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Le Canada redoute les représailles du géant chinois

Ottawa osera-t-il néanmoins diminuer l’influence de la Chine au pays ?

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AFP Une femme portant un masque pour lutter contre la Covid-19 marche devant une boutique de la compagnie de télécommunication d’Huawei à Pékin, le 22 avril dernier.

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Le Canada peut-il se permettre une politique plus audacieuse face à la Chine ? 

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L'ex-premier ministre, Stephen Harper
Photo d'archives, REUTERS
L'ex-premier ministre, Stephen Harper

La politique étrangère du Canada s’est rabougrie depuis le passage du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Mais la politique étrangère granola de Justin Trudeau ne trouve pas non plus beaucoup d’admirateurs.  

Le premier ministre, Justin Trudeau
Photo AFP
Le premier ministre, Justin Trudeau

Elle n’impressionne certainement pas le gouvernement chinois. 

Le Canada se comporte comme un petit pays. En réalité, le Canada est la 17e économie au monde, son armée est environ la 20e plus puissante et le pays est le second plus grand en termes de superficie. C’est aussi un des pays les plus avancés où se font des recherches de pointe. Sur les 193 États qui sont reconnus dans le monde, le Canada figure sans aucun doute parmi les 10 % les plus puissants. 

Pourquoi le Canada donne-t-il donc l’impression de ne pas se tenir debout, tant face à la Chine qu’à d’autres dictatures ? 

La diplomatie d’un pays est toujours mieux servie quand son président ou son premier ministre possède une connaissance approfondie des relations internationales ainsi qu’une forte personnalité.  

Justin Trudeau n’a ni l’un ni l’autre. Il peut donc difficilement épauler son ministre responsable des Affaires étrangères. 

Des échanges trop inégaux 

Il est évident que les échanges commerciaux entre la Chine et le Canada se font au détriment de ce dernier. Ainsi, le Canada achète à la Chine environ trois fois plus de produits qu’il ne lui en vend.  

Pire, le Canada tend à vendre à la Chine de plus en plus des matières premières, tandis que la Chine vend au Canada de plus en plus de produits transformés, de haute technologie même. 

Les ventes de produits de haute technologie du Canada à la Chine sont appelées à chuter, ne serait-ce que parce que la Chine a renforcé sa politique d’autosuffisance. D’ici 2025, 80 % des produits vendus en Chine devront être fabriqués en Chine. 

L’exemple d’Huawei 

Le plus bel exemple des problèmes de colonne vertébrale du gouvernement canadien face à la Chine concerne la compagnie de télécommunication Huawei.  

Cette compagnie possède toujours la meilleure technologie de 5G au monde. Mais elle est noyautée par le Parti communiste chinois, comme toutes les grandes compagnies chinoises. 

Elle ne peut donc pas garantir que les informations qui transiteront par ses installations vont demeurer secrètes.  

Surtout, adopter les systèmes de Huawei reviendrait pour le Canada à adopter les normes chinoises de télécommunication, à dépendre des brevets chinois, ou encore à accepter que la recherche de pointe dans le domaine soit implacablement transférée en Chine.  

Parce que la logique de la compagnie n’est pas une logique commerciale. C’est une logique de domination du Parti communiste chinois.  

Le gouvernement canadien aurait donc dû depuis longtemps refuser l’offre de matériel 5G de Huawei. 

Une occasion à saisir 

Mais il ne l’a pas fait. Un des problèmes du Canada est qu’il redoute les représailles internationales de la Chine. Cependant, avec la crise de la COVID-19, le Canada, comme d’autres pays, a découvert sa trop grande dépendance à la Chine.   

C’est pour lui une occasion de développer davantage ses échanges économiques avec d’autres moyennes puissances et d’augmenter en partie son autonomie économique. 

Le nouveau sentiment général face à la Chine permet aussi aux différents partis politiques à Ottawa de se libérer de l’influence des votes des Canadiens d’immigration chinoise récente. 

Le gouvernement canadien a une occasion historique de renforcer l’économie canadienne tout en diversifiant ses échanges.  

Cette occasion historique pourrait permettre de diminuer simultanément l’influence que la Chine et les États-Unis exercent sur le Canada, ce qui serait une excellente nouvelle.