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Évolutions et permanence nécessaires à l’«Assnat»

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On exagère souvent les transformations qui découleront de l’actuelle pandémie. À entendre certains, après la COVID-19, l’humanité deviendra soudainement vertueuse. Comme s’il suffisait de cette hécatombe « pour qu’enfin tout changeât / qu’enfin, tout s’arrangeât », pour paraphraser Brassens.

Au risque de gâcher de beaux espoirs, je n’y crois pas.

Bien sûr, les crises peuvent avoir des legs marquants. Dans le passé, certaines ont débouché sur l’invention de mécanismes sociaux (assurance-chômage) devenus essentiels. Ou sur la création d’organisations ayant pu amoindrir les effets des crises subséquentes, voire carrément prévenir leur éclatement (l’humanité a jusqu’à maintenant évité un conflit nucléaire).

Mais il y a une couche de permanence chez l’humain, qu’on peut appeler « nature humaine », sous les changements technologiques et sociaux.

Télétravail parlementaire

Justement, notre parlementarisme plus que bicentenaire a saisi et intégré cette fameuse « nature », me semble-t-il. Il sait en tenir compte dans son fonctionnement, tout en évoluant.

On peut s’attendre d’ailleurs à ce que l’Assemblée nationale évolue dans les prochaines semaines. Le télétravail généralisé des élus depuis la suspension des travaux fut l’occasion d’une prise de conscience : on ne doit pas toujours être présent en chair et en os pour « siéger », comme c’était le cas au XIXe siècle, soulignait hier le leader parlementaire caquiste, Simon Jolin-Barrette, à Qub.

Rapidement, on définira sans doute des manières d’intégrer aux travaux parlementaires un député retenu dans sa circonscription en raison d’une tempête, par exemple : visioconférence, vote électronique, tout est sur la table, soutenait le président, François Paradis, à Qub récemment.

La crise actuelle précipitera certaines « réformes » évoquées à de nombreuses reprises. La conciliation du travail de député et de la vie de famille, par exemple. La suspension des travaux et le confinement ont ainsi permis à M. Jolin-Barrette d’être présent auprès de sa fille de trois ans comme « jamais » depuis sa naissance. « C’est un grand point positif », insistait-il hier.

Prudence

Il faudra toutefois se montrer prudent. Jusqu’à maintenant, par exemple, les séances d’interpellation virtuelles sont décevantes.

Au pire, l’image gèle, le son coupe. Sinon, il y a des échanges, mais sur un fond rebutant : l’écran vert sur lequel on incruste un bleu « assnat » donne l’impression que l’élu flotte dans un firmament de télé communautaire « 1983 ».

La situation, j’en conviens, est exceptionnelle, et nécessitait une expérience. Mais justement, on prend conscience qu’il n’y a rien comme les débats en face à face, avec des êtres en chair et en os ; dans ces lieux chargés d’histoire que sont les principales salles de l’Assemblée nationale.

Après la Deuxième Guerre, la Chambre des communes du Parlement de Westminster, ravagée par les bombardements, a été reconstruite à l’identique, même si elle était déjà trop petite pour accueillir tous les députés. Il y avait quelque chose du génie démocratique anglais dans la forme même de ces lieux déterminants, avait argué Churchill.

Malgré la nécessité de faire évoluer notre institution parlementaire, de rénover son « salon bleu » pour y intégrer des technologues, ce lieu doit en grande partie rester le même. Et, surtout, demeurer l’endroit privilégié des face-à-face de notre nation.