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Deux façons de renverser un gouvernement

Deux façons de renverser un gouvernement
AFP

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Alors que presque tous les pays de la planète luttent depuis plusieurs semaines contre la pandémie de COVID-19, le président Trump, se croyant au-dessus des lois, autorise une expédition maritime menée par des mercenaires, dont d’anciens «Bérets verts» de l’armée états-unienne, dans une tentative grotesque de débarquement en territoire vénézuélien.  

Il s’agit de membres d’armées privées, du genre Blackwater, qu’on a connues dans un passé récent. Ces gorilles puissamment armés n’obéissent à aucune loi nationale ou internationale. Ils ne sont motivés que par l’appât du gain. Comme le président Trump a promis des récompenses millionnaires pour la capture «mort ou vivant» du président Maduro et de quelques autres hauts dirigeants, comme au bon vieux temps du Far West, toutes les options sont sur la table. 

Il s’agit, très certainement, de tester les capacités de réaction du gouvernement vénézuélien, de son armée et de sa milice populaire. On ne se lance pas dans une telle opération sans avoir établi un plan d’ensemble pour gagner la guerre, et d’autres opérations semblables sont à prévoir. L’ombre de la défaite de Playa Giron, à Cuba, en 1961, où, en moins de 72 heures, l’invasion de mercenaires appuyés par la CIA avait été repoussée et écrasée par les forces vives du jeune gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro, doit sûrement planer sur ces têtes enflées. Ces nouveaux mercenaires pensent que le moment est venu de frapper un grand coup en profitant de la mobilisation générale contre la pandémie. Ils se sont trompés, une fois de plus. 

Lawfare 

Il existe une autre façon de renverser un gouvernement légitime. C’est l’utilisation des tribunaux, une tactique de guerre non conventionnelle qui a fait ses preuves dans un passé récent. Et la nouvelle méthodologie, c’est l’accusation de fraude. Si on manque de preuves, on en inventera, quitte à corrompre juges et avocats. 

En Équateur, par exemple, la Cour nationale de justice a condamné in abstentia l’ex-président de gauche Rafael Correa et quelques membres de son gouvernement à huit années de prison, plus 25 années d’inéligibilité. Correa avait mis en œuvre d’audacieux programmes sociaux en faveur des plus démunis. Ça n’avait pas plu à l’oligarchie. Ne pouvant se présenter pour un troisième mandat, Correa avait cédé sa place à son dauphin, Lenin Moreno, mais, en moins de deux, celui-ci a retourné sa veste et a entrepris de détruire ce que Correa avait construit. 

Les États-Unis lui ont offert un pont en or. Puis les accusations de corruption ont suivi, ainsi que la condamnation, pour être bien sûr qu’il ne reviendrait pas se présenter aux élections. Un cas de réglé pour les États-Unis. 

Le Brésil, le pays le plus populeux et riche de la région, ne pouvait pas échapper longtemps à l’aire d’influence états-unienne. Ainsi la présidente Dilma Rousseff a-t-elle dû quitter son poste après cinq ans et demi au pouvoir, à la suite d’une mesure d’impeachment. On l’accusait d’avoir maquillé les finances publiques. Rousseff avait poursuivi, mais avec moins d’habileté, le travail entrepris par son prédécesseur Lula da Silva, le président du Parti des travailleurs, qui avait réalisé un véritable miracle social en faveur des plus démunis.  

Et pour être bien certain que l’ex-président charismatique Lula ne reviendrait pas de sitôt au pouvoir, on a ouvert contre lui un procès pour fraude. Lula a été condamné à la prison et on lui a interdit d’être candidat aux prochaines élections, mais il est demeuré, malgré tout, le plus populaire.  

Cristina Fernandez de Kirchner, l’ex-présidente progressiste de l’Argentine, a subi le même traitement, tout comme l’ex-président du Paraguay, Fernando Lugo, et Manuel Zelaya au Honduras. Evo Morales, l’ex-président de Bolivie, a dû renoncer au pouvoir au cours d’un coup d’État mou, alors qu’il avait fait de son pays plurinational un État moderne et plus juste. Et on s’apprête à porter des accusations de fraude contre lui, selon la même méthode énoncée plus haut. 

Ne nous trompons pas: cette mise en scène s’inscrit dans un vaste programme de salissage de l’image publique de leaders progressistes et la grosse presse, contrôlée en règle générale par tout ce qu’il y a de moins progressiste, contribue à cette opération de diffamation et de démonisation.