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La filière alimentaire sinistrée

Les impacts de la pandémie pourraient achever plusieurs entreprises du secteur

COVID-19 - Boeuf
Photo Francis Halin La productrice de bœuf de deuxième génération, Marie-Claude Mainville, et son associé, Jean-Marc Paradis, de la Ferme Janor, à Farnham, aimeraient ne plus dépendre des gros acteurs du secteur de l’abattage pour obtenir de meilleurs prix pour leurs bêtes.

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Des éleveurs de porcs, de bœufs et de poulet déjà aux prises avec une chute brutale de la demande des consommateurs et des restaurants n’arrivent plus à envoyer leurs bêtes dans les abattoirs ravagés par la COVID-19. 

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« La filière alimentaire est sous le choc. C’est historique, lance au Journal Marcel Groleau, président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA). On ne peut pas ajuster la production en claquant des doigts. » Ces derniers jours, des travailleurs d’abattoirs ont été infectés par la COVID-19, ce qui les a forcés à ralentir ou carrément cesser leurs activités. Résultat, la filière alimentaire en a pris pour son rhume allant jusqu’à multiplier les dons pour écouler ses surplus.  

  • Plus de 100 000 porcs débordent des porcheries, selon les Éleveurs de porcs du Québec. 
  • Près de 5000 bœufs sont en attente, d’après Les Producteurs de bovins du Québec. 
  • Plus de 15 % de la production de volailles a été réduite même si la situation dans ce type d’abattoir est meilleure, notent Les Éleveurs de volailles du Québec.  

Malgré l’aide tardive d’Ottawa, le problème de surplus d’élevage risque de persister, ce qui aura un impact sur le prix de la viande et le rationnement d’achat en magasin. 

« Il y a des surplus sur pattes, image Sylvie Cloutier, PDG du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ). La chaîne est encore fragilisée. Plus de 35 % des transformateurs alimentaires fournissaient les restaurants et les hôtels. » 

Élevage à risque 

À Farnham, en Montérégie, l’un des plus importants producteurs de bœuf québécois avec un cheptel de 4000 bêtes craint de devoir cesser ses activités parce que la COVID-19 a gagné les abattoirs qui achètent ses animaux.  

« On ne peut pas justifier devant un banquier trois ans de pertes en lui disant : “Notre plan, c’est qu’il y ait plus de joueurs sur le marché et que le prix se replace” », soupire la copropriétaire et présidente de la Ferme Janor, Marie-Claude Mainville. 

Fondée en 1984, par son père, la Ferme Janor a un cheptel de 4000 bêtes à Farnham et à Saint-Anicet. Même si elle est passionnée par ses animaux, Marie-Claude Mainville envisage de jeter l’éponge pour se consacrer uniquement à l’agriculture  

« S’il n’y a pas d’abattoirs pour acheter les bœufs, on fait quoi ? On ne peut pas abattre ça, des petites bêtes comme ça, pour le plaisir. C’est inhumain », ajoute à côté d’elle son associé, Jean-Marc Paradis, entouré des chiens de la ferme. 

« Si l’abattoir Cargill Guelph ferme, ce sera une catastrophe pour les producteurs du Québec », craint de son côté le coordonnateur de Boeuf Québec, Jean-Sébastien Gascon. 

Ces dernières années, de nombreux abattoirs québécois ont fermé leurs portes. Billette (2007), Colbex (2012) et Laroche (2015). Aujourd’hui, seuls Forget (acheté par Montpak en 2019), Richelieu et quelques autres poursuivent leurs activités. 

« La clé, c’est le consommateur, insiste Jean-Sébastien Gascon. Si le consommateur tombe en amour avec le bœuf du Québec, comme il l’a fait avant pour le lait, les œufs, le poulet, le porc, etc., la demande permettra de reconstruire la filière. » 


♦ Aux États-Unis, les géants de l’abattage comme Cargill, JBS ou Tyson ont été forcés de fermer ou de réduire leurs activités parce que leurs travailleurs avaient attrapé le coronavirus au point où le président Donald Trump s’est empressé de signer un décret pour garder les abattoirs ouverts, craignant des pénuries.