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Crise de la COVID-19: près de 2000 Québécois ignoreraient qu’ils ont un cancer

Si vous avez des symptômes, n’hésitez pas à consulter, insiste l’Association des oncologues du Québec

Medical consultation at clinic
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Près de 2000 Québécois ignoreraient actuellement qu’ils sont atteints d’un cancer, selon une estimation de l’association des oncologues, qui attribue la baisse du nombre de diagnostics à la crise de la COVID-19.  

«Depuis six semaines, la crise du coronavirus a fait baisser de 30% à 40% le nombre de diagnostics de cancer dans la province», note le président de l’Association des médecins hématologues et des oncologues du Québec (AMHOQ), le Dr Martin Champagne. «Les données sont encore fragmentaires, mais partout dans les centres hospitaliers, la réduction est notable.»   

Chaque année, au Québec, plus de 56 000 personnes reçoivent un diagnostic de cancer. Mais en raison des règles de distanciation sociale, le nombre de tests de dépistage a été réduit, et certains rendez-vous ont été annulés. On observe aussi que «les patients consultent moins».   

«Ils ont peur de la COVID[-19] et ont encore plus peur d'être atteints du cancer, poursuit le Dr Champagne. Les patients sont reclus à la maison, ils ne sortent pas, ils ont une peur terrible. Ce qu’on veut, c’est que les gens consultent, qu’ils n’attendent pas.»   

Bombe à retardement  

Plus on laisse le temps passer, plus les cas de cancers vont devenir urgents, insiste le président de l’AMHOQ. Le Dr Champagne craint donc que le nombre de cas fasse exploser les listes d’attentes.   

«Il y aura assurément une congestion à moyen terme», souligne-t-il.   

L'oncologue Elie Kassouf, du Centre hospitalier régional de Lanaudière, abonde dans le même sens et craint les effets collatéraux de cette baisse de diagnostics de cancer.   

«On va se rendre compte de l’impact médical dans plusieurs semaines ou plusieurs mois, déplore-t-il. Un cancer qui n’a pas été dépisté aujourd’hui va se transformer en cancer à un stade avancé dans six ou sept mois. C’est un effet boule de neige. Toutes les maladies chroniques vont être affectées par la crise de la COVID-19.»   

«Si vous avez des symptômes [de cancer], vous devez appeler votre médecin de famille», insiste pour sa part le Dr Champagne. «Si vous n’avez pas de médecin de famille, allez dans une clinique sans rendez-vous et on va vous orienter rapidement dans le système de santé.»   

  

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Plus de 6500 personnes sans suivi   

Entre 6500 et 8000 personnes atteintes d’un cancer, ou qui viennent d’être diagnostiquées, sont sans suivi, selon l’AMHOQ.   

«Tout le système étant bloqué, il y a des patients qui savent qu’ils ont un cancer, mais je suis incapable de compléter leur bilan et de prendre une décision thérapeutique parce que leur cas n’est pas jugé comme étant urgent», explique le président de AMHOQ, le Dr Champagne.   

Qui plus est, plusieurs patients qui ont besoin d’un suivi refusent de se présenter dans un centre hospitalier par crainte de contracter le coronavirus.   

«Si les patients ont des rendez-vous, il faut qu’ils se présentent, ajoute le Dr Champagne. S’ils ont un rendez-vous, c’est parce qu’on juge que les mesures de protection sont adéquates. Les hôpitaux ont fait énormément d'efforts pour être prêts pour cette situation.»   

Trois autres spécialistes en hémato-oncologie à qui nous avons parlé soulignent que des traitements ont été adaptés pour réduire le risque de contagion à la COVID-19.   

«Depuis le début de la crise, on propose un traitement avec pilules à la place d’un traitement par intraveineuse à l’hôpital», soutient le Dr Gerald Batist, oncologue à l’Hôpital général juif. «On fait tout ce qui est possible pour ne pas exposer les patients à la COVID-19.»