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Repêchage 2020: l'émule d'un jeune P. K. Subban

Repêchage 2020: l'émule d'un jeune P. K. Subban

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Comparer un défenseur offensif devant améliorer son jeu dans son territoire à P. K. Subban, ça peut sembler être un raccourci simpliste. Au départ, l’auteur de ces lignes voulait à tout prix éviter cette analogie lorsqu’il s’est intéressé à l’un des espoirs les plus énigmatiques du prochain repêchage de la Ligue nationale de hockey (LNH), Jérémie Poirier. 

Mais il a dû finalement rendre les armes. En fin de compte, la comparaison s’imposait presque d'elle-même. Vous avez là deux joueurs avec une soif et une capacité de créer des choses avec la rondelle si importantes, si uniques, qu’elles doivent être contrôlées. 

À son jeune âge à Belleville, dans la Ligue de hockey de l'Ontario, Subban transportait le disque d’un bout à l’autre comme un kamikaze, sans se poser de questions — un «spinorama» n'attendait pas l'autre. On en dit autant d’un spectaculaire arrière qui a récolté 53 points en 64 matchs dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) cette saison. 

Imaginez que votre défaut est le suivant: vous avez tellement de talent que vous en êtes encore à apprendre comment l'utiliser. Un beau problème à avoir, à bien y penser... Dans un effort de vulgarisation boiteux, on pourrait dire que Poirier doit parvenir à maîtriser la Force. 

«Je dis souvent à Jérémie à la blague que ce n’est pas parce qu’il peut déjouer deux fois les cinq joueurs sur la glace qu’il est obligé de le faire, raconte le directeur général des Sea Dogs de Saint John, Trevor Georgie, lors d’un entretien avec le TVASports.ca. Son niveau d’habiletés naturelles est tellement élevé qu’il se complique lui-même la tâche.» 

«Parfois, je ne sais pas, j’ai tendance à essayer de trop en faire, peut-être parce que c’est facile pour moi, donc j’en fais trop plus que pas assez», avoue candidement Poirier lorsque mis au fait des propos de son DG. 

Cependant, entre un pur-sang et un cheval que l’on a besoin de fouetter, le choix est facile aux yeux de Georgie. 

«Il devra comprendre quand monter le volume au maximum et quand le baisser. Mais concernant Jérémie, j’aime mieux avoir un système de son qui peut atteindre le niveau 100 qu’un système qui joue à 75 et ne peut pas aller plus haut», illustre-t-il. 

«Il doit passer plus de temps dans le gym et surveiller un peu plus son alimentation, note également Georgie. Toutefois, tu peux en dire autant de beaucoup de jeunes hommes de 17 ans. Ils n’ont même pas eu leur première expérience avec les professionnels encore.» 

Lors du repêchage de 2007, 16 défenseurs avaient été choisis avant Subban, classé 102e chez les patineurs nord-américains par la Centrale de recrutement cette année-là. Même si Poirier a le talent d’un joueur de premier tour, il pourrait, à l’instar de l’ancienne vedette des Bulls de Belleville, attendre la deuxième journée de la séance de sélections avant d’appartenir à une équipe du circuit Bettman. 

Car, comme c’était le cas pour Subban à l’époque, Poirier fait l'objet de beaucoup de questionnements de la part des évaluateurs de talent. Un recruteur québécois sondé par le TVASports.ca croit même qu'il pourrait glisser jusqu'au troisième tour. 

Poirier est, en bon français, une véritable wild card dans ce repêchage. Est-il la réincarnation de Subban ou le prochain Ryan Murphy? Allez savoir... 

Talentueux, mais... 

Le talent offensif du jeune homme est indéniable. Un arrière ne marque pas 20 buts dans la LHJMQ à l’âge de 17 ans par hasard. Or, il semble presque toujours y avoir un «mais» quand il est question de Poirier. 

Il est talentueux, mais son jeu défensif laisse à désirer, vous diront les recruteurs. On pourrait comprendre Poirier d’être las d’entendre encore et encore la même chanson. Est-ce qu’on se concentre de façon obsessive sur ses faiblesses au point d’oublier ce qui fait de lui un joueur unique? 

«Je ne crois pas, répond avec maturité le principal intéressé. Mon talent offensif est une facette de mon jeu qui m’aide beaucoup à me démarquer. C’est ce qui fait de moi le joueur que je suis aujourd’hui, mais au final, mon jeu défensif, c’est ma lacune. Et c’est pour ça que je dois travailler là-dessus pour avoir une carrière au prochain niveau. 

«Si les recruteurs se focalisent là-dessus, c’est un peu normal, car ils voient que c’est une des choses que je dois améliorer pour [jouer chez les professionnels].» 

Poirier tentera ainsi de suivre les traces d’un ancien défenseur de son organisation qui est parvenu à corriger cette même lacune pour devenir un excellent joueur dans la LNH: Thomas Chabot. 

«C’est le fun de pouvoir me comparer à lui, de parler à mon entraîneur et à tout le monde qui a travaillé avec lui dans mon entourage, confie Poirier. J’essaie d’imiter un peu son jeu. C’est un bon modèle pour moi. Lui aussi, il a rencontré des problèmes en défensive et ça s’est réglé quand même assez bien.» 

«Thomas possédait un coup de patin exceptionnel. Pour ce qui est de Jérémie, ce sont ses mains et son tir qui appartiennent à l’élite», mentionne Georgie, qui a eu la chance de voir évoluer les deux joueurs. 

Personne ne sursautera en apprenant que Poirier était un attaquant avant de devenir un défenseur à temps plein. Le changement a commencé à opérer aux niveaux pee-wee et bantam. Il passait alors souvent d’une position à l’autre. 

Si vous vous demandiez pourquoi Poirier a les mains d’un attaquant vedette, ne vous posez plus la question. 

«C’est sûr que mes années à l’attaque ont une incidence sur le jeu offensif que j’ai aujourd’hui, affirme-t-il. Je crois que la transition s’est bien faite. Je ne la regrette pas du tout parce que je dirais qu’à la défense, j’ai plus de temps pour voir le jeu.» 

Démonstration d’humilité 

Il faut tenir compte de plusieurs variables en évaluant le jeu de Poirier. Primo, il n’y avait pas d’Alexis Lafrenière au sein des Sea Dogs, lesquels ont terminé l’année avec une modeste fiche de 30-33-1. Deuxio, Poirier formait un duo avec un autre joueur de 17 ans cette saison, William Villeneuve. Pour l’un comme pour l’autre, il fallait s’attendre à ce que des erreurs soient commises durant ce qui était une saison d’apprentissage. 

D’ailleurs, une amitié plutôt improbable s’est développée entre les deux espoirs. 

«Quand on a sélectionné Poirier lors du repêchage de la LHJMQ, Villeneuve et lui étaient respectivement classés premier et deuxième parmi les défenseurs, se souvient Georgie. Toutes positions confondues, Poirier était classé quatrième et a glissé au huitième rang. Villeneuve et Poirier ont longtemps été des rivaux, eux qui étaient toujours comparés l’un à l’autre. Ils sont meilleurs amis, maintenant. 

«C’était probablement plus facile pour Villeneuve de devenir le meilleur ami de Poirier, puisqu’il a été choisi avant lui. Inversement, ça devait être un peu plus difficile pour Poirier d’accepter cela et de vouloir connaître l’autre personne. Je crois que ça en dit long sur Jérémie, sur son humilité.» 

À l’extérieur de la patinoire, il y a Jérémie, l’homme, et c’est ce côté de lui qui intéresse les recruteurs lorsqu’ils s’entretiennent avec le principal intéressé ou avec son directeur général. Après tout, ces experts connaissent déjà le joueur de hockey de A à Z. 

Ne vous méprenez pas, Poirier est un défenseur flamboyant, mais son assurance en situation de match ne se traduit pas en arrogance dans la vie de tous les jours. Il faut voir au-delà de son jeu spectaculaire et de sa chevelure rousse qui lui donnent une allure un peu extravagante. 

«C’est un très bon garçon, fait savoir Georgie. Même s’il est confiant, il a besoin d’être rassuré. “OK, est-ce que j’ai fait ça de la bonne façon?” Il demande des conseils. C’est quelqu’un qui est apprécié par ses coéquipiers.» 

Vous connaissez le thème, le Canadien de Montréal a 14 choix en vue du prochain repêchage, dont trois de deuxième tour. Évidemment, il fallait demander à Poirier la question posée ad nauseam à tous les Québécois: qu’est-ce que cela signifierait d’être repêché par le Tricolore? 

«C’est sûr qu'un sentiment d’appartenance me lie à cette équipe, car j’ai grandi ici et je l’ai toujours vu jouer. D’être repêché par le CH, ce serait encore plus merveilleux, ça ajouterait de la beauté à l’histoire», dit celui qui, plus jeune, affectionnait le jeu d’Andrei Markov.