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Une infection qui pourrait changer le cours de l’histoire

Ruth Bader Ginsburg
AFP Ruth Bader Ginsburg

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Ce n’est pas la COVID-19, mais une infection qui a forcé l’hospitalisation de la juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, âgée de 87 ans. Son état est stable, mais si les choses tournaient au pire, c’est tout le paysage juridique des États-Unis qui serait transformé. 

Ce n’est pas la première fois que la santé de Ruth Bader Ginsburg fait la chronique. Il y a de bonnes raisons pour cela, car son départ de la Cour suprême entraînerait un déséquilibre profond entre l’aile conservatrice qui compte actuellement cinq juges et l’aile libérale, qui en compte quatre. 

Avant d’aborder ces conséquences, il convient de faire un bref portrait de cette femme qui, à 1 m 55, fait à peine vaciller l’aiguille des balances, mais a laissé une empreinte profonde sur le droit constitutionnel aux États-Unis. 

Pionnière de l’égalité  

Ruth Bader Ginsburg ne se laisse pas abattre par ce séjour à l’hôpital. Mercredi, elle participait à une audience par téléconférence sur le plus récent assaut juridique contre Obamacare. 

Il s’agit d’une contestation d’une clause qui garantit la couverture pour les médicaments contraceptifs, que des groupes religieux contestent, avec l’appui de l’administration Trump, en évoquant la liberté religieuse des employeurs. 

« En défendant cette exemption religieuse à la loi », a soutenu Ginsburg de son lit d’hôpital, « le gouvernement fait fi de la volonté du Congrès de fournir à toutes les femmes une couverture complète de leurs besoins médicaux ».  

Nommée à la plus haute cour en 1993, elle s’était distinguée dans les années 1970 en remportant cinq des six causes qu’elle a plaidées devant la Cour suprême sur l’égalité hommes-femmes. 

Virage à droite 

Longtemps après que Donald Trump aura quitté la Maison-Blanche, son héritage le plus durable sera probablement le virage à droite de la magistrature fédérale, y compris deux juges très conservateurs à la Cour suprême, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh.  

Lors du décès du juge Antonin Scalia en février 2016, le juge nommé par Barack Obama avait été bloqué par le leader républicain du Sénat Mitch McConnell, qui alléguait qu’un juge de la Cour suprême ne pouvait pas être confirmé pendant une année électorale. 

À la santé de RBG 

Si un poste devient vacant à la Cour suprême en 2020, Mitch McConnell n’hésitera pas une seconde à renier sa règle bidon pour paqueter la Cour à droite. 

Le juge en chef John Roberts est conservateur, mais il est peu enclin à bousculer la jurisprudence. Si l’équilibre de la Cour était renversé par un autre idéologue de droite, des précédents comme Roe vs Wade, qui a décriminalisé l’avortement, seraient menacés. Ce serait un énorme pas en arrière pour l’égalité des sexes, les droits électoraux et les droits civils. 

RBG est une dure à cuire, comme ceux qui connaissent son régime quotidien d’exercices peuvent en témoigner, mais en ce temps de pandémie, la moitié des Américains dormiront plutôt mal tant qu’elle ne sera pas rentrée de l’hôpital.