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Les autruches ne portent pas le masque

GEN-Images de gens au Parc Lafontaine malgré les consigne municipales contre les rassemblements
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Les Montréalais sont encore nombreux à se cacher la tête dans le sable. Les autruches, c’est connu, ne portent pas le masque…

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Il fallait le voir pour le croire. Ce samedi, sous le soleil, les parcs de Montréal débordaient de monde. On se serait cru au festival de Woodstock. La distanciation était peu respectée. Les attroupements se multipliaient. Le port du masque était rarissime. Le tout débordant sur les rues adjacentes. 

En ville, il règne une dangereuse atmosphère d’insouciance béate. Un faux sentiment d’invincibilité face à la COVID-19 crève les yeux.  

Je le vois parce que j’habite devant un des grands parcs de la métropole. Samedi, impossible d’y aller en sécurité, je suis allée marcher sur une rue adjacente. 

Comme je portais le masque, c’est moi qu’on regardait avec méfiance ! Je me suis même fait dire de rester chez moi si j’ai « trop peur de sortir » !  

La veille, ma chronique portait sur l’urgence d’imposer le masque à Montréal. Belle ironie. 

Les mauvais messages 

Avec la distanciation et le lavage de mains, le port du masque contribue à se protéger soi-même et les autres du virus, mais rien n’y fait.  

Les Montréalais sont encore nombreux à se cacher la tête dans le sable.  

Les autruches, c’est connu, ne portent pas le masque... 

Certains, plus conscients, veulent en porter, mais peinent à s’en trouver.  

Vrai, mais on trouve des tutoriels simples sur le web pour en fabriquer. Cette rareté de masques dans les lieux publics est aussi le résultat de semaines de confusion et de mauvais messages lancés par la santé publique jusqu’à tout récemment. 

Horacio Arruda a même déjà dit que « le masque n’est pas un moyen de prévention des infections dans la communauté ». Or, dès la mi-mars, le port du masque pour ralentir la contagion communautaire, incluant pour les asymptomatiques, était déjà discuté en Europe dans les cercles médicaux. 

Morts et séquelles 

Au début mai, le leadership politique sur le sujet manque encore à l’appel.  

Pour ne pas continuer à perdre du terrain face au virus, imposer le masque est pourtant une urgence sanitaire. D’autant plus à Montréal. Pourquoi ? La grande région montréalaise est l’épicentre du virus au Québec. 

La contagion communautaire est loin d’y être « sous contrôle » et le nombre de cas confirmés est sous-estimé. Le dépistage est insuffisant et se limite surtout aux symptomatiques.  

Or, selon une étude de l’Université de Bonn, une personne sur cinq infectée par le virus et contagieuse n’a aucun symptôme. 

Pour l’île de Montréal et ses couronnes nord et sud, si cette donnée s’avérait, on frôlerait les 800 000 personnes infectées.  

Un jour viendront le déconfinement de la ville, l’ouverture d’écoles et de magasins. Sans le port obligatoire du masque, combien en infecteront encore d’autres ? 

Le virus ne frappe que les « vieux », se disent même certains, mais 56 % des cas confirmés ont moins de 60 ans.  

Les décès sont concentrés dans les CHSLD et résidences privées pour aînés – un fait révoltant et non pas une « consolation » –, mais combien d’adultes de moins de 60 ans y survivront avec des séquelles majeures ? 

Le système hospitalier montréalais est déjà sous tension. Si le nombre de patients augmente trop, il craquera.  

Alors, ce masque ? Portez-le.  

Vous sauverez des vies et peut-être même la vôtre...