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La vie est belle en dehors de Facebook

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Ça y est, nous y sommes.  

Les nerds ont gagné.   

Les complotistes, les conspirationnistes, les geeks, les « pas-de-vie », ceux qui passent leur journée devant leur ordi parce qu’ils sont incapables d’entrer en relation avec de vraies personnes...   

Ce sont eux, maintenant, les gagnants­­­. Les normaux.    

LES OTAKU  

Ça fait des années que ces handicapés émotionnels se cloîtrent, se confinent, se coupent du monde.   

Volontairement.    

Enfermés dans leur chambre, ils passent leur journée à surfer sur internet pour trouver des preuves qu’ils ne sont pas fous, que les idées débiles qui hantent leur cerveau du matin jusqu’au soir sont au contraire des intuitions géniales, des signes de grande lucidité et une marque indéniable de supériorité intellectuelle.    

Ça fait des années que ces gens-là (que les Japonais désignent sous le vocable d’otaku – personnes mono­maniaques et ultra timides qui consacrent la majeure partie de leur temps à des activités d’intérieur) vivent « à côté » du monde.   

Ça fait des années qu’ils se sentent jugés, méprisés par les gens « normaux » qui sortent, vont au resto, s’éclatent dans des bars, voient des amis, ont une vie sociale, amoureuse et sexuelle enrichissante et épanouie.   

Eh bien, ça y est.   

Ils ont le gros bout du bâton, maintenant­­­.   

Grâce à un virus, ils ont réussi à virer le monde sens dessus dessous et à nous attirer dans leur grotte.   

Nous sommes tous des confinés, maintenant.   

Des cloîtrés.    

Des otaku.   

BARRÉ DE FACEBOOK  

Comme eux, maintenant, nous passons trop de temps avec nous-mêmes, enfermés dans notre tête, prisonniers de nos obsessions.    

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Trop de temps à penser, à remâcher sans cesse les mêmes idées, à combattre des moulins à vent, à surfer sur internet, à discuter avec des gens à qui – en temps normal – on n’aurait pas accordé deux secondes de notre précieux temps.     

Tenez, je me suis fait barrer de Facebook pour une semaine, samedi dernier.    

Pourquoi ? Aucune idée. Ça fait longtemps que je n’essaie plus de comprendre les sacro-saints « standards » de monsieur Zuckerberg – un apôtre de la vertu qui a inventé Facebook pour accorder des notes de 1 à 10 aux filles qu’il jugeait moches ou baisables.    

Bref, ça fait cinq jours que je ne peux aller sur Facebook et je m’en porte très bien.    

Je me rends compte que j’y passais trop de temps.    

Vous avez beau vous obstiner pendant 10 heures avec un gars qui croit que la Terre est plate, que Sophie Thibault est une reptilienne ou que le coronavirus a été créé en laboratoire par des extra-terrestres, après 10 heures, ce crétin n’aura pas changé d’un iota.    

À quoi ça sert de lui parler, ne serait-ce qu’un quart de seconde ?   

Bref, j’étais devenu un otaku. Un nerd. Un geek.   

Merci, monsieur Zuckerberg, de m’avoir rendu ma vie d’avant.    

SORTIR !  

Les nerds ont gagné.   

Mais leur victoire est temporaire.   

Un jour, la vie redeviendra comme avant, nous ferons sauter les verrous de notre cellule et nous sortirons enfin de nous-mêmes pour nous jeter dans le monde.   

Et nous regarderons les geeks pour ce qu’ils sont.   

De pauvres petites choses. 

Édito de Richard Martineau