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L’État québécois est encore la solution

L’État québécois est encore la solution
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES

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Il y a quelques semaines, alors que tous vantaient le modèle québécois, voilà maintenant qu’il serait à l’origine de tous les problèmes qui se présentent à nous.

Que s’est-il passé?

Il y a d’abord eu les CHSLD, le parent pauvre du système de santé depuis une vingtaine d’années, auquel les gouvernements ont toujours laissé sur la voie de l’accotement pendant que des milliards transigeaient sur l’autoroute des hôpitaux.

Ensuite, le corporatisme d’ordres professionnels médicaux, principalement celui des médecins spécialistes, a fait encore une fois frémir. Le 2500 $ par jour pour épauler les préposés aux bénéficiaires et les infirmiers avait une odeur quelque peu nauséabonde.

Puis finalement, le ton provocateur et peu conciliant du président de la Fédération autonome des enseignants (FAE) a donné des armes à tous ceux qui pratiquent l’antisyndicalisme québécois.

En l’espace de quelques jours, l’État social québécois, dont on vantait tous les mérites au début de la crise, est devenu un mastodonte bureaucratique complètement défaillant et délirant.

Certains ont même parlé du déclin de l’empire québécois et d’un malaise social. Rien de moins.

Il faut s’opposer à cette vision faussée de la réalité.

Pourquoi? Car l’État constitue encore la solution pour combattre efficacement le virus, protéger les plus vulnérables et diminuer les inégalités sociales et économiques.

Nos failles

S’il y a bien une chose que la crise nous révèle, c’est que la société québécoise est encore empreinte d’injustices et d’inégalités.

Nos failles sont brutalement apparues, alors que nous avions tendance à les oublier, volontairement ou pas.

Ceux qui tiennent notre société depuis deux mois, au front devant le virus insidieux et invisible – les livreurs, les éboueurs, les préposés et bien d’autres – vivent dans la majeure partie du temps en situation de précarité financière.

Payés au salaire minimum ou très près, nous nous apercevons aujourd’hui que la valeur que nous donnions collectivement à certains emplois est insensée.

De plus, derrière le faux lieu commun – le virus ne discrimine pas – se cache une autre vérité: les communautés culturelles, les femmes et les gens en situation de pauvreté sont probablement plus à risque d’être infectés que le reste de la population.

Le cas de Montréal-Nord est frappant, quartier devenu l’épicentre de la COVID-19 au pays.

Les travailleurs de ligne surreprésentés dans le quartier, la promiscuité des logements, le manque d’infrastructures médicales, les maladies chroniques liées à la pauvreté sont un mélange explosif pour une prochaine vague contamination.

Comment réagirons-nous?

Maintenant, à la fin de l’arc-en-ciel, lorsque la crise sera quelque peu résorbée, comment réagirons-nous collectivement?

Allons-nous faire le choix de la solidarité pour les humbles travailleurs?

Car inévitablement, nos prochains gouvernements – à commencer par celui de la CAQ – devront faire un choix lorsqu’ils remettront en place notre société.

Avec une dette publique et des déficits qui s’accumuleront, prendront-ils le chemin de l’austérité ou celui de la solidarité?

J’espère bien que la solidarité toute québécoise – prouvée par tous ces gestes à la fois anodins et révélateurs sur ce que nous sommes en tant que peuple – pavera la voie pour la suite.

Ce serait un pas dans la bonne direction, pour nous collectivement.

La bonne nouvelle est que les grandes crises font souvent émerger un État-providence plus fort et plus juste.

Aujourd’hui, nos faiblesses et ceux de notre État apparaissent au grand jour.

Faut-il pour autant se plonger dans un exercice de dénigrement de ce que nous sommes?

Surtout pas. Prenons plutôt cette occasion pour reconnaître nos failles, les colmater et mettre en place une société encore plus équitable.