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Dupliquer la bêtise

Dupliquer la bêtise
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Les reportages et les chroniques pleuvent pour critiquer l’hypercentralisation du système de santé, sa chaîne de commandement défaillante et son inefficacité relative par rapport aux sommes englouties dans ce secteur. L’hécatombe dans les CHSLD et dans les autres résidences pour aînés a accentué cette prise de conscience. 

Les réactions gouvernementales à l’égard des réticences de certaines commissions scolaires de rouvrir leurs écoles sans être assurées que ce soit en toute sécurité révèlent les mêmes travers que ceux dans le système de santé. Le ministre Roberge prétendait que l’abolition des commissions scolaires visait à rapprocher la prise de décision du lieu de l’action, mais son comportement impératif des derniers jours révèle au contraire une concentration des décisions aux mains du ministère de l’Éducation.  

Heureusement pour lui, les enfants ne mourront pas de ses mauvaises décisions, malgré que certains en payeront longtemps le prix après la pandémie. Dans le système scolaire, les élèves en difficulté ou à risque sont le pendant des aînés en CHSLD. Ce sont ces enfants, dont le nombre a plus que doublé au cours des deux dernières décennies, qui sont abandonnés à eux-mêmes depuis trop longtemps et dont la situation empire en cette période de confinement. 

La plupart des observateurs avertis constatent que ce ne sont pas véritablement des motifs pédagogiques et de préservation de la santé mentale qui poussent le gouvernement à rouvrir les écoles. Ce sont avant tout des raisons économiques. L’État veut rouvrir les entreprises et offrir la garderie aux travailleurs qui retrouveront leur emploi. Si François Legault peut demander à des médecins spécialistes de se substituer à des préposés aux bénéficiaires, pourquoi éprouverait-il de la gêne à demander à des enseignantes, qu’il a continué de rémunérer, de rentrer dans les écoles pour jouer à la gardienne d’enfants?  

Plusieurs déplorent que le système de santé se soit fonctionnarisé en répondant de plus en plus à des normes venues d’en haut et qui ne correspondent pas aux besoins des milieux. Les gouvernements qui se sont succédé ont graduellement fait disparaître les instances démocratiques et les instances de gouvernances régionales pour assumer un contrôle direct et sans contre-pouvoir. La présente crise sanitaire met en évidence les lourdeurs bureaucratiques et le peu d’agilité de notre système de santé pour y répondre.  

Ce sont des commissions scolaires qui ont encore une structure démocratique avec des représentants de la population qui opposent une résistance à une décision mal fondée du ministre. Grand mal en prendrait à des directeurs généraux des nouveaux centres de service d’oser s’opposer à celui-ci. Après tout, ils sont devenus des hauts fonctionnaires qui ont aujourd’hui un devoir d’obéissance à ce ministre, tels des bons soldats. L’omerta en santé fait des petits en éducation! 

Bien embêtant les contre-pouvoirs, selon les supposés chantres de l’efficacité, mais ils nous protègent souvent de la bêtise de certains dirigeants. L’exemple des États-Unis ou du Brésil en illustre bien leur nécessité, à la lumière de l’actualité récente.