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Une vengeance au fond des bois

Zec La Croche
Photo courtoisie Zec La Croche
Maureen Martineau, Héliotrope Noir, 174 pages, 2020

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Des femmes ont été agressées et la vengeance sera terrible. Après tout, dans les bois, le chasseur devient parfois la proie.

L’auteure Maureen Martineau est d’une redoutable efficacité pour lier thriller et enjeux sociaux. Elle l’avait notamment démontré dans le remarquable roman policier La ville allumette, paru en 2018. Elle récidive avec un roman noir, Zec La Croche.

L’originalité du récit, c’est qu’il est campé dans un milieu traditionnellement associé aux hommes : une Zec, territoire de chasse et de pêche où peu de femmes osent s’aventurer en solitaire.

Et c’est notamment pourquoi Agathe Soulanges, personnage pivot du livre, tient à y passer une semaine chaque année ! Elle a trouvé un coin d’une vraie beauté sauvage au bord du lac à Matte, en Haute-Mauricie. Elle s’y rend en août, moment béni entre les moustiques du début de l’été et la saison de la chasse. 

Elle est chaque fois accompagnée de sa fille Lorie, et ce depuis la petite enfance de celle-ci. Agathe en profite pour lui répéter une précieuse leçon : la peur est l’ennemie des femmes.

Mais cet été-là, Lorie, maintenant au bord de la vie adulte, n’a guère envie de se retrouver à nouveau dans le bois. Elle en avise sa mère la veille du départ. Agathe, furieuse de ce faux bond de dernière minute, décide de partir quand même.

Elle sera assassinée sur le site même de son campement solitaire. Le meurtrier ne sera pas retrouvé.

L’année suivante, Lorie décide de reprendre la tradition. C’est sa manière de se recueillir là où a péri sa mère et aussi, peut-être, d’en apprendre davantage sur le drame qui est arrivé. Elle part seule.

Mais en fait, elle ne l’est pas. Bien des êtres rôdent dans les bois. Vacanciers, chasseurs, agents de la faune...

Loi de la nature

S’y trouvent également deux femmes autochtones, une mère et la fille qui ont aussi un drame tatoué au cœur : leur Daisy, 15 ans, qui s’est suicidée après avoir été agressée par un homme qu’elles connaissent. Le policier en fonction avait refusé de prendre sa plainte.

Et il y a une ourse enceinte qui tourne dans les alentours : elle est affamée donc dangereuse. Ainsi va la dure loi de la nature, si ce n’est par un aspect qui distingue l’animal de l’humain : « jamais un mâle de sa propre espèce ne s’en prendrait à elle ». 

La tension monte donc de tous les côtés. Maureen Martineau nous en fait habilement ressentir les effets tant chez la jeune Lorie que chez la vieille Mikona Awashish.

Celles-ci finiront par se rencontrer dans une scène cruelle comme on en trouve peu sous une écriture féminine. L’auteure déjoue les stéréotypes jusqu’au bout !

Tout cela est livré avec intelligence – le texte glissant ainsi des détails sur le drame des terres autochtones noyées par les barrages ou la vie en forêt – et un style accrocheur.

Des ingrédients aussi bien dosés font de ce court roman un livre à recommander.