/finance/business
Navigation

Un chèque de la Caisse de dépôt à Guy Laliberté vers un paradis fiscal

Il a vendu ses dernières actions du Cirque pour plusieurs millions $ juste avant la crise

Guy Laliberté
Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin Le cofondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, en octobre 2018, alors qu’il présentait les projets de sa nouvelle entreprise, Lune Rouge.

Coup d'oeil sur cet article

La Caisse de dépôt et placement du Québec a racheté quelques semaines avant la crise du coronavirus la participation de Guy Laliberté dans le Cirque du Soleil en transigeant avec une firme des îles Caïmans, un paradis fiscal.  

• À lire aussi: Les actionnaires du Cirque investissent 50 M$ US

• À lire aussi: Le Cirque du Soleil dans les paradis fiscaux

• À lire aussi: Québecor veut ramener la propriété du Cirque au Québec

La participation de Guy Laliberté dans le Cirque du Soleil a été détenue de 2015 à 2020 dans une entreprise enregistrée aux îles Caïmans, un minuscule paradis fiscal des Caraïbes de 64 000 habitants.  

En février 2020, quand la Caisse a racheté l’intérêt de 10 % de Guy Laliberté dans le Cirque, c’est cette entreprise des îles Caïmans qui a cédé au bas de laine des Québécois sa participation dans une entreprise québécoise du nom de Cirque du Soleil Holding LP.  

  • ÉCOUTEZ la chronique économique de Michel Girard à QUB Radio: 

C’est ce que nous a indiqué hier Anne Dongois, la chef des communications de Lune rouge, le holding personnel de Guy Laliberté.  

Souplesse et simplicité  

L’entreprise en question de Guy Laliberté, appelée Groupe Cirque du Soleil inc., était auparavant enregistrée au Québec, mais elle a commencé à être régie par les lois des îles Caïmans à partir de juillet 2015.  

Son transfert coïncide avec la vente par Guy Laliberté d’une grande partie du Cirque du Soleil au fonds américain TPG, au groupe chinois Fosun et à la Caisse de dépôt.  

• À lire aussi: Une enquête nécessaire sur le Cirque

• À lire aussi: Les acrobaties du Cirque devant les ministres fédéraux

• À lire aussi: Le Fonds FTQ pourrait perdre 39,3 M$ dans l’aventure du Cirque

En réponse à une première question cette semaine, Anne Dongois nous avait d’abord indiqué que Groupe Cirque du Soleil inc. avait « en tout temps été une société privée résidente du Canada » et qu’elle était « sujette aux impôts canadiens sur l’ensemble de ses revenus ».  

Or, lorsque nous lui avons soumis des documents indiquant que l’entreprise apparaissait comme enregistrée aux îles Caïmans, elle a admis que l’entreprise était devenue en 2015 « régie par les lois corporatives des îles Caïmans pour des questions de souplesse et de simplicité dans le cadre de ses opérations ».  

• À lire aussi: Le Cirque du Soleil contrôlé depuis un paradis fiscal

« Par contre, tel qu’indiqué précédemment, elle a toujours été et continue d’être assujettie à la législation fiscale canadienne à titre de société résidente du Canada », nous a-t-elle assuré.  

« Autant lors de l’investissement initial que lors du rachat, toutes les participations acquises par la Caisse sont dans des sociétés québécoises », nous a écrit de son côté la Caisse de dépôt, nous adressant à Guy Laliberté pour les questions spécifiques au sujet de Groupe Cirque du Soleil inc.  

Soulignons qu’alors que Guy Laliberté assure que tous les impôts dûs ici ont été payés, il s’est déjà fait taper sur les doigts par le fisc pour avoir tenté de se faire rembourser par le Cirque sa « mission poétique » de 2009 dans l’espace.  

Il avait alors essayé de ne pas payer d’impôt sur les 41,8 millions $ qu’avait coûté son voyage, estimant qu’il s’agissait d’une dépense d’affaires. En 2018, un juge l’avait forcé à payer près de 20 millions $ au fisc.  

Main heureuse  

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le fondateur du Cirque a eu la main heureuse en vendant ses dernières actions du Cirque (pour un montant confidentiel) à la Caisse le 14 février dernier. Un mois plus tard, le Cirque disait envisager la faillite.  

Le Journal avait estimé en février la valeur de la transaction à au moins 100 millions $, en s’appuyant sur la valeur des actions vendues en 2015 par Guy Laliberté.  

Pour autant, autant la Caisse de dépôt que Guy Laliberté assurent que la séquence des événements est une pure coïncidence.  

« La vente des actions du Cirque de Guy Laliberté à la [Caisse] n’est aucunement liée à la crise du coronavirus, les discussions ayant été entamées bien avant la pandémie », nous a écrit Anne Dongois, de Lune Rouge.  

« Tous nos investissements sont effectués sur la base d’une solide et rigoureuse évaluation des risques – cela fait partie du métier d’investisseur », nous a dit à ce sujet Yann Langlais-Plante, porte-parole de la Caisse.  

QUELQUES DATES CLÉS  

20 avril 2015  

Le Cirque annonce l’entente avec TPG et ses deux partenaires, Fosun et La Caisse  

1 er juin 2015  

Radiation de Groupe Cirque du Soleil inc. (adresse – 8400 du Cirque, Montréal)  

2 juillet 2015  

Groupe Cirque du Soleil inc. est réenregistrée aux îles Caïmans  

17 février 2020   

La Caisse annonce le rachat du 10 % que Laliberté détenait encore dans le Cirque