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Mes 10 plus grands boxeurs du Québec

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Qui ? Et pourquoi ? Selon quels critères ? Le talent pur ? La carrière bien menée ? Les titres mondiaux ? La qualité et le prestige des adversaires ? La technique de boxe ? L’instinct et l’intelligence dans le ring ? Le courage et la persévérance ? La résilience ? La gloire et l’argent ?  

Qui au Québec aura été le meilleur ? Le plus grand ? Chez les Québécois de naissance et chez les Québécois d’adoption. À partir de Robert Cléroux puisque je n’ai pas vu boxer Armand Savoie, Dave Castilloux, et évidemment Jack Delanay et Lou Brouillard, les deux premiers Québécois à être devenus champions du monde dans les années 20-30.    

Je les ai tous vus ou à peu près. Fernand Marcotte, Mario Cusson, Eddie Melo, Gaétan Hart, Jean-Claude Leclair, Donato Paduano. De bons boxeurs qui, bien moussés par le coloré – c’est peu dire – Régis Lévesque, ont fait triper les amateurs. Sauf qu’à part Gaétan Hart, ils n’ont jamais eu la chance de disputer un combat de championnat du monde. En fait, on rêvait plus à un titre canadien.   

LA GRANDE DATE  

L’explosion est arrivée dans les années 80 avec les frères Dave et Matthew Hilton, et l’arrivée de Stéphane Ouellet et d’Éric Lucas. Les quatre auraient pu mériter de se hisser dans le top 10 des meilleurs boxeurs du Québec de l’histoire, mais les circonstances, et surtout certaines carences personnelles, auront nui à leur carrière.    

La date historique, selon moi, est celle du 6 mars 1998. La fondation d’InterBox par l’Allemand Hans-Karl Muhlegg avec l’embauche d’Yvon Michel. C’est à partir d’InterBox et de ses moyens financiers que les boxeurs québécois, mieux encadrés, mieux préparés, mieux entraînés, ont conquis la planète. Et ça n’arrête pas.  

Pour arriver à cette sélection toute personnelle et qu’on peut évidemment discuter pendant 20 ans (minimum), je me suis fait aider par les deux grands entraîneurs qui ont révolutionné eux aussi la boxe au Québec : Marc Ramsay et Stéphan Larouche.  

Ils m’ont remis leur liste personnelle. J’ai aussi contacté de grands passionnés et connaisseurs. Des heures et des heures de lecture, de recherches et de discussions. Leurs choix divergeaient souvent, parfois se complétaient, mais en fin de compte, c’est ma sélection que je vous présente.  

Je lirai vos choix et commentaires avec plaisir à : tremblay.rejean@yahoo.ca  

1. Jean Pascal  

Photo d'archives

Le numéro un, à tout seigneur tout honneur, c’est Jean Pascal. Les raisons sont nombreuses et multiples. Il a été champion du monde deux fois. Il n’a pas la meilleure technique, mais c’est le plus extraordinaire spécimen physique dans la boxe québécoise. Pascal est courageux et résistant. Il ne s’avoue jamais vaincu et est toujours prêt à remonter dans le ring pour affronter le meilleur des adversaires. C’est simple, Pascal a touché au moins 12 chèques d’au moins un million dans sa carrière. C’est rarement de l’argent donné pour rien par les promoteurs.  

La liste des grands boxeurs ou des champions et anciens champions qu’il a affrontés est un « who’s who » de la boxe. À commencer par Carl Froch chez lui à Nottingham, puis Adrian Diaconu deux fois, Chad Dawson, Bernard Hopkins deux fois, Sergey Kovalev deux fois, puis Lucian Bute et Eleider Alvarez, deux champions du monde, Dimitri Bivol, champion, Markus Brown, invaincu jusqu’à Pascal, et Badou Jack, ancien champion du monde. Et j’en oublie sans doute dans le lot des combats disputés à Vegas ou New York. Et le diable d’homme est encore champion, prêt à monter au combat. Le plus grand de l’histoire du Québec.   

2. Artur Beterbiev  

Photo d'archives, Agence QMI

Certains des connaisseurs (Laurent Poulin et Marc Ramsay) le placent au premier rang. Mais il manque encore une ou deux grandes pointures à Beterbiev pour dire qu’il détrône Jean Pascal. Sa fiche est hallucinante. Des victoires sans défaite, toutes par knock-out. Une force de la nature, une technique acquise et perfectionnée dans l’école russe et magnifiée par une glorieuse carrière chez les amateurs. Sa victoire contre Oleksandr Gvozdyk en fut une très grosse quand on sait comment Gvozdyk a terrassé Adonis Stevenson. Et ce qui ne gâte rien, c’est un homme charmant et drôle. Un citoyen modèle. Malheureusement, on ne verra sans doute jamais un affrontement entre le numéro 1 et le numéro 2. Les années passent trop vite.   

3. Arturo Gatti  

Photo d'archives, Raymond Bouchard

Impossible de ne pas inclure Arturo Gatti dans le trio de tête. Même que Stéphan Larouche le hisse au deuxième rang. Il affirme avec raison que Gatti, c’est Hollywood. Une carrière flamboyante, des combats de légende et une vie enflammée par des démons trop puissants pour lui. On ne peut oublier sa trilogie contre Mickey Ward, la volée qu’il a donnée à Leonard Dorin et ce courage suicidaire qu’il montrait dans ses grands combats contre des légendes telles Oscar De La Hoya et Floyd Mayweather. Jérémy Filosa le mettrait premier, c’est certain : « Effectivement puisqu’Arturo Gatti a été intronisé au Temple de la renommée de la boxe à l’unanimité et à sa première année d’admissibilité », de confirmer Filosa.   

4. Lucian Bute  

Photo d'archives, Martin Alarie

Lucian Bute a été un excellent champion. Il compte 10 défenses de titre, incluant une belle victoire contre Glen Johnson à Québec. Johnson faisait partie du tournoi des Super Six de Showtime. Ce tournoi a pesé lourd sur la carrière de Bute puisque pendant deux ans, les Andre Ward, Carl Froch, Arthur Abraham et Johnson étaient retenus par le tournoi. Mais Bute a pris tous les autres boxeurs qui restaient et plusieurs n’étaient pas piqués des vers. Je pense à Edison Miranda et Librado Andrade entre autres. Mal préparé, il est allé se faire démolir par Carl Froch à Nottingham. Puis, il a livré un mauvais combat contre Jean Pascal à 175 livres. Sans se décourager, Bute a reconquis respect et admiration en livrant un furieux duel à James DeGale à Québec et un match nul au champion Badou Jack à Washington. C’est Eleider Alvarez qui a mis fin à sa carrière. Bute aura été le plus aimé des champions et celui qui aura mis la fête dans le Centre Bell...  

5. Adonis Stevenson  

Photo d'archives, Chantal Poirier

Quand Adonis Stevenson a fait face à l’adversité pour gravir les échelons, il s’est montré courageux et audacieux. Il a étendu le grand Chad Dawson en 76 secondes et n’a reçu qu’une fraction de la bourse prévue. Il s’est alors tourné vers Al Haymon, qui a pris le contrôle de sa carrière. Adonis est devenu un homme riche, mais à part ses combats contre Andrzej Fonfara, et surtout Badou Jack et Oleksandr Gvozdyk, il aura refusé d’affronter ses aspirants obligatoires pendant toute sa carrière. Comme le pauvre Eleider Alvarez, qui a végété pendant trois ans au Coin du métro sans jamais avoir sa chance. Il a dû se tourner vers Sergey Kovalev pour avoir enfin l’occasion de devenir champion. Ses détracteurs sont féroces en parlant de Stevenson. Je pense qu’il a payé sa dette à la société et qu’il a été un bon citoyen pendant la dernière décennie. De plus, Stevenson était un très bon boxeur. Il aurait affronté Jean Pascal et Eleider Alvarez qu’il aurait pris sa retraite auréolé d’une tout autre lumière.  

6. David Lemieux  

Photo d'archives, Chantal Poirier

David Lemieux a laissé un arrière-goût à ses fans depuis deux ans. Pas à cause de défaites gênantes, mais à cause de ses échecs à faire le poids et de ses malchances à l’entraînement qui ont provoqué de nombreuses blessures. Mais Lemieux a remporté à la dure de grands combats. Gabriel Rosado à New York, puis le titre IBF contre Hassan N’Dam au Centre Bell. Il a perdu contre Gennady Golovkin au Madison Square Garden, mais il a enchaîné une suite de victoires spectaculaires, dont celle contre Curtis Stevens à Verona avant de perdre contre Billy Joe Saunders. C’est le plus gros vendeur de tickets en ville et ça veut dire quelque chose. Il est loin d’avoir atteint le bout de son rouleau. Il réserve de belles surprises.  

7. Eleider Alvarez  

Photo d'archives, Martin Alarie

On ne saura jamais tout ce qu’Eleider Alvarez aurait pu réaliser. Il a battu Jean Pascal et Lucian Bute, et ce haut fait d’armes veut dire beaucoup. Malheureusement, il a été coincé derrière Adonis Stevenson pendant de trop longues années et a dû se contenter de combats qui le nourrissaient financièrement sans le faire progresser en renommée. Alvarez demeure un excellent boxeur et lui aussi aura la chance de progresser encore dans le classement. Il lui reste quelques bonnes années dans le système. C’est dommage que son combat revanche contre Sergey Kovalev ait été un mauvais combat. Un de ces soirs où les coups ne sortent pas.   

8. Éric Lucas  

Photo d'archives

Il est celui qui a fait franchir le grand pas à la boxe québécoise. Il a affronté tous les meilleurs pugilistes de 168 livres de son époque et on a dû voler son titre en Allemagne pour s’en débarrasser. Lucas n’avait pas le plus beau talent naturel. Ni la force de frappe des grands champions. Mais il avait le cœur d’un lion, et une sincérité et une générosité admirables. Un beau champion.  

9. Matthew Hilton  

Photo d'archives

Matthew fut le premier des frères Hilton à remporter un titre mondial. Une victoire en 15 rounds contre Buster Drayton un samedi après-midi au Forum de Montréal. Il possédait une force de frappe effroyable. Malheureusement, l’alcool l’a détruit beaucoup trop vite.  

10. Otis Grant  

Photo d'archives

C’est le champion oublié. Mais ce garçon tranquille est devenu champion du monde en battant Ryan Rhodes en Angleterre. Il a mené une belle carrière et a affronté les meilleurs adversaires de son époque.   

Les oubliés  

J’espère n’avoir oublié personne. Dave Hilton fils est sans doute le plus talentueux des champions à ne pas avoir fait la liste. Mais il a gaspillé sa carrière. Même chose pour Stéphane Ouellette, qui aura eu le mérite de vaincre Dave Hilton lors du troisième combat de la célèbre trilogie et de reprendre sa vie en mains. Leonard Dorin a deux grosses taches à son dossier. Et Marie-Ève Dicaire mérite une mention spéciale. Elle a semé, labouré et fait pousser la boxe féminine au Québec. Si elle gagne contre Claressa Shields en juillet à Flint, on reverra la liste. Demain, ceux qui cognent à la porte...