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Le patron du syndicat des policiers de la SQ jette l’éponge

Pierre Veilleux ne sollicitera pas de nouveau mandat

Pierre Veilleux
Photo d'archives Pierre Veilleux, Président de l’APPQ

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Au centre de tensions qui duraient depuis des semaines, le président de l’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ) Pierre Veilleux, renonce à briguer un nouveau mandat à la tête de ce syndicat qui représente les policiers de la Sûreté du Québec. 

• À lire aussi: Apparence de conflit d'intérêts: des débuts débridés pour la cavalerie de la SQ 

M. Veilleux a fait cette annonce quelques jours après la sortie de deux membres de son exécutif qui dénonçaient publiquement la gestion de l’APPQ sur les réseaux sociaux. 

Dans une lettre transmise jeudi à ses membres, M. Veilleux affirme être dans une «situation irréconciliable». 

«C’est avec regret que je désire vous annoncer que je ne solliciterai pas de nouveau mandat et que je prendrai ma retraite à la fin de ce mandat», a-t-il déclaré. 

M. Veilleux affirme qu’il a pris cette décision pour préserver son «intégrité physique et psychologique». 

«J’ai l’impression depuis plusieurs mois que le traitement que certains me font vivre n’est pas dans sa forme digne des valeurs syndicales que nous devrions prôner à l’intérieur de notre association, je ne m’y reconnais plus», a-t-il écrit. 

Selon le président sortant, en poste depuis 2011, l’ambiance «est rendue toxique, ça va trop loin». 

TENSIONS 

Notre Bureau d’enquête avait été informé au cours des derniers jours des tensions importantes au sein de l’équipe de policiers élus à la tête de l’APPQ. Les décisions de M. Veilleux avaient mécontenté certains d’entre eux. 

Le directeur du comité des finances, Stéphane Jetté, et le vice-président aux ressources humaines, Mathieu Sauvageau, ont critiqué ouvertement la gestion du syndicat, se disant victime d’intimidation et de «propos disgracieux». (voir autre texte) 

En novembre dernier, M. Jetté avait obtenu qu’un conseil de direction spécial soit convoqué concernant ce qu’il juge des dépenses irrégulières et un manque de transparence.  

Lors de la rencontre, les directeurs et les membres du bureau exécutif de l’APPQ ont discuté des sujets suivants : 

_ 132 $ obtenu par M. Veilleux de l’APPQ pour couvrir les frais d’une contravention pour excès de vitesse qu’il avait reçue; 

_ 3500 $ remboursés au vice-président Jacques Painchaud pour un cours universitaire de deuxième cycle en journalisme; 

_distribution des électroménagers et armoires à la suite de rénovations à la cuisine du siège social de l’APPQ. 

M. Veilleux avait notamment décidé de rembourser à son syndicat le montant qu’il avait réclamé pour sa contravention. Il avait également rendu les armoires de cuisine qu’il destinait à son chalet. 

RIVALITÉ «POLITIQUE» 

Sollicité par notre Bureau d’enquête, M. Veilleux a refusé d’accorder une entrevue. 

Le porte-parole du syndicat, Laurent Arel, a expliqué qu’il exerçait ainsi un devoir de confidentialité concernant la gestion de l’organisation. 

M. Arel a toutefois transmis à notre Bureau d’enquête une «mise au point» que M. Veilleux a diffusée aux 200 délégués syndicaux, le 14 avril, relativement aux questions soulevées par les deux élus dissidents. 

Dans le document, M. Veilleux a accusé M. Jetté d’être motivé par des «intentions politiques». Il lui reproche de ne pas avoir suivi les procédures en convoquant un conseil de direction spécial en novembre. 

Quant à M. Sauvageau, M. Veilleux a déploré qu’il ait «réclamé avec fracas une enquête externe des finances de l’APPQ». 

«Cette demande (...) est tout à fait injustifiée, déraisonnable et surtout politique», a soutenu le président. 

Tous les comptes de dépenses des directeurs et des employés de l’APPQ seront cependant l’objet d’une vérification depuis 2016, a décrété M. Veilleux. 

INTENTIONS MALVEILLANTES 

Dans sa lettre de jeudi, M. Veilleux réfère aux questions de MM. Jetté et Sauvageau concernant sa gestion. «Qu’à la fin des décisions soient prises est tout à fait normal et est dans l’ordre des choses. Il s’agit en fait de régie interne qui appartient à tout conseil d’administration.» 

Sans nommer personne, M. Veilleux se dit toutefois victime d’intentions «malveillantes». 

«Dépenses irrégulières» et «pratiques douteuses» 

Deux dirigeants du syndicat de la SQ ont dénoncé il y a trois semaines la «loi du silence» et l’intimidation qui règnent au sein de l’organisation face à certaines «dépenses irrégulières». 

Au début d’avril, le directeur du comité des finances de l’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), Stéphane Jetté, a expliqué pourquoi il avait demandé une réunion spéciale des dirigeants du syndicat en novembre. 

«Est-ce que j’aurais dû garder sous silence ces dépenses irrégulières (constat d’infraction, frais de scolarité, remboursement de la politique salariale)», a-t-il écrit dans une déclaration écrite transmise sur un groupe Facebook des membres de l’APPQ. 

Le vice-président aux ressources humaines de l’APPQ, Mathieu Sauvageau, a quant à lui soutenu qu’il y a «des pratiques douteuses et que les règles de gouvernance (sont) inexistantes» au sein du syndicat. 

M. Sauvageau affirme que les membres du conseil de direction n’osent rien dénoncer «de peur de subir des conséquences». 

«La loi du silence s’installe», a-t-il écrit dans une déclaration transmise aux membres le lendemain de celle de M. Jetté. 

«PROPOS DISGRACIEUX» 

M. Sauvageau soutient que M. Jetté et lui ont d’ailleurs tous deux été la cible de «propos disgracieux» de la part de huit des vingt membres de l’exécutif élu, dont le président Pierre Veilleux. 

Il accuse M. Veilleux «d’erreurs de jugement graves» parce qu’il a banalisé le remboursement obtenu pour un constat d’infraction. 

M. Sauvageau s’interroge sur l’usage personnel d’un véhicule que l’APPQ met à la disposition. 

Il croit que les électroménagers et armoires usagés auraient dû être donnés à un organisme «pour éviter tout conflit d’intérêt». 

Quant à la formation en journalisme d’un vice-président payée par l’APPQ, il l’estime inutile car le syndicat rémunère déjà les services d’un consultant en communication. 

INTIMIDATION 

M. Jetté s’est défendu d’accusations d’avoir été la cause de dépenses de 25 000 $ pour le conseil de direction spécial à Bromont. 

«En voulant veiller à vos intérêts, on m’a insulté et, principalement, je me suis senti intimidé. Je ne vous cacherai pas que ça m’a ébranlé», a-t-il écrit aux membres. 

Affirmant qu’il avait dû se retirer en congé de maladie en raison de cette situation au syndicat, M. Jetté expliquait qu’il effectuait «un retour progressif» au travail. 

DES DÉCISIONS CONTESTÉES 

Excès de vitesse  

  • Le président de l’APPQ Pierre Veilleux a réclamé un remboursement pour une contravention de 132 $. L’infraction, un excès de vitesse, avait été captée par un photoradar. Devant les questions de ses membres, M. Veilleux a rendu la somme à son syndicat en novembre.  

Rénovations de la cuisine  

  • La cuisine du siège social de l’APPQ, situé à Sainte-Julie, a été rénovée l’an dernier. M. Veilleux a récupéré une partie des armoires, qu’il destinait à son chalet, tandis qu’un vice-président a pris des pièces du poêle. Deux employés ont reçu le réfrigérateur et le lave-vaisselle. Devant les critiques, M. Veilleux a rapporté les armoires.  

Utilisation personnelle d’une voiture  

  • M. Veilleux utilise pour ses déplacements un VUS Toyota Highlander 2018, mis à sa disposition par l’APPQ. Selon un membre de son exécutif, Mathieu Sauvageau, M. Veilleux a admis que 30 à 40 pour cent de cette utilisation est personnelle et ne serait pas déclarée comme un avantage à l’impôt.