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Le Cirque du Soleil dans les paradis fiscaux

Conférence de Presse Guy Laliberté
Photo d'archives, Ben Pelosse Daniel Lamarre, David Trujillo, associé chez TPG, Guy Laliberté (fondateur du Cirque), James Coulter, cofondateur de TPG Capital, et Mitch Garber à la conférence de presse au cours de laquelle on a annoncé la vente du Cirque, en avril 2015 à Montréal.

Coup d'oeil sur cet article

Dans ma chronique du 29 avril, j’ai écrit que le contrôle du Cirque du Soleil était exercé par l’entremise de la CDS Luxembourg Holdings, du Luxembourg, ce que conteste le Cirque dans la mise en demeure d’intimidation qu’il a envoyée à Quebecor à la suite de ma chronique dans Le Journal.  

• À lire aussi: Une enquête nécessaire sur le Cirque 

En poussant mes recherches à la suite de cette mise en demeure du Cirque, une précision s’impose : j’ai découvert qu’en scrutant la filière des nombreuses entreprises reliées au Cirque du Soleil on aboutissait finalement aux îles Caïmans.   

L’entreprise de contrôle a pour nom « TPG VII CDS Holdings, L.P. ».    

  • ÉCOUTEZ la chronique économique de Michel Girard à l'émission Politiquement incorrect, sur QUB Radio:

C’est en effet par l’entremise de cette société enregistrée le 2 avril 2015 dans les îles Caïmans que le gigantesque fonds américain TPG détient 55 % des parts de la société en commandite « Gestion Cirque du Soleil S.E.C. », de Montréal.   

Les deux autres commanditaires (partenaires) de cette société en commandite qui chapeaute le Cirque du Soleil depuis que le fondateur Guy Laliberté en a cédé le contrôle en 2015 ce sont CMF Circus L.P avec 25 % des parts (une filiale de Fosun International de Shanghai) et la Caisse avec 20 % des parts.     

Plusieurs transactions  

Avant d’aboutir le 3 juillet 2015 à la création de la société en commandite « Gestion Cirque du Soleil S.E.C. » qui détient le Cirque du Soleil, une panoplie de transactions a été effectuée par le fonds américain TPG à partir de ses multiples filiales.   

En voici la chronologie :      

  • 24 février 2015 : TPG Capital - Luxembourg crée la société « TPG Lux 2015 SC I » dont le but est d’acquérir des intérêts dans des sociétés luxembourgeoises et étrangères.   
  • 2 avril 2015 : la « TPG VII CDS Holdings, L.P », une Exempted Limited Parnership, est créée à Cayman Islands. Enregistrée auprès du Registar of Exempted Limited Partnership, la société a son siège social à Grand Cayman.   
  • 14 avril 2015 : TPG Capital – Luxembourg décide de changer la dénomination sociale de TPG Lux 2015 SC 1 en « CDS Luxembourg Holdings, S.à.r.l. »   
  • 17 avril 2015 : TPG Capital – Luxembourg cède les parts sociales qu’il détient dans CDS Luxembourg Holdings à TPG VII CDS Holdings,LP, des îles Caïmans.   
  • 20 avril 2015 : le Cirque annonce qu’il a conclu une entente avec un groupe d’investisseurs dirigé par TPG.   
  • 8 mai 2015 : la Federal Trade Commerce, des États-Unis, confirme la transaction entre « TPG VII CDS Holdings L.P. » et Guy Laliberté.   
  • 8 juillet 2015 : le Cirque annonce la clôture de la transaction avec TPG et ses partenaires, Fosun et la Caisse.   
  • 10 juillet 2015 : TPG VII CDS Holdings L.P cède les parts sociales qu’il détient dans CDS Luxembourg Holdings à « Gestion Cirque du Soleil S.E.C. » qui devient donc « l’associé unique » de CDS Luxembourg Holdings.      

Après ces pirouettes d’affaires, ne perdons pas de vue que le principal actionnaire de la société en commandite du Cirque du Soleil est « TPG VII CDS Holdings L.P. » des Îles Caïmans.   

Je dis non à l’intimidation de la direction du Cirque   

En 40 ans de carrière et de chroniques (à La Presse, Radio-Canada, Télé-Québec, 98,5 FM, CKAC, TVA, LCN, au Journal, etc.), je trouve insultant de voir Le Cirque du Soleil insinuer que ma chronique du 27 avril « Le Cirque du Soleil est contrôlé depuis un paradis fiscal » a été écrite dans le but de le dénigrer en vue de favoriser Québecor.   

J’ai mené beaucoup d’enquêtes journalistiques au cours de ma carrière. Mon objectif ne consiste qu’à défendre les intérêts des contribuables québécois, à freiner les abus financiers, à protéger nos sièges sociaux contre la mainmise étrangère (Rona, etc.), à critiquer des décisions douteuses (le cadeau de la C Series à Airbus, les trains indiens du REM de la Caisse, etc.), à dénoncer l’utilisation des paradis fiscaux...    

Dans sa mise en demeure, l’avocat du Cirque du Soleil (CDS) allègue que « l’objectif avoué de Michel Girard était de nuire aux efforts de notre cliente (CDS) dans ses démarches pour obtenir une aide financière ou un financement aux conditions du marché de la part des gouvernements canadien et québécois dans le contexte de la crise actuelle ».   

Comble de l’injure, l’avocat ajoute que « Les faits susmentionnés s’inscrivent dans un contexte où Québecor [...] a récemment signifié son vif intérêt à se porter acquéreur de CDS... »   

Franchement, je n’étais absolument pas au courant que Québecor avait effectué une telle démarche les 5 et 6 avril derniers. C’est la mise en demeure qui m’en informe.   

À vrai dire, ce qui m’a incité initialement à fouiller le dossier du Cirque du Soleil c’est son propre communiqué du 20 mars dernier, où il annonçait la mise à pied de 95 % de ses employés dans le but de stabiliser l’entreprise en prévision de l’avenir. L’appel à l’aide financière du Cirque auprès des gouvernements et les rumeurs de faillite m’ont interpellé au plus haut point.   

Ma question : comment une entreprise comme le Cirque du Soleil qui appartient à un consortium de fonds ultra riches (TPG des É.-U. : 106 milliards $ US ; Fosun de Chine : 93 milliards $ US ; la Caisse : 340 milliards $) pouvait se retrouver au bord du précipice financier et oser quémander des subventions de fonds publics.   

C’est à partir de ce questionnement que j’ai décidé de mener mon enquête sur le Cirque.