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Réouverture des écoles: mélange d’inquiétude et de confusion

Le plan du gouvernement pour les écoles et les garderies amène son lot d’interrogations

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Scepticisme, confusion, inquiétude, déception : les réactions sont nombreuses après le dévoilement par le gouvernement Legault du plan de réouverture des écoles primaires et des garderies. Le Journal a reçu près d’une centaine de courriels de parents, d’enseignants, d’éducateurs spécialisés, d’éducatrices en garderie qui ne sont pas rassurés et se demandent si la règle du deux mètres de distanciation peut vraiment s’appliquer. Plusieurs ont aussi déploré le manque de consultation et l’improvisation.  

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  • Écoutez l'entrevue du professeur associé en adaptation scolaire à l'Université Laval Égide Royer avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:   

  

Plein salaire avec de petits ratios ?  

Une éducatrice en garderie privée non subventionnée se demande si elle pourra recevoir son plein salaire même si les ratios d’enfants seront abaissés.      

« Avec moins d’enfants qu’on peut accueillir, ça veut dire que les besoins ne seront pas les mêmes et que la garderie fera moins de revenus. C’est certain que des heures devront être coupées », soutient cette éducatrice de Repentigny, qui a témoigné sous le couvert de l’anonymat par peur de perdre son emploi.      

Elle déplore le manque de clarté du gouvernement. « Est-ce que je vais devoir me tourner vers le chômage, ou le gouvernement va payer la différence ? » se questionne-t-elle.     

  • ÉCOUTEZ Kévin Roy, président de la Fédération des comités de parents du Québec à QUB radio:

Mieux éduqué à la maison  

Photo courtoisie

Ils vont vraiment pouvoir empêcher les contacts à l’école ? » demande Nicole Lafrenière, sceptique. On a de la misère à le faire respecter par les adultes. Comment les profs vont gérer ça ? » ajoute cette mère de Saint-Eugène-de-Grantham, dans le Centre-du-Québec.      

  • ÉCOUTEZ Thierry Karsenti, professeur de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation, à QUB radio:   

Pour elle, le plan de réouverture du gouvernement n’est pas assez convaincant.     

Son fils de 9 ans a plusieurs troubles d’apprentissage sévères. Il a donc droit à une accompagnatrice en classe. « Comment fera-t-elle pour garder deux mètres de distance ? C’est incompatible. »     

D’ailleurs, elle découvre que son fils fonctionne très bien quand elle lui fait l’école à la maison. « Mon fils va rester à la maison et va continuer à progresser beaucoup mieux. Si je le renvoie à l’école, ça va le faire reculer. »     

Chaos pour les lunchs  

Plusieurs enseignants ont dénoncé l’heure de lunch qui s’annonce chaotique si on veut faire respecter des mesures sanitaires, notamment avec l’usage des micro-ondes.     

« Comment on prévoit le déroulement ? Quelqu’un va nettoyer le clavier après chaque usage ? Ça va prendre une éternité faire manger tout le monde ! Surtout si on veut que tous les jeunes demeurent à distance, ça va être compliqué s’il y a des files », fait valoir une enseignante de Montréal, qui a voulu s’exprimer dans l’anonymat, par crainte de représailles de son employeur.      

« Peut-être que ce sera mieux de dîner dans les classes, mais ça ne règle pas la question de comment les micro-ondes seront utilisés », ajoute-t-elle.     

Pas la même réalité   

Une éducatrice spécialisée estime que le discours du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ne reflète pas du tout la réalité des milieux avec élèves handicapés et des élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage.     

« J’ai des élèves qui ont un diagnostic du trouble du spectre de l’autisme avec une déficience intellectuelle avec troubles associés. Pour notre clientèle, la distanciation sociale, ça ne leur dit rien du tout, souligne Roxanne Poitras, de l’école spécialisée René-Saint-Pierre, à Saint-Hyacinthe. On a des grands enjeux et je ne sens pas qu’ils sont répondus ».      

« Ces enfants-là n’aiment pas les changements. Ils veulent donner de l’affection, donner des bisous, coller. Si on refuse ça, ça peut susciter des crises, on fait quoi ? Ils pourraient ne pas comprendre. Si on porte un masque pour se protéger, ça peut les troubler aussi. Il y a plusieurs questions sans réponses », s’inquiète-t-elle.     

Déchirée  

Photo courtoisie

« Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je vais faire le bon choix ? » se demande Léha Gaudreault, une mère de Saint-Jean-sur-Richelieu qui se demande si elle enverra ses deux enfants de 5 et 9 ans à l’école.     

D’un côté, c’est mettre à risque son mari qui est atteint d’une maladie chronique. Mais d’un autre, ses jeunes ont besoin d’être stimulés. « Ils ont envie d’être là, de voir des gens. »     

Photo courtoisie

Si elle décide de rester à la maison pour s’occuper d’eux, elle risque de perdre son emploi de secrétaire dans le milieu de la santé. « Je penche pour l’école, pour l’instant. Mais ça reste un sujet à réflexion. »