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Cessons de dire qu’il faut se réinventer

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Simon Brault, président du Conseil des Arts du Canada, prétend qu’en ces temps de crise sanitaire, la solution pour les arts et les artistes est de se réinventer.

« C’est un peu court, jeune homme ! », lui répondrait Cyrano. Brault n’est pas le seul à prêcher que les artistes et les arts doivent se réinventer. C’est aussi la solution miracle des ministres Steven Guilbeault et Nathalie Roy comme celle de tous les oracles autoproclamés de la culture.

Si se réinventer c’est présenter des prestations par Skype ou par Zoom, si c’est diffuser des émissions comme One World ou Stronger Together avec des artistes qui s’accompagnent chacun de son côté, on aura sûrement donné pour quelque temps après avoir regardé Une chance qu’on s’a, dimanche soir. 

Serait-ce réinventer un gala que de voir Véronique Cloutier dans son salon annoncer que District 31 a remporté le Gémeau de la meilleure série, qu’accepterait Fabienne Larouche dans sa chambre (elle se couche tôt !) avant de remercier Luc Dionne, qu’on apercevrait devant son ordinateur ? 

L’INCREVABLE TOUT LE MONDE EN PARLE

Se réinventer, est-ce diffuser Tout le monde en parle avec un ou deux invités dans un climat si cafardeux que toute blague de Dany Turcotte tombe à plat ? N’est-ce pas incongru que le premier ministre Justin Trudeau soit interrogé dans ce décor démesuré par un animateur dont les questions sont lues à haute voix sur des cartes ? Dans la période dramatique que nous vivons, la télévision d’État n’a donc rien de mieux à offrir au premier ministre que cette tribune, tronquée en plus pour des raisons sanitaires ?  

Si une nouvelle technologie (le système de caméra sans fils LiveU) et les talents d’improvisation de Fabien Cloutier et de Marie-Soleil Dion ont fait de Ça va bien aller à TVA une demi-heure assez agréable à regarder, ça n’en reste pas moins de la télévision de crise. Ce genre de télé deviendra vite aussi ennuyeux que notre confinement. Comme le deviendront aussi Bonsoir Bonsoir ! et toutes les autres émissions qu’on doit astreindre aux normes sanitaires de la pandémie. 

Il ne s’agit pas là d’une télévision qu’on réinvente, mais d’une télévision qui essaie de sauver sa peau. L’intérêt des téléspectateurs s’émoussera très vite si nos diffuseurs n’ont de neuf à présenter que des ersatz pareils.

SAUVER SA PEAU À TOUT PRIX  

Les chaînes de télé ne sont pas seules à tout tenter pour survivre. Des directeurs de théâtre songent à asseoir chaque spectateur entre des panneaux de plexiglas afin de les protéger du virus. On mettrait en scène des pièces où les personnages respecteraient la distanciation prescrite. Misère ! 

Orchestres et ensembles de musique, opéras et troupes de danse réfléchiraient de leur côté à des dispositions semblables. Tout mélomane enragé que vous soyez, serez-vous heureux d’assister à un concert de l’OSM ou de l’Orchestre métropolitain, en effectifs réduits et dans une salle aux trois quarts vide afin de respecter la distanciation sociale ?

Simon Brault et les autres prosélytes du numérique auront beau clamer que les arts doivent se réinventer, le numérique ne peut assurer leur survie, pas plus que l’internet n’assurera celle des artistes. Le besoin naturel et irrépressible des humains de se rassembler et de célébrer peut seul garantir la pérennité du spectacle. Quant à la distanciation sociale, elle est contre nature et ne survivra pas à la pandémie.