entre eux.    

Mais la Chine a de l’argent à investir, en particulier dans les routes, les chemins de fer ou encore les ports de mer. Elle détiendrait d’ailleurs 10 % de l’ensemble des actions en bourse des ports européens.     

Cet argent intéresse en particulier la Grèce, l’Italie et les pays d’Europe centrale.     

Ces derniers ont d’ailleurs formé en 2012 une curieuse organisation, l’Europe 16 + 1 qui regroupe les pays d’Europe centrale plus la Chine et qui court-circuite l’autorité de Bruxelles.    

Un veto chinois  

Parce que les votes importants à l’Union européenne requièrent l’unanimité et parce que la Chine est très proche de certains gouvernements européens, la Chine possède de facto un veto contre des mesures européennes qui la cibleraient.    

En 2019, la Commission européenne a qualifié la Chine de « rivale systémique » de l’Europe.     

Un langage très dur qui est rarement utilisé par les Européens, mais qui illustre la puissance de la Chine.    

La crise de la COVID-19 a amplifié la méfiance contre la Chine.     

Plus que la découverte soudaine de la dépendance envers la Chine ou d’autres pays extra-européens pour certaines fournitures médicales, c’est le jeu de propagande de Pékin qui a choqué les dirigeants européens.     

Plutôt que de serrer les coudes en période de pandémie, le gouvernement chinois n’a pas hésité à se lancer dans une campagne peu subtile contre l’inefficacité européenne. En d’autres termes, le gouvernement chinois a tiré sur l’ambulance.    

Cette attitude des Chinois n’est pas prête d’être oubliée. Elle devrait entretenir la suspicion envers les investissements chinois et encourager l’Europe à avancer dans la voie de l’autonomie ainsi que du renforcement des relations avec les pays démocratiques.     

Première puissance scientifique au monde    

Des techniciens de laboratoire testent des échantillons pour la COVID-19 dans un laboratoire de Shenyang, dans le nord-est de la Chine, le 12 février.
Photo d'archives, AFP
Des techniciens de laboratoire testent des échantillons pour la COVID-19 dans un laboratoire de Shenyang, dans le nord-est de la Chine, le 12 février.

Depuis 40 ans, le gouvernement chinois a massivement investi dans la recherche et dans l’éducation. Cette politique est devenue très payante.    

Par exemple, en 2018, 49 % des nouveaux brevets dans le monde étaient attribués à des Chinois.    

Parmi ces brevets, 56 % étaient liés au génie électrique ou au génie mécanique.     

En comparaison, les Américains n’obtiennent que 7 % des nouveaux brevets (Science & Engeneering Indicator 2020).    

Les chercheurs aux États-Unis publient annuellement 17 % de tous les articles scientifiques dans le monde. Mais les chercheurs en Chine diffusent 21 % des articles scientifiques, et cette part grandit chaque année.     

Par ailleurs, les chercheurs chinois publient davantage d’articles en collaboration avec des chercheurs d’autres pays que les chercheurs américains, ce qui donne une bonne indication de l’étendue de la coopération scientifique internationale de la Chine.    

Nouveaux diplômés à la pelle  

La Chine compte chaque année huit millions de nouveaux diplômés universitaires, dont 1,7 million d’ingénieurs et de scientifiques. Aux États-Unis, ils sont 742 000.     

D’ici 2030, le gouvernement chinois compte même tripler le nombre de ces diplômés universitaires.    

Étant donné que le gouvernement de Xi Jinping accorde une attention toute particulière à la recherche, la Chine est probablement devenue en 2020 le pays où se dépense le plus d’argent dans ce domaine.     

En 2018, la Chine arrivait déjà au second rang des dépenses en recherche, avec 23 % des dépenses mondiales, tandis que les États-Unis se classaient au premier rang, avec 25 % des dépenses.    

La Chine s’est hissée au premier rang de la recherche mondiale grâce au soutien actif et décisif de l’armée chinoise, qui contrôle toute la recherche de pointe en Chine et qui ensuite redistribue aux entreprises chinoises les découvertes.    

À l’étranger pour apprendre  

Depuis 40 ans, le gouvernement chinois envoie des étudiants dans les meilleures universités du monde. Aux États-Unis, sur un million d’étudiants étrangers, le tiers est chinois.    

Entre 2000 et 2015, les installations de recherche en Chine ont augmenté de 18 % par an. Elles sont parmi les plus modernes au monde.    

Les conséquences de la nouvelle domination scientifique chinoise sont immenses.     

Les entreprises chinoises vont bénéficier de toutes les nouvelles avancées scientifiques réalisées en Chine, devant leurs concurrentes étrangères.     

La puissance militaire chinoise s’en trouvera renforcée. Leur système de recherche deviendra de plus en plus autonome.     

Cette autonomie est d’ailleurs recherchée par le gouvernement de Xi Jinping.     

On tente de limiter les échanges scientifiques dans les nombreux domaines où la Chine est désormais en avance.     

Russie et Chine : des alliés méfiants     

Faut-il craindre l’alliance entre la Chine et la Russie ?    

Ces deux pays ont conclu en 2019 une alliance dite stratégique. Ceci signifie qu’ils vont désormais coopérer plus profondément dans quelques domaines, comme ceux de l’aérospatiale, de l’énergie, de l’agriculture et de la finance.    

Cette alliance implique aussi que la Russie va appuyer davantage la Chine dans sa construction des nouvelles routes de la soie et dans sa politique pour garder les marchés mondiaux les plus ouverts possible.     

En d’autres termes, la Russie aidera à consolider et à étendre la puissance de la Chine.    

Dans les années 1990, la Russie s’est rapprochée de la Chine parce que les États-Unis n’ont pas livré à la Russie l’aide attendue après la chute de l’URSS.     

Cette alliance faisait l’affaire de la Chine parce qu’elle pouvait ainsi moderniser son armée et ses vieilles entreprises avec la technologie russe.     

Comme la Russie avait déjà aidé la Chine à se moderniser dans les années 1950, une bonne partie de la technologie chinoise est très compatible avec la technologie russe.     

La Russie, de son côté, gagnait des devises dont elle avait particulièrement besoin.    

Coopération accentuée  

Avec les années, la coopération entre les deux pays s’est accentuée dans certains domaines. La Chine a besoin du gaz et du pétrole russe.     

Mais le gouvernement chinois, plutôt que de trop dépendre de la Russie, poursuit une politique de diversification de ses fournisseurs. Celle de coopération gazière et pétrolière rencontre ses limites.    

La coopération entre les deux pays est particulièrement remarquable dans le domaine militaire.    

Ils tiennent des exercices militaires conjoints. Et la Russie a beaucoup aidé a moderniser l’aviation militaire chinoise.     

Dépasser le maître  

Mais dans ce domaine, les transferts de technologie que le gouvernement russe est prêt à faire ont leurs limites, et, du reste, les nouvelles capacités de recherche de la Chine lui permettent d’espérer surpasser d’ici quelques années le matériel militaire russe.    

La Russie demeure pour la Chine une formidable source de matières premières.     

Les Chinois investissent d’ailleurs massivement dans les mines en Sibérie.     

Mais le gouvernement russe entretient toujours une certaine méfiance envers la Chine. C’est que la Sibérie est peu peuplée, surtout en comparaison de la Chine. Et autrefois, l’Empire chinois de Gengis Khan s’étendait sur ces territoires.    

L’alliance entre la Chine et la Russie apparaît donc plus comme une alliance d’intérêts circonstanciels que comme une tendance lourde des relations internationales.