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Contrat à un associé de la mafia

Le gouvernement lui a octroyé d’urgence une somme de 135 000$ pour héberger des patients infectés

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Photos d'archives et courtoisie En 2014, les policiers avaient cueilli Nicola Valvano au 7142, rue Aubert, dans l’arrondissement de Saint-Léonard, à Montréal. Cette adresse correspond à celle enregistrée par l’entreprise qui a conclu un contrat avec le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Avant cette arrestation, M. Valvano avait fait l’objet de filature (en mortaise).

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Québec vient d’accorder un contrat pour l’hébergement de victimes de la COVID-19 à un associé de la mafia qui a déjà été accusé de fraude envers le gouvernement par l’intermédiaire d’un réseau de contrebande.  

Nicola Valvano recevra 135 000 $ dans le cadre de cette entente conclue avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l’Île-de-Montréal, a appris notre Bureau d’enquête.      

Ce contrat a été octroyé directement à l’entreprise d’entretien de M. Valvano grâce aux pouvoirs spéciaux donnés par le gouvernement aux organismes publics dans le cadre de la pandémie.        

  • ÉCOUTEZ la chronique judiciaire de Félix Séguin à QUB Radio:   

Grâce à ces dispositions, le CIUSSS a pu procéder sans appel d’offres en invoquant « une situation d’urgence qui n’était pas prévisible ».      

« Le CIUSSS a requis un service de location pour héberger les patients atteints de la COVID-19. Cela permettra de préserver la sécurité et la santé des personnes dans ses installations », lit-on dans les documents contractuels.      

En avril 2014, M. Valvano a été arrêté à la suite de ce que la Sûreté du Québec (SQ) décrivait comme « la plus importante enquête en matière de contrebande de tabac jamais réalisée en Amérique du Nord ».      

Il était présenté comme la présumée tête dirigeante du réseau, qui a fait transiter des États-Unis vers le Québec plus de 100 000 kilos de tabac pour approvisionner des usines illicites sur la réserve de Kahnawake, sur la Rive-Sud de Montréal.      

31 millions $ en taxes   

Cette opération de contrebande aurait ainsi permis aux trafiquants allégués d’éviter de payer à l’État 31 millions $ en taxes d’importation. Selon ce que la SQ avait affirmé en 2014, la mafia italienne bénéficiait de 60 % des profits de ces activités.      

Durant les procédures judiciaires qui ont suivi, « une preuve directe abondante » reliait M. Valvano aux opérations du réseau, indiquent des documents de la Cour du Québec.      

  • ÉCOUTEZ la chronique d'Alexandre Robillard sur QUB radio:

Accusé d’avoir fait partie d’une organisation criminelle et de fraude envers le gouvernement, M. Valvano a toutefois bénéficié d’un arrêt des procédures contre lui, en 2017, en raison de délais judiciaires jugés déraisonnables (arrêt Jordan).      

Le 20 avril dernier, le CIUSSS a conclu avec l’entreprise de M. Valvano – 9374-0538 Québec inc. – une entente pour l’hébergement de malades dans un hôtel de l’est de la métropole.      

Best Western  

Le premier ministre François Legault a d’ailleurs affirmé qu’au moins deux hôtels devaient recevoir des patients afin de désengorger trois hôpitaux montréalais.      

« On a réservé des hôtels, des vrais hôtels, comme le Best Western », a-t-il dit jeudi dernier sans préciser de quel établissement de la chaîne il parlait.      

Rencontré par notre Bureau d’enquête à l’hôtel Best Western du 3400, boulevard Crémazie Est, vendredi, M. Valvano a affirmé que les patients seraient hébergés à cet endroit. Il ignorait quand les premiers arriveront.      

M. Valvano n’est pas le propriétaire de l’hôtel en question. L’entreprise qui le possède – 9385-5955 Québec inc. – appartient à Driss Ennabaoui et Véronique Cools.      

Rejointe par notre Bureau d’enquête, Mme Cools a dit ignorer tout de la transaction entre le CIUSSS et la compagnie de M. Valvano qui, selon le registre des entreprises, est active dans le secteur de l’entretien et des ménages, et non dans l’hôtellerie.       

« Je ne suis pas au courant », a-t-elle affirmé.      

M. Valvano semblait également s’interroger sur la façon de procéder du CIUSSS.       

« Je ne sais pas pourquoi ils ont donné le contrat à ma compagnie », a-t-il dit.       

Le CIUSSS n’a pas pu répondre à nos questions dans les délais impartis.      


Samedi, notre Bureau d’enquête révélait que des gens d’affaires aux liens troubles avaient réussi à participer au financement d’un important réseau de résidences pour personnes âgées de la région de Montréal.  

► Vous avez de l’information au sujet des contrats publics accordés pendant la pandémie ? Contactez-nous en toute confidentialité à alexandre.robillard@quebecormedia.com ou à felix.seguin@tva.ca